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Étude · Physiologie

Ozempic ne fait pas que maigrir : il pourrait aussi freiner le vieillissement cellulaire

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ozempic ne fait pas que maigrir
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
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Ozempic, Wegovy, sémaglutide. Vous connaissez ces noms. Perte de poids, diabète, risque cardiovasculaire réduit. Ces médicaments font la une depuis des mois.

Mais ils pourraient faire bien plus que vous faire maigrir.

Pour la première fois, un essai clinique contrôlé vient de montrer que le sémaglutide ralentit le vieillissement biologique chez l’humain. Pas le vieillissement visible (rides, cheveux blancs). Celui qui se joue dans vos cellules, au niveau de votre ADN.

L’étude a été publiée dans Nature Communications1. Elle est signée par Michael J. Corley, professeur associé de médecine à l’UC San Diego School of Medicine et au Stein Institute for Research on Aging, et ses collègues de plusieurs institutions américaines.

Votre âge biologique n’est pas celui de votre carte d’identité

Deux personnes de 50 ans n’ont pas forcément le même âge cellulaire. L’une peut avoir des cellules qui se comportent comme celles d’une personne de 45 ans, l’autre comme celles d’une personne de 60 ans.

Comment le savoir ? Grâce à ce qu’on appelle des « horloges épigénétiques ».

En clair : sur votre ADN, il existe des marques chimiques (des méthylations) qui ne modifient pas vos gènes, mais qui changent la manière dont ces gènes s’activent ou se désactivent. Ces marques évoluent avec l’âge. En les mesurant dans le sang, les chercheurs évaluent à quelle vitesse votre corps vieillit, organe par organe : cerveau, cœur, foie, reins, système immunitaire.

Plus ces marques s’accumulent d’une certaine façon, plus votre corps vieillit vite. C’est un compteur biologique, indépendant du calendrier.

Ce que les chercheurs ont fait

L’équipe de Corley a repris les données d’un essai clinique de phase 2b (NCT04019197) portant sur 108 adultes vivant avec le VIH et souffrant de lipohypertrophie associée au VIH : une accumulation anormale de graisse viscérale autour de l’abdomen.

Parmi ces 108 participants, 84 disposaient de données épigénétiques exploitables. Ils ont été répartis en deux groupes : 45 ont reçu des injections hebdomadaires de sémaglutide pendant 32 semaines, 39 ont reçu un placebo. Ni les patients, ni les médecins ne savaient qui recevait quoi (essai en double aveugle).

L’objectif initial de l’essai portait sur la graisse viscérale. L’analyse du vieillissement épigénétique a été réalisée après coup (analyse post hoc) pour combler un manque dans la littérature scientifique.

Pourquoi des patients VIH ?

Le choix n’est pas anodin. Même lorsque le virus est bien contrôlé par un traitement antirétroviral, les personnes vivant avec le VIH présentent souvent un vieillissement biologique accéléré. Leur corps vieillit plus vite que ne le suggère leur âge réel.

Michael Corley l’explique : les processus biologiques étudiés chez ces patients (inflammation chronique, stress métabolique, accumulation de graisse viscérale) jouent aussi un rôle central dans le vieillissement de la population générale. Ces patients permettent donc de détecter plus tôt les effets d’un traitement sur les mécanismes du vieillissement.

Autrement dit : si un médicament ralentit ce processus dans ce groupe, il pourrait potentiellement produire des effets comparables chez d’autres personnes.

Les résultats de l’étude principale

Voici ce que les horloges épigénétiques ont mesuré chez les patients traités au sémaglutide, par rapport au groupe placebo (après ajustement pour le sexe, l’IMC et deux marqueurs d’inflammation, hsCRP et sCD163) :

  • L’horloge DunedinPACE (qui mesure la vitesse du vieillissement biologique) a montré un ralentissement de 9 % (p = 0,01) ;
  • L’horloge PhenoAge a enregistré une différence de moins 4,9 ans par an entre les deux groupes (p = 0,004) ;
  • L’horloge PCGrimAge (liée au risque de mortalité toutes causes) a reculé de 3,1 ans (p = 0,007) ;
  • L’horloge GrimAge V2 a montré un recul de 2,3 ans (p = 0,009).

Onze horloges mesurant le vieillissement organe par organe ont montré des baisses concordantes, les plus marquées concernant l’inflammation, le cerveau et le cœur. Seule l’horloge « Intrinsic Capacity » (capacité fonctionnelle) n’a pas montré de changement significatif (p = 0,31).

