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Recherches santé · Muscles et articulations

Douleur à l’épaule

Aussi : épaule douloureuse, tendinite de l'épaule, capsulite rétractile, épaule gelée

Une lésion visible à l'IRM n'explique pas toujours une douleur d'épaule. Et la chirurgie la plus pratiquée n'a pas fait mieux qu'une fausse opération.

🔬 Ce que dit la science

Kinésithérapie active en premier

La HAS intègre la kinésithérapie au traitement des tendinopathies de la coiffe des rotateurs, les tendons qui stabilisent l'épaule, avec une amélioration attendue en 6 semaines à 3 mois. Les radiographies ne sont prévues qu'en l'absence d'amélioration après 4 à 6 semaines.

Recommandé · HAS 2023

Infiltration de corticoïdes : effet temporaire

Ajoutée à la kinésithérapie, une infiltration de corticoïdes apporte un gain faible à modéré sur la douleur à court terme. Seule, elle ne fait pas mieux que la kinésithérapie, et aucun avantage n'apparaît à moyen ou long terme.

Avec le médecin · Phys Ther 2025

Capsulite : trois options de résultat proche

Chez 503 adultes atteints de capsulite rétractile (enraidissement progressif de l'épaule), kinésithérapie avec infiltration, mobilisation sous anesthésie et chirurgie ont donné des résultats proches à un an. La chirurgie comportait plus de risques.

Avec le médecin · Lancet 2020

Acupuncture : preuves insuffisantes

Neuf petits essais, très différents, ne permettent ni de confirmer ni d'écarter un effet. Le gain de fonction observé à quatre semaines devient négligeable à quatre mois.

Peu étudié · Cochrane 2005

Décompression chirurgicale : pas mieux qu'un placebo

Raboter l'os situé au-dessus des tendons n'apporte pas de bénéfice notable sur la douleur, la fonction ou la qualité de vie par rapport à une fausse intervention. Les preuves sont de certitude élevée.

Non démontré · Cochrane 2019

Ondes de choc : bénéfice minime

Dans 9 essais contre placebo (608 participants), les ondes de choc réduisent la douleur de 0,8 point sur 10 à trois mois, sous le seuil de 1,5 point jugé utile. Les auteurs concluent à très peu de bénéfices cliniquement importants.

Non démontré · Cochrane 2020

☯️ La médecine chinoise

La tradition range l'épaule douloureuse parmi les syndromes bi (« obstruction douloureuse »), où le vent, le froid et l'humidité bloquent la circulation du qi et du sang dans les méridiens. L'épaule qui s'enraidit vers la cinquantaine y porte un nom imagé : wu shi jian, « l'épaule de cinquante ans ».

Rhizome de curcuma (jiang huang)

Amer, piquantTièdeRate · Foie

Science : épaule : peu étudié ; genou : un essai, effet modeste ; atteintes du foie rappor

Rameau de mûrier blanc (sang zhi)

Légèrement amerNeutreFoie

Science : peu étudié

Rhizome de notoptérygium (qiang huo)

Piquant, amerTièdeVessie · Rein

Science : peu étudié
Tradition · pas une preuve d’efficacité

Consultez sans attendre si la douleur s'accompagne d'une oppression ou d'une douleur dans la poitrine, d'un essoufflement ou de sueurs (appelez le 15), si l'épaule est rouge, chaude et gonflée, surtout avec de la fièvre, si elle est déformée ou impossible à lever après une chute, ou en cas de faiblesse du bras, de perte de poids inexpliquée ou d'antécédent de cancer.

Ce qui se passe dans le corps

L’épaule est l’articulation la plus mobile du corps. Ce privilège a un prix : sa stabilité repose surtout sur des muscles et des tendons.

Au premier rang, la coiffe des rotateurs : quatre muscles dont les tendons entourent la tête de l’humérus, l’os du bras. Ils la maintiennent centrée pendant que le bras se lève. Quand ces tendons s’abîment ou s’irritent, on parle de tendinopathie, l’une des causes les plus fréquentes de douleur d’épaule.

Un piège attend pourtant ceux qui passent une échographie ou une IRM.

Les anomalies de la coiffe deviennent banales avec l’âge, qu’il y ait douleur ou non. Une analyse de 30 études, publiée dans le Journal of Shoulder and Elbow Surgery, les retrouve chez moins de 10 % des moins de 20 ans, mais chez 62 % des plus de 80 ans. Autrement dit : une lésion à l’image n’explique pas toujours la douleur.

