Ce que mesure l’analyse
Le lactate et le pyruvate forment un couple. Le pyruvate est le produit final de la glycolyse, la dégradation du glucose dans le cytoplasme. Une enzyme, la lactate déshydrogénase, convertit le pyruvate en lactate, ou l’inverse, selon les besoins de la cellule. Cette réaction utilise le NADH et le NAD+, deux formes d’une même molécule qui transporte des électrons.
Comme la réaction est rapide et réversible, le rapport entre lactate et pyruvate suit de près le rapport entre NADH et NAD+ dans le cytoplasme : on parle d’état d’oxydoréduction, ou état redox. Quand la chaîne respiratoire des mitochondries fonctionne mal, ou quand l’oxygène manque, le NADH s’accumule, et le lactate monte plus vite que le pyruvate. Le rapport augmente.
Comment se passe le prélèvement
C’est le point le plus délicat de l’analyse. Le prélèvement se fait au repos, sans garrot serré longtemps ni poing serré, car l’effort musculaire local fait monter le lactate. Le pyruvate est instable : le sang doit être déprotéiné immédiatement, généralement dans un acide, puis conservé au froid, selon le protocole du laboratoire.
Si le tube reste sur le plan de travail, les globules rouges continuent de consommer du glucose et de produire du lactate, ce qui fausse les deux valeurs. Beaucoup de centres demandent un prélèvement dans le laboratoire lui-même, ou avec un matériel préparé à l’avance. Suivez à la lettre la consigne de jeûne et de repos que l’on vous donne.
Comment lire le résultat
Le rapport est un chiffre sans unité, calculé à partir des concentrations molaires de lactate et de pyruvate. Chaque laboratoire a ses propres normes, car elles dépendent de la technique et de la population : sans repère publié que nous ayons pu vérifier, nous n’en indiquons pas ici.
Surtout, le rapport ne se lit pas seul. Il n’a de sens que si le lactate est élevé : en dessous d’une certaine concentration de lactate, la valeur du rapport est trop instable pour être utile. Dans une étude rétrospective menée dans un hôpital pédiatrique, au seuil habituellement recommandé d’environ 25, le rapport distinguait imparfaitement un déficit en pyruvate déshydrogénase des autres atteintes mitochondriales, avec une sensibilité de 77 % et une spécificité de 91 % (Debray et al., 2007)1.
La même étude montrait que la performance s’améliorait quand le lactate était plus élevé. Pour un lactate compris entre 2,5 et 5,0 mmol/L, le seuil optimal était de 18,4 ; au-delà de 5,0 mmol/L, il montait à 25,8. En dessous de 2,5 mmol/L, le rapport n’apportait pas d’information statistiquement exploitable pour trancher entre les deux types d’atteinte. Ces chiffres viennent d’une cohorte d’enfants suivis pour maladie mitochondriale : ils ne s’appliquent pas tels quels à un adulte en bonne santé.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’une analyse courante, au consensus partiel (niveau b). Elle est utilisée en pratique pour orienter la recherche d’une cause à une hyperlactatémie, notamment chez l’enfant. Son exactitude diagnostique est moyenne, et elle dépend fortement de la qualité du prélèvement.
Il n’existe pas de recommandation permettant de l’utiliser pour évaluer la santé mitochondriale d’une personne sans symptôme. Un rapport légèrement modifié chez un adulte en forme n’est pas une information interprétable. Les repères « optimaux » parfois évoqués en médecine fonctionnelle ne font pas consensus et n’ont pas de valeur de diagnostic.
Les analyses à associer
Le lactate sanguin est indispensable : sans lui, le rapport ne se lit pas. Le pyruvate lui-même permet de contrôler le dosage. Les acylcarnitines explorent la voie des acides gras, souvent regardée en parallèle dans un bilan mitochondrial. D’autres dosages, comme le coenzyme Q10, peuvent être demandés par un spécialiste selon le contexte.
À retenir
- Le rapport reflète l’équilibre NADH/NAD+ de la cellule, pas la « forme » mitochondriale globale.
- Le prélèvement est exigeant : repos, pas de garrot prolongé, traitement immédiat du tube.
- Le rapport n’a de valeur que si le lactate est élevé.
- Son exactitude pour distinguer les causes d’un excès de lactate est moyenne, même chez l’enfant.
- Une valeur anormale est une piste à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking1 source vérifiée1 étude