Ce que mesure l’analyse
La vitamine B1, ou thiamine, est une vitamine hydrosoluble : l’organisme en stocke peu et l’élimine assez vite. Sous sa forme active, le thiamine diphosphate (TDP, aussi appelé pyrophosphate de thiamine ou TPP), elle joue le rôle de coenzyme, c’est-à-dire d’assistant indispensable à certaines enzymes.
Trois enzymes dépendent du TDP. La pyruvate déshydrogénase et l’alpha-cétoglutarate déshydrogénase font entrer les produits du glucose dans le cycle de Krebs, la chaîne de réactions qui fournit l’énergie des cellules. La transcétolase travaille dans la voie des pentoses phosphates, qui produit du NADPH et des sucres utiles à la fabrication de l’ADN. Quand le TDP manque, le pyruvate s’accumule et se transforme en lactate. Les tissus les plus gourmands en énergie (cerveau, nerfs, cœur) sont les premiers exposés.
Le TDP circule surtout à l’intérieur des globules rouges. On le dose donc dans le sang total, par chromatographie liquide haute performance (HPLC) ou par spectrométrie de masse (LC-MS/MS). Ce dosage reflète les réserves de l’organisme, tandis que la thiamine libre du plasma varie avec les apports récents (Zhang et al., 2017)1.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang veineuse suffit. Le dosage se fait sur sang total et non sur sérum : vérifiez que le laboratoire a bien prévu le bon tube. Les études que nous avons vérifiées n’imposent pas de règle de jeûne ; suivez les consignes de votre laboratoire, qui connaît sa méthode.
Signalez en revanche toute prise de complément ou de multivitamines. Les intervalles de référence les plus récents sont établis chez des personnes qui n’en prenaient pas, et un complément relève le TDP. Le tube doit parvenir rapidement au laboratoire, dans les conditions que celui-ci indique.
Comment lire le résultat
Deux unités coexistent. La première est volumique : nmol/L de sang. La seconde est rapportée à l’hémoglobine : ng par gramme d’hémoglobine. Les deux sont corrélées, mais elles ne classent pas toujours une personne dans la même case. Une étude dijonnaise a établi un intervalle de 249 à 531 ng/g d’hémoglobine chez 130 adultes sains, et montré que 68,5 % des échantillons jugés bas en nmol/L étaient normaux une fois rapportés à l’hémoglobine (Guihaire et Denimal, 2026)2.
Le repère de cette même étude en nmol/L va de 88 à 181 chez l’adulte. Aucune distinction selon le sexe ou l’âge n’a été jugée nécessaire dans cette population. Ce repère n’est pas universel. Un autre laboratoire, avec une autre méthode, a publié 84,3 à 213,3 nmol/L (Zhang et al., 2017)3. Une cohorte danoise de donneurs de sang, analysée par LC-MS/MS, a donné 101,0 à 189,0 nmol/L (Stidsen et al., 2024)4.
Ces écarts n’ont rien d’anormal : la méthode, la population et le mode de calcul diffèrent. Comparez toujours votre résultat aux bornes imprimées sur votre compte rendu, pas à celles d’un autre document.
Un résultat sous la borne basse indique que le TDP est bas dans le sang. Il ne suffit pas, à lui seul, à poser un diagnostic de carence : les symptômes, l’alimentation, l’alcool et les maladies digestives comptent autant. Un résultat au-dessus de la borne haute traduit le plus souvent une prise récente de thiamine.
Ce que dit la science
Le dosage du TDP dans le sang total est l’un des deux dosages utilisés en routine pour évaluer le statut en B1, l’autre étant la thiamine libre plasmatique. Nous le classons en niveau « b » : il est courant en pratique et techniquement solide, mais il n’existe pas de consensus international sur un seuil de carence ni sur l’unité à privilégier.
Un ancien test, dit d’activation de la transcétolase, évalue l’effet fonctionnel de la vitamine. Chez 63 patients à risque de carence, le dosage direct du TDP et ce test donnaient le même verdict pour la grande majorité d’entre eux (Talwar et al., 2000)5. Le dosage direct est donc cohérent avec une mesure fonctionnelle, sans la remplacer dans tous les cas.
Ce que la science n’a pas démontré : un lien simple entre une valeur de TDP et des symptômes précis chez une personne en bonne santé apparente. Chez le sportif, une revue des études de métabolisme relève qu’aucune n’a comparé la thiamine de personnes actives et sédentaires ; les personnes les plus exposées sont celles qui restreignent leur apport énergétique ou mangent de façon peu variée (Manore, 2000)6.
Pour un lecteur qui suit ses analyses : un TDP dans la zone du repère de son laboratoire est rassurant sur les réserves. Un TDP bas mérite d’être discuté avec un médecin, surtout en cas de symptômes ou de facteur de risque, sans automédication.
Les analyses à associer
L’hémoglobine est la première à demander : elle permet de savoir si un TDP bas par litre de sang reflète une vraie baisse ou simplement une anémie. Le magnésium érythrocytaire est utile, car la thiamine a besoin de magnésium pour jouer son rôle de coenzyme. Le lactate sanguin renseigne indirectement sur le métabolisme énergétique. Enfin, la vitamine B12 complète utilement le bilan des vitamines du groupe B.
À retenir
- Le dosage mesure le TDP, la forme active de la B1, surtout contenue dans les globules rouges.
- Il reflète les réserves, davantage que le dernier repas.
- Les repères changent selon la méthode et l’unité : utilisez ceux de votre compte rendu.
- Un complément ou une perfusion récente relève le résultat.
- Un résultat bas se discute avec un médecin : il ne fait pas, seul, le diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études