Ce qui se passe dans le corps
Un geste anodin. Une douleur qui bloque le bas du dos. Le lumbago fait partie des douleurs les plus banales, et des plus inquiétantes sur le moment.
Le plus souvent, aucune lésion grave n’est en cause. La HAS parle de lombalgie commune : une douleur du bas du dos sans maladie sous-jacente identifiable. Elle demande d’ailleurs aux médecins de délivrer une information rassurante sur son évolution.
La durée sert de repère. Une crise de moins de six semaines est dite aiguë. Au-delà de trois mois, la lombalgie devient chronique.
Les causes les plus fréquentes
La lombalgie commune n’a pas de cause unique. Disques, petites articulations des vertèbres, muscles et ligaments peuvent tous participer, sans que l’examen ou l’imagerie permettent toujours de trancher.
Plus rarement, la douleur trahit une maladie : infection, fracture, tumeur, rhumatisme inflammatoire. C’est tout l’enjeu des signes d’alerte que le médecin recherche à chaque consultation.
Le vrai risque est ailleurs : le passage à la chronicité. La HAS y consacre une large part de ses recommandations.
Ce qui aide, selon les études
Premier message, le plus contre-intuitif : bouger. Pour la HAS, l’exercice physique est le traitement principal de la lombalgie commune, avec la poursuite des activités quotidiennes et, si possible, du travail. L’Assurance Maladie le résume ainsi : le repos au lit n’est pas recommandé.
Les essais vont dans le même sens. Une revue Cochrane montre que le conseil de rester actif réduit un peu la douleur d’une crise aiguë, par rapport au repos. Dans la lombalgie chronique, l’exercice diminue la douleur d’environ 15 points sur 100, selon une autre revue Cochrane de 249 essais.
La chaleur locale apporte un soulagement modeste et de courte durée en phase aiguë, selon les essais réunis par Cochrane.
Côté médicaments, les surprises ne manquent pas. Le paracétamol n’a pas fait mieux qu’un placebo dans la lombalgie, selon une méta-analyse publiée dans le BMJ. Un grand essai publié dans The Lancet, mené chez 1 652 patients en crise aiguë, trouve le même délai de récupération avec ou sans paracétamol. Les anti-inflammatoires peuvent être proposés par le médecin, après évaluation de leurs risques, pour la durée la plus courte possible.
L’imagerie, elle, n’apporte rien lors d’une poussée aiguë sans signe d’alerte : la HAS ne la recommande pas. Elle ne se discute qu’en cas de douleur qui persiste au-delà de trois mois ou avant un geste technique.
Et l’acupuncture ? Face à une fausse acupuncture, la différence sur la douleur reste sous le seuil jugé utile, selon la revue Cochrane. Les recommandations britanniques NICE déconseillent d’y recourir.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise, présentée ici comme une tradition, distingue plusieurs lombalgies. La plus citée est la lombalgie par vide du Rein (shen xu yao tong), un organe que la tradition associe aux lombes. Les autres formes relèvent du froid-humidité, de l’humidité-chaleur ou de la stase de sang. La CIM-11 de l’OMS a retenu une catégorie de « lombalgie » dans son chapitre consacré aux médecines traditionnelles.
La Pharmacopée chinoise cite l’écorce d’eucommia (du zhong) et la racine de dipsacus (xu duan), réputées tonifier le Foie et le Rein et renforcer tendons et os. La racine d’angélique pubescente (du huo) y est indiquée pour les douleurs des lombes et des genoux liées au froid et à l’humidité. Aucune de ces plantes n’a été évaluée seule dans la lombalgie.
Quand consulter
La HAS liste des signes d’alerte qui imposent un avis médical rapide :
- Une douleur qui s’aggrave, présente au repos et surtout la nuit ;
- De la fièvre, une perte de poids inexpliquée, un antécédent de cancer ou un traitement prolongé par corticoïdes ;
- Un traumatisme important, comme une chute de hauteur ;
- Une perte de force dans les jambes, une insensibilité du périnée ou des troubles pour uriner ou aller à la selle.
Le dernier cas peut traduire une compression des nerfs du bas de la colonne, le syndrome de la queue-de-cheval. C’est une urgence, le jour même.
À retenir
- Bouger fait partie du traitement : le repos au lit n’est pas recommandé ;
- Une crise aiguë sans signe d’alerte ne justifie pas d’imagerie ;
- Le paracétamol n’a pas fait mieux qu’un placebo dans les essais ;
- Une insensibilité du périnée ou des troubles urinaires imposent une consultation en urgence.

