Ce qui se passe dans le corps
Le genou porte le poids du corps à chaque pas. Il encaisse, plie, pivote. Et finit parfois par protester.
Deux situations dominent. Après 45 ans, l’arthrose : le cartilage, ce revêtement lisse qui recouvre l’extrémité des os, s’amincit et toute l’articulation se remodèle. Chez les sportifs et les adultes jeunes, le syndrome fémoro-patellaire : une douleur autour ou derrière la rotule, réveillée par les escaliers, l’accroupissement ou une longue station assise.
Pour l’arthrose, l’examen suffit le plus souvent. NICE recommande de poser le diagnostic sans imagerie systématique.
Les causes les plus fréquentes
- L’arthrose : douleur à la marche et à l’effort, genou parfois gonflé ;
- Le syndrome fémoro-patellaire : douleur à l’avant du genou dans les escaliers ou après une longue station assise ;
- Les lésions du ménisque ou des ligaments : souvent après une torsion ;
- L’infection de l’articulation, rare mais urgente : genou brutalement rouge, chaud et gonflé.
Après une chute ou une torsion, une règle canadienne aide à décider d’une radiographie. La règle d’Ottawa retient l’âge de 55 ans ou plus, une douleur à la pression de la rotule ou de la tête du péroné, l’impossibilité de plier le genou à angle droit ou de faire quatre pas. Validée chez plus de 1 000 adultes, elle n’a manqué aucune fracture importante.
Ce qui aide, selon les études
Le socle du traitement de l’arthrose tient en deux mots : exercice et poids. NICE recommande un exercice adapté à chaque personne. La dernière revue Cochrane, qui réunit 139 essais, trouve une amélioration de la douleur et de la fonction, avec des preuves de certitude faible à modérée et une importance clinique incertaine.
Le poids, ensuite. Toute perte de poids aide, selon NICE, et perdre 10 % de son poids fait probablement mieux que 5 %. Dans l’essai IDEA, publié dans JAMA, l’association régime et exercice a davantage réduit la douleur que chacun des deux seul.
Côté médicaments, NICE place en premier un anti-inflammatoire appliqué en gel sur le genou. Il déconseille le paracétamol en traitement régulier.
Pour la douleur rotulienne, un consensus international publié dans le British Journal of Sports Medicine recommande des exercices qui renforcent à la fois la hanche et le genou, plutôt que le genou seul.
Plusieurs solutions très répandues n’ont pas tenu leurs promesses :
- La glucosamine et la chondroïtine, sans effet utile sur la douleur selon une méta-analyse publiée dans le BMJ ;
- Les injections d’acide hyaluronique, au bénéfice négligeable, avec davantage d’effets indésirables graves, et qui ne sont plus remboursées en France ;
- L’arthroscopie pour un genou usé, fortement déconseillée par une recommandation internationale publiée dans le BMJ ;
- La vitamine D, sans effet sur la douleur ni sur le cartilage dans un essai de deux ans publié dans JAMA.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise, présentée ici comme une tradition, range le genou douloureux parmi les syndromes bi, l’« obstruction douloureuse » liée au vent, au froid et à l’humidité. Avec l’âge, elle y ajoute un affaiblissement du Foie et du Rein, auxquels elle rattache les tendons et les os.
La Pharmacopée chinoise cite la racine d’achyranthe (niu xi) et le fruit de cognassier de Chine (mu gua) pour les douleurs des lombes et des genoux. Aucune n’a été évaluée chez l’humain dans cette indication. Le gingembre frais (sheng jiang) n’est pas cité pour le genou par la tradition, mais il a été testé en extrait dans l’arthrose : cinq essais montrent un effet modeste sur la douleur, avec davantage d’arrêts pour effets indésirables. Le curcuma, enfin, a réduit modestement la douleur dans un essai publié dans Annals of Internal Medicine, sans effet sur l’inflammation de l’articulation.
Quand consulter
Certains signes imposent un avis médical sans attendre :
- Un genou brutalement rouge, chaud et très gonflé, avec ou sans fièvre ;
- Après un choc ou une torsion, l’impossibilité de faire quatre pas ou de plier le genou ;
- Un genou qui se bloque ;
- Un mollet gonflé, chaud et douloureux.
Le premier cas peut traduire une infection de l’articulation. La fièvre manque parfois : son absence ne doit pas rassurer.
À retenir
- L’exercice adapté reste la base du traitement de l’arthrose ;
- En cas de surpoids, toute perte de poids aide ;
- Glucosamine, acide hyaluronique et arthroscopie n’ont pas fait leurs preuves ;
- Un genou brutalement chaud et gonflé impose de consulter le jour même.