Les causes les plus fréquentes

  • La tendinopathie de la coiffe des rotateurs : douleur en levant ou en tournant le bras ;
  • La tendinopathie calcifiante : un dépôt de calcium dans le tendon, parfois très douloureux ;
  • La capsulite rétractile : l’enveloppe de l’articulation s’épaissit et se rétracte, l’épaule perd peu à peu sa mobilité.

Le diabète pèse lourd dans la capsulite. Une méta-analyse publiée dans Muscles, Ligaments and Tendons Journal estime que 13 % des personnes diabétiques en souffrent, avec un risque multiplié par cinq.

Enfin, l’épaule peut servir d’écran. Une douleur venue du cœur ou des poumons peut s’y projeter. C’est pourquoi la HAS demande d’écarter d’abord ces causes urgentes.

Ce qui aide, selon les études

Le traitement de base tient en un mot : rééducation. La HAS prévoit une kinésithérapie active et une amélioration en 6 semaines à 3 mois. Une synthèse de revues publiée dans le Journal of Orthopaedic and Sports Physical Therapy place l’exercice en première intention. Une revue Cochrane nuance toutefois : le seul essai de bonne qualité qui compare thérapie manuelle et exercices à un placebo ne trouve pas de différence cliniquement importante.

L’infiltration de corticoïdes soulage, mais pour un temps. Ajoutée à la kinésithérapie, elle apporte un gain à court terme, sans avantage au-delà, selon une méta-analyse publiée dans Physical Therapy.

Et la chirurgie ? La décompression sous-acromiale consiste à raboter l’os situé au-dessus des tendons. Face à une fausse intervention, elle n’apporte pas de bénéfice notable : la revue Cochrane l’établit avec un haut niveau de certitude, et une recommandation internationale publiée dans le BMJ la déconseille fortement.

Pour la capsulite, l’essai UK FROST, publié dans The Lancet, a comparé trois approches chez 503 patients. Kinésithérapie avec infiltration, mobilisation sous anesthésie, chirurgie : à un an, aucune ne s’est nettement détachée.

Restent les techniques populaires. Les ondes de choc réduisent la douleur de moins d’un point sur dix, sous le seuil jugé utile (Cochrane). L’acupuncture, évaluée dans de petits essais, ne permet pas de conclure.

Ce que propose la médecine chinoise

La médecine chinoise, présentée ici comme une tradition, range l’épaule douloureuse parmi les syndromes bi, l’« obstruction douloureuse ». Selon un texte fondateur, le Su Wen, le vent, le froid et l’humidité s’y combinent pour bloquer la circulation dans les méridiens. L’épaule qui s’enraidit vers la cinquantaine porte même un nom imagé : wu shi jian, « l’épaule de cinquante ans ».

La Pharmacopée chinoise cite le curcuma (jiang huang) pour la « douleur rhumatismale des épaules et des bras », et le rameau de mûrier (sang zhi) pour l’engourdissement des épaules et des bras. Aucune de ces plantes n’a été évaluée dans la douleur d’épaule. Le curcuma, testé dans l’arthrose du genou, n’y a montré qu’un effet modeste sur la douleur, et des atteintes du foie ont été rapportées avec certains compléments très concentrés.

Quand consulter

Certains signes imposent un avis médical sans attendre :

  • Une douleur d’épaule avec oppression dans la poitrine, essoufflement ou sueurs : appelez le 15 ;
  • Une épaule rouge, chaude et gonflée, surtout avec de la fièvre ;
  • Une épaule déformée ou impossible à lever après une chute ;
  • Une faiblesse du bras, une perte de poids inexpliquée ou un antécédent de cancer.

Sans ces signes, une douleur qui ne s’améliore pas après quelques semaines mérite un examen. La HAS ne prévoit les radiographies qu’en l’absence d’amélioration après 4 à 6 semaines.

À retenir

  • La rééducation reste le premier traitement des tendinopathies de la coiffe ;
  • Une lésion visible à l’IRM n’explique pas toujours la douleur ;
  • La chirurgie de décompression ne fait pas mieux qu’une fausse intervention ;
  • Une douleur d’épaule avec gêne dans la poitrine impose d’appeler le 15.

Testez-vous

5 questions, chaque réponse expliquée

  1. 01Par quoi commence le traitement d'une tendinopathie de l'épaule ?

  2. 02La chirurgie de décompression fait-elle mieux qu'une fausse opération ?

  3. 03Une infiltration de corticoïdes soulage-t-elle durablement ?

  4. 04Les ondes de choc ont-elles fait leurs preuves pour la coiffe des rotateurs ?