Ce que ces chiffres signifient concrètement

L’horloge DunedinPACE ne mesure pas un âge, mais une vitesse. Un score de 1,0 correspond à un vieillissement au rythme normal. Les patients sous sémaglutide ont vu cette vitesse baisser de 0,09 unité, ce qui équivaut à un ralentissement de 9 % du rythme auquel leurs cellules accumulaient des marques de vieillissement.

Pour les horloges comme PhenoAge ou PCGrimAge, les résultats sont exprimés en « années par an ». Cela signifie que, sur la durée de l’essai, le groupe sémaglutide a accumulé significativement moins d’années de vieillissement épigénétique que le groupe placebo.

Comment le sémaglutide pourrait-il agir sur le vieillissement ?

Le sémaglutide est un agoniste du récepteur GLP-1 (Glucagon-Like Peptide-1). Pour simplifier : il imite une hormone naturellement produite par l’intestin après un repas, qui régule l’appétit, le taux de sucre dans le sang et l’inflammation.

Selon les chercheurs, plusieurs mécanismes pourraient expliquer l’effet observé :

  • La réduction de l’inflammation chronique, l’un des principaux moteurs du vieillissement accéléré chez les personnes vivant avec le VIH ;
  • La diminution de la graisse viscérale et ectopique (celle qui entoure les organes), qui émet des signaux inflammatoires et métaboliques accélérant le vieillissement ;
  • Un possible « reprogrammage » épigénétique de certaines cellules dans différents organes, ce que les chercheurs désignent comme une perturbation de la « mémoire épigénétique obésogène » du tissu adipeux.

Une deuxième étude confirme la tendance

Dans un essai pilote publié dans la revue Npj Aging2, la même équipe a étudié les effets du sémaglutide pendant 24 semaines chez des patients VIH atteints de stéatose hépatique métabolique (maladie du foie gras d’origine non alcoolique).

Les résultats vont dans le même sens :

  • 42 % des participants ont vu leur rythme de vieillissement biologique ralentir (horloge DunedinPACE), et ces participants présentaient aussi une réduction plus importante de la graisse hépatique (p = 0,024) ;
  • 34 % ont montré un ralentissement du vieillissement lié au risque de mortalité (horloge PCGrimAge) ;
  • Près de 49 % ont vu leurs télomères s’allonger (horloge PCDNAmTL), et cet allongement était associé à une meilleure vitesse de marche (p = 0,012).

Les télomères sont des séquences d’ADN répétitives situées aux extrémités de vos chromosomes. Ils fonctionnent comme des capuchons protecteurs. Plus ils raccourcissent, plus vos cellules perdent leur capacité à se diviser correctement. Les voir s’allonger est donc un signal positif.

Ce que cette étude ne dit pas

Les chercheurs sont clairs : le sémaglutide ne « rajeunit » personne. Il ne renverse pas le vieillissement.

Michael Corley le formule ainsi : le signal observé suggère que certains processus biologiques associés au vieillissement pourraient être ralentis. Ce n’est pas un médicament anti-âge, c’est une piste à explorer.

Les limites à retenir

  • L’analyse épigénétique n’était pas prévue dans le protocole initial de l’essai (analyse post hoc, donc exploratoire) ;
  • L’échantillon est modeste : 84 participants avec données épigénétiques (45 sous sémaglutide, 39 sous placebo) ;
  • Tous les participants étaient porteurs du VIH et souffraient de lipohypertrophie, ce qui limite la généralisation à d’autres populations ;
  • Le suivi n’a duré que 32 semaines, soit environ 8 mois.

La suite

Des essais cliniques prospectifs, plus larges et plus longs, seront nécessaires pour confirmer ces résultats. Les chercheurs devront aussi déterminer combien de temps les effets persistent après l’arrêt du traitement, quel dosage est optimal et si l’association avec des changements de mode de vie (alimentation, exercice, sommeil) renforce ces bénéfices.

Le Stein Institute for Research on Aging de l’UC San Diego prévoit de développer des « tableaux de bord du vieillissement » individualisés, permettant aux médecins de suivre l’âge biologique de leurs patients via les horloges épigénétiques et d’adapter les traitements en conséquence.

Avec l’arrivée de nouvelles molécules GLP-1 sur le marché, la question se pose désormais : certaines de ces molécules ont-elles des effets différents sur la biologie du vieillissement ? Et surtout, quels patients en bénéficieraient le plus ?

La réponse viendra des prochains essais cliniques.

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