Vivre 100 ans, c’est déjà rare. Dépasser 120, ça tient du miracle. Mais la vraie question est ailleurs : jusqu’où le corps humain pourrait-il tenir si on retirait tout ce qui le détruit de l’extérieur ?
Des chercheurs viennent de calculer ce plafond. Et le chiffre est bien plus élevé que ce que l’on croit.
Une étude publiée dans la revue npj Aging(1) a isolé un seul facteur de vieillissement pour en mesurer l’impact exact sur la durée de vie. Le résultat remet en question pas mal de certitudes sur la longévité humaine.
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Ce qui ronge le corps sans qu’on le sente
À chaque seconde, les cellules du corps travaillent. Elles se divisent, se réparent, se renouvellent. Mais à chaque division, l’ADN accumule de petites erreurs de copie. C’est un peu comme une photocopie de photocopie : au bout d’un moment, le texte devient illisible.
Ces erreurs portent un nom : les mutations somatiques.
Rien à voir avec les maladies génétiques transmises par les parents. Celles-ci apparaissent tout au long de la vie, dans toutes les cellules de l’organisme. Plus les années passent, plus elles s’accumulent. Et plus elles s’accumulent, plus les cellules fonctionnent mal.
En clair : le corps se dégrade de l’intérieur, lentement, sans que l’on puisse l’empêcher.
Comment les chercheurs ont isolé un seul coupable
L’équipe du Skoltech et de l’institut AIRI (Moscou) a pris le problème à l’envers.
Au lieu de regarder tout ce qui fait vieillir (maladies, stress, pollution, alimentation…), ils ont retiré virtuellement tous ces facteurs. Tous. Sauf un : les mutations de l’ADN.
La question posée était simple : dans un monde où plus rien ne nous tuerait à part ces erreurs de copie, combien de temps pourrait-on vivre ?
Le modèle sans aucune cause de vieillissement donne une espérance de vie médiane de 1 759 ans. Oui, on parle bien de millénaires. Ce chiffre n’a aucun sens dans la réalité, mais il sert de point de départ pour mesurer l’impact de chaque facteur.
Dès qu’on ajoute les mutations somatiques, tout s’effondre.
Tous les organes ne vieillissent pas à la même vitesse
C’est l’un des constats les plus contre-intuitifs de cette étude. Selon l’organe, l’impact des mutations est radicalement différent.
Le foie, champion de la résistance
Le foie renouvelle ses cellules en permanence. Quand une cellule est endommagée par une mutation, une autre prend sa place. Ce mécanisme est si efficace que, selon le modèle, le foie pourrait maintenir sa fonction pendant des milliers d’années.
Le cerveau et le coeur, maillons faibles
Les neurones (cellules du cerveau) et les cardiomyocytes (cellules du muscle cardiaque) ne se renouvellent quasiment pas. Elles sont dites “post-mitotiques” : une fois formées, elles restent en place toute la vie. Quand une mutation les touche, il n’y a pas de remplaçante.
“Les neurones et les cellules du muscle cardiaque, qui ne peuvent pas se diviser, se sont révélés être les principaux facteurs limitants”, explique Evgeny Efimov, chercheur au Skoltech.
Le cerveau et le coeur fixent le plafond.
Le chiffre que personne n’attendait
En combinant les données de plusieurs organes, les chercheurs arrivent à une fourchette : entre 146 et 194 ans. La médiane se situe à 156 ans.
Pour bien comprendre ce que cela signifie : si les mutations de l’ADN étaient le seul mécanisme de vieillissement actif (pas de maladies, pas d’accidents, pas de mode de vie qui joue contre nous), un être humain vivrait en médiane 156 ans. C’est environ deux fois l’espérance de vie actuelle dans les pays développés, qui oscille entre 71 et 85 ans selon le sexe.
Autrement dit : la moitié des gens dépasserait 156 ans, l’autre moitié mourrait avant. Uniquement à cause des erreurs de copie de l’ADN.
Pourquoi on n’atteindra probablement jamais ce cap
Les auteurs de l’étude sont clairs. Ce chiffre est une limite théorique, pas un objectif atteignable.
“Notre étude montre que les mutations somatiques contribuent de manière importante au vieillissement, mais qu’elles ne peuvent pas, à elles seules, expliquer la mortalité observée”, précise Dmitrii Kriukov, coauteur des travaux.
D’autres mécanismes jouent un rôle au moins aussi important :
- Les dysfonctionnements des mitochondries, les “centrales énergétiques” des cellules ;
- Les modifications épigénétiques, des changements qui modifient l’expression des gènes sans altérer l’ADN lui-même ;
- La perte de protéostase, c’est-à-dire la capacité du corps à maintenir ses protéines en bon état.
Tous ces facteurs combinés expliquent pourquoi l’espérance de vie réelle reste bien en dessous du plafond théorique. Pour rappel, le record de longévité vérifié reste celui de Jeanne Calment : 122 ans. On est loin des 156.
Ce que cette étude change vraiment
Selon Ekaterina Khrameeva, responsable des travaux, cette approche va permettre de comparer le poids exact de chaque mécanisme du vieillissement. L’objectif des chercheurs : intégrer tous ces facteurs un par un pour construire une théorie complète du vieillissement humain.
On ne vivra pas 156 ans demain. Mais on sait désormais d’où vient une partie du problème. Et surtout, quels organes lâchent en premier.
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Sources éditoriales et fact-checking

