Des céréales le matin. Un plat surgelé le soir. Quelques barres chocolatées entre les deux. Ce régime alimentaire semble banal. Il concerne des millions de personnes. Et pourtant, une étude publiée dans la revue Radiology(1) vient de révéler un effet que personne n’avait encore observé aussi clairement.
Les muscles de ces personnes se remplissent de graisse. Pas autour. À l’intérieur.

Des IRM qui parlent d’elles-mêmes
Des chercheurs de l’université de Californie à San Francisco (UCSF) ont analysé les IRM de cuisses de 615 personnes. Toutes étaient à risque d’arthrose du genou, mais aucune n’en présentait encore les signes. L’âge moyen : 60 ans. L’IMC moyen : 27 (c’est-à-dire en léger surpoids).
L’équipe, menée par la radiologue Zehra Akkaya, a classé l’alimentation de chaque participant selon la classification NOVA. Ce système divise les aliments en quatre catégories, de la nourriture non transformée (fruits, légumes, viande fraîche) aux produits ultra-transformés (plats préparés, sodas, snacks industriels, céréales sucrées).
En clair : plus la proportion d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation était élevée, plus les muscles des cuisses contenaient de la graisse. En moyenne, 41 % de l’alimentation des participants provenait de produits ultra-transformés.
Deux femmes, même âge, même poids : un résultat très différent
L’étude met en lumière un cas particulièrement parlant.
Deux participantes avaient quasiment le même âge (61 et 62 ans) et un IMC très proche (32,6 et 31,8). Toutes les deux étaient physiquement actives au-dessus de la moyenne du groupe.
La différence : l’une tirait 29,5 % de ses calories de produits ultra-transformés. L’autre, 87,1 %. Son alimentation se composait principalement de céréales sucrées, de barres chocolatées et de sodas.
Sur l’IRM, la différence est frappante. Les cuisses de la seconde ressemblent à une entrecôte bien persillée. Des stries de graisse (en blanc sur l’image) s’infiltrent partout entre les fibres musculaires. Chez la première, le muscle est nettement plus homogène.

Ce n’est pas une question de calories
Voilà le point qui dérange. On aurait pu croire que le problème venait simplement de la quantité de nourriture ingérée. Ce n’est pas le cas.
Thomas Link, chef de la section d’imagerie musculosquelettique à l’UCSF et auteur principal de l’étude, le confirme : l’association entre aliments ultra-transformés et infiltration graisseuse dans les muscles persiste indépendamment de l’apport calorique total, de l’apport en graisses, de l’activité physique et du sexe des participants.
Autrement dit : ce n’est pas simplement “manger trop” qui abîme les muscles. C’est manger industriel.
Pourquoi c’est un problème pour les articulations
Les cellules graisseuses qui s’installent dans un muscle ne sont pas inertes. Elles empêchent les fibres musculaires de se régénérer correctement. Le muscle perd en force et en qualité.
Or les muscles de la cuisse (quadriceps, ischio-jambiers, adducteurs) jouent un rôle direct dans la stabilité du genou. Quand ils faiblissent, le stress mécanique sur l’articulation augmente. Et le risque d’arthrose avec.
L’arthrose du genou touche environ 375 millions de personnes dans le monde. Plus de la moitié des nouveaux cas concernent désormais des personnes de moins de 55 ans, probablement en lien avec la progression de l’obésité dans cette tranche d’âge.
Le problème ne se limite pas aux cuisses
Miriam Bredella, radiologue à l’hôpital NYU Langone (New York), le précise : l’infiltration graisseuse musculaire est un processus systémique. Si les cuisses sont touchées, les mollets, les épaules et l’abdomen le sont aussi.
Les conséquences dépassent largement l’arthrose :
- Durée d’hospitalisation plus longue en cas de chirurgie ;
- Complications post-opératoires accrues ;
- Récidives tumorales plus fréquentes chez les patients atteints de cancer.
Peut-on inverser le processus ?
La bonne nouvelle : oui, c’est possible.
L’exercice physique combiné à une alimentation saine peut améliorer la qualité musculaire. Mais pas n’importe quel exercice. Les sports à fort impact (basket, tennis) sont déconseillés pour les personnes à risque d’arthrose du genou. Les exercices à faible impact sont préférables :
- Vélo elliptique (particulièrement efficace selon les travaux de l’équipe de Thomas Link) ;
- Renforcement musculaire ciblé : squats au mur, relevés de jambes debout, élévations de mollets ;
- Travail des quadriceps, ischio-jambiers et fessiers.
Les barres protéinées ne sont pas la solution
On pourrait penser que compenser avec des produits riches en protéines suffit. Miriam Bredella met en garde : beaucoup de barres protéinées industrielles sont elles-mêmes des produits ultra-transformés. Elles sont souvent bourrées de sucre et loin d’être aussi saines que leur emballage le laisse croire.
Les muscles ont besoin de protéines, mais aussi d’acides gras oméga-3, de fer, etc. Des nutriments qui se trouvent plus facilement dans des aliments entiers (poisson, viande, légumineuses, oeufs) que dans des poudres ou des barres.
Ce qu’il faut retenir
Cette étude est la première à utiliser l’IRM pour mesurer l’impact direct des aliments ultra-transformés sur la composition musculaire. Elle ne prouve pas un lien de causalité (c’est une étude transversale, pas un essai clinique), mais l’association est forte et résiste à tous les ajustements statistiques testés.
Le message est simple : la qualité de l’alimentation compte autant que la quantité (à calories égales). Et les muscles en paient le prix avant même que les symptômes articulaires n’apparaissent.
Zehra Akkaya le résume : il ne suffit pas de surveiller les calories pour protéger les articulations. La nature même des aliments consommés joue un rôle indépendant sur la santé musculaire.
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Sources éditoriales et fact-checking