  5. 05Quel signe associé à une douleur d'épaule impose d'appeler le 15 ?

Pour aller plus loin

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Envoyez-la : ce que dit la science, ce qu’en dit la tradition chinoise et les signes qui doivent faire consulter.

Sources

  1. HAS. Conduite diagnostique devant une épaule douloureuse non traumatique de l'adulte et prise en charge des tendinopathies de la coiffe des rotateurs. Recommandation de bonne pratique, Haute Autorité de Santé, août 2023
  2. Lazzarini SG, Buraschi R, Pollet J, et al. Effectiveness of additional or standalone corticosteroid injections compared to physical therapist interventions in rotator cuff tendinopathy: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Phys Ther. 2025;105(3):pzaf006. doi:10.1093/ptj/pzaf006
  3. Rangan A, Brealey SD, Keding A, et al. Management of adults with primary frozen shoulder in secondary care (UK FROST): a multicentre, pragmatic, three-arm, superiority randomised clinical trial. Lancet. 2020;396(10256):977-989. doi:10.1016/S0140-6736(20)31965-6
  4. Green S, Buchbinder R, Hetrick S. Acupuncture for shoulder pain. Cochrane Database Syst Rev. 2005;(2):CD005319. doi:10.1002/14651858.CD005319
  5. Karjalainen TV, Jain NB, Page CM, et al. Subacromial decompression surgery for rotator cuff disease. Cochrane Database Syst Rev. 2019;1(1):CD005619. doi:10.1002/14651858.CD005619.pub3
  6. Surace SJ, Deitch J, Johnston RV, et al. Shock wave therapy for rotator cuff disease with or without calcification. Cochrane Database Syst Rev. 2020;3(3):CD008962. doi:10.1002/14651858.CD008962.pub2
  7. Vandvik PO, Lähdeoja T, Ardern C, et al. Subacromial decompression surgery for adults with shoulder pain: a clinical practice guideline. BMJ. 2019;364:l294. doi:10.1136/bmj.l294
  8. Pieters L, Lewis J, Kuppens K, et al. An update of systematic reviews examining the effectiveness of conservative physical therapy interventions for subacromial shoulder pain. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(3):131-141. doi:10.2519/jospt.2020.8498
  9. Page MJ, Green S, McBain B, et al. Manual therapy and exercise for rotator cuff disease. Cochrane Database Syst Rev. 2016;(6):CD012224. doi:10.1002/14651858.CD012224
  10. Teunis T, Lubberts B, Reilly BT, et al. A systematic review and pooled analysis of the prevalence of rotator cuff disease with increasing age. J Shoulder Elbow Surg. 2014;23(12):1913-1921. doi:10.1016/j.jse.2014.08.001
  11. Zreik NH, Malik RA, Charalambous CP. Adhesive capsulitis of the shoulder and diabetes: a meta-analysis of prevalence. Muscles Ligaments Tendons J. 2016;6(1):26-34. doi:10.11138/mltj/2016.6.1.026
  12. Rees JL, Kulkarni R, Rangan A, et al. Shoulder pain diagnosis, treatment and referral guidelines for primary, community and intermediate care. Shoulder Elbow. 2021;13(1):5-11. doi:10.1177/1758573220984471
  13. Wang Z, Jones G, Winzenberg T, et al. Effectiveness of Curcuma longa extract for the treatment of symptoms and effusion-synovitis of knee osteoarthritis: a randomized trial. Ann Intern Med. 2020;173(11):861-869. doi:10.7326/M20-0990
  14. Lombardi N, Crescioli G, Maggini V, et al. Acute liver injury following turmeric use in Tuscany: an analysis of the Italian Phytovigilance database and systematic review of case reports. Br J Clin Pharmacol. 2021;87(3):741-753. doi:10.1111/bcp.14460
  15. Commission de la Pharmacopée chinoise. Pharmacopoeia of the People's Republic of China, édition 2020, volume I (monographies des plantes : saveur, nature, méridiens, indications). Édition anglaise en 4 volumes, ISBN 978-0-11-898767-7.
  16. Huangdi Neijing Su Wen (Questions simples de l'Empereur Jaune), chapitre 43 « Bi lun » (« Traité des obstructions douloureuses »).
  17. Organisation mondiale de la santé. Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11), chapitre 26 « Supplementary Chapter Traditional Medicine Conditions – Module I »

Cette page explique, elle ne remplace pas l’avis d’un médecin. La médecine chinoise y est présentée comme une tradition, pas comme une preuve d’efficacité.

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