Ce qui se passe dans le corps
L’épaule est l’articulation la plus mobile du corps. Ce privilège a un prix : sa stabilité repose surtout sur des muscles et des tendons.
Au premier rang, la coiffe des rotateurs : quatre muscles dont les tendons entourent la tête de l’humérus, l’os du bras. Ils la maintiennent centrée pendant que le bras se lève. Quand ces tendons s’abîment ou s’irritent, on parle de tendinopathie, l’une des causes les plus fréquentes de douleur d’épaule.
Un piège attend pourtant ceux qui passent une échographie ou une IRM.
Les anomalies de la coiffe deviennent banales avec l’âge, qu’il y ait douleur ou non. Une analyse de 30 études, publiée dans le Journal of Shoulder and Elbow Surgery, les retrouve chez moins de 10 % des moins de 20 ans, mais chez 62 % des plus de 80 ans. Autrement dit : une lésion à l’image n’explique pas toujours la douleur.
Les causes les plus fréquentes
- La tendinopathie de la coiffe des rotateurs : douleur en levant ou en tournant le bras ;
- La tendinopathie calcifiante : un dépôt de calcium dans le tendon, parfois très douloureux ;
- La capsulite rétractile : l’enveloppe de l’articulation s’épaissit et se rétracte, l’épaule perd peu à peu sa mobilité.
Le diabète pèse lourd dans la capsulite. Une méta-analyse publiée dans Muscles, Ligaments and Tendons Journal estime que 13 % des personnes diabétiques en souffrent, avec un risque multiplié par cinq.
Enfin, l’épaule peut servir d’écran. Une douleur venue du cœur ou des poumons peut s’y projeter. C’est pourquoi la HAS demande d’écarter d’abord ces causes urgentes.
Ce qui aide, selon les études
Le traitement de base tient en un mot : rééducation. La HAS prévoit une kinésithérapie active et une amélioration en 6 semaines à 3 mois. Une synthèse de revues publiée dans le Journal of Orthopaedic and Sports Physical Therapy place l’exercice en première intention. Une revue Cochrane nuance toutefois : le seul essai de bonne qualité qui compare thérapie manuelle et exercices à un placebo ne trouve pas de différence cliniquement importante.
L’infiltration de corticoïdes soulage, mais pour un temps. Ajoutée à la kinésithérapie, elle apporte un gain à court terme, sans avantage au-delà, selon une méta-analyse publiée dans Physical Therapy.
Et la chirurgie ? La décompression sous-acromiale consiste à raboter l’os situé au-dessus des tendons. Face à une fausse intervention, elle n’apporte pas de bénéfice notable : la revue Cochrane l’établit avec un haut niveau de certitude, et une recommandation internationale publiée dans le BMJ la déconseille fortement.
Pour la capsulite, l’essai UK FROST, publié dans The Lancet, a comparé trois approches chez 503 patients. Kinésithérapie avec infiltration, mobilisation sous anesthésie, chirurgie : à un an, aucune ne s’est nettement détachée.
Restent les techniques populaires. Les ondes de choc réduisent la douleur de moins d’un point sur dix, sous le seuil jugé utile (Cochrane). L’acupuncture, évaluée dans de petits essais, ne permet pas de conclure.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise, présentée ici comme une tradition, range l’épaule douloureuse parmi les syndromes bi, l’« obstruction douloureuse ». Selon un texte fondateur, le Su Wen, le vent, le froid et l’humidité s’y combinent pour bloquer la circulation dans les méridiens. L’épaule qui s’enraidit vers la cinquantaine porte même un nom imagé : wu shi jian, « l’épaule de cinquante ans ».
La Pharmacopée chinoise cite le curcuma (jiang huang) pour la « douleur rhumatismale des épaules et des bras », et le rameau de mûrier (sang zhi) pour l’engourdissement des épaules et des bras. Aucune de ces plantes n’a été évaluée dans la douleur d’épaule. Le curcuma, testé dans l’arthrose du genou, n’y a montré qu’un effet modeste sur la douleur, et des atteintes du foie ont été rapportées avec certains compléments très concentrés.
Quand consulter
Certains signes imposent un avis médical sans attendre :
- Une douleur d’épaule avec oppression dans la poitrine, essoufflement ou sueurs : appelez le 15 ;
- Une épaule rouge, chaude et gonflée, surtout avec de la fièvre ;
- Une épaule déformée ou impossible à lever après une chute ;
- Une faiblesse du bras, une perte de poids inexpliquée ou un antécédent de cancer.
Sans ces signes, une douleur qui ne s’améliore pas après quelques semaines mérite un examen. La HAS ne prévoit les radiographies qu’en l’absence d’amélioration après 4 à 6 semaines.
À retenir
- La rééducation reste le premier traitement des tendinopathies de la coiffe ;
- Une lésion visible à l’IRM n’explique pas toujours la douleur ;
- La chirurgie de décompression ne fait pas mieux qu’une fausse intervention ;
- Une douleur d’épaule avec gêne dans la poitrine impose d’appeler le 15.

