Ce que mesure l’analyse
La cystathionine est un acide aminé soufré. Elle n’entre pas dans les protéines : c’est un intermédiaire de la voie de transsulfuration, qui transforme l’homocystéine en cystéine.
Cette transformation se fait en deux étapes. D’abord, l’enzyme cystathionine bêta-synthase (CBS) associe l’homocystéine à la sérine pour former la cystathionine. Ensuite, la cystathionine gamma-lyase (CTH) la coupe et libère la cystéine, précurseur du glutathion et de la taurine.
Les deux enzymes ont besoin du même cofacteur, le phosphate de pyridoxal (PLP), forme active de la vitamine B6. Quand l’activité de la CTH baisse, la cystathionine s’accumule. C’est pourquoi on la considère comme un marqueur fonctionnel de cette voie. Elle se dose dans le plasma ou dans les urines.
Comment se passe le prélèvement
Le plus souvent, il s’agit d’une prise de sang, plus rarement d’un recueil d’urine. La plupart des études prélèvent à jeun. Une étude menée chez des patients coronariens a observé davantage de prélèvements post-prandiaux dans le groupe à cystathionine élevée (DeRatt et al., 2017)1. Cela ne prouve pas que le repas soit la cause, mais le jeûne reste la précaution la plus simple pour comparer deux contrôles.
Signalez vos compléments en vitamines B6, B12 et folates à la personne qui prescrit l’analyse. Le laboratoire a ses propres consignes de transport et de conservation du plasma : respectez-les, car les acides aminés se dosent sur un échantillon traité rapidement.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de valeurs de référence consensuelles de la cystathionine reprises par les autorités de santé. Chaque laboratoire a ses normes, qui dépendent de sa méthode et de son unité (µmol/L ou nmol/L). Le dosage se fait aujourd’hui surtout par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse. Une équipe a montré que cette méthode donne chez des adultes sains des valeurs cohérentes avec les intervalles publiés (Behringer et al., 2019)2.
Comparez donc votre résultat uniquement aux normes imprimées sur votre compte rendu. Une valeur isolée dit peu de chose. Elle se lit avec l’homocystéine, la vitamine B6, la vitamine B12, les folates et la créatinine.
Trois situations donnent des valeurs hautes sans qu’il y ait forcément un problème : une grossesse, un prélèvement non à jeun et une fonction rénale un peu diminuée. Le dernier point ressort de l’analyse métabolomique de patients coronariens citée plus haut, où une cystathionine élevée allait avec une moindre fonction rénale.
Ce que dit la science
Un marqueur du statut en vitamine B6
Dans une grande étude de population, de nombreux adultes en bonne santé ont été prélevés sans être à jeun. Parmi toutes les formes de vitamine B6, le PLP avait la relation inverse la plus nette avec la cystathionine, et cette relation se poursuivait sur toute l’étendue des concentrations de B6, sans seuil (Midttun et al., 2007)3. C’est un argument en faveur de la cystathionine comme indicateur fonctionnel.
La grossesse en donne une illustration. Chez des femmes enceintes en bonne santé, la médiane de la cystathionine passait de 63,2 nmol/L au premier trimestre à 122 puis 143 nmol/L aux deux suivants. Le PLP baissait dans le même temps de 36,2 à 21,0 puis 16,8 nmol/L (Mujica-Coopman et al., 2019)4. Les auteurs y voient un possible déficit intracellulaire en B6. Ces valeurs ne sont pas des normes et ne se comparent pas directement à celles d’autres études, dont les populations, les méthodes et les unités diffèrent.
Une association avec le risque cardiovasculaire, sans causalité démontrée
Chez des patients avec angine de poitrine stable, un écart-type de cystathionine en plus correspondait à un rapport de risque de décès toutes causes de 1,23 (intervalle de confiance à 95 % : 1,14-1,32), un peu atténué après ajustement sur les facteurs de risque (Dhar et al., 2019)5. Ces patients étaient déjà suivis pour une maladie coronaire, et il s’agit d’une étude d’observation. Elle ne permet ni de conclure à un rôle causal, ni d’extrapoler à une personne sans maladie cardiaque.
Dans les études consultées, aucun essai ne montre qu’abaisser la cystathionine réduit le risque. On ne peut donc pas en faire un objectif en soi.
Plasma et cellules
Une étude comparant plasma et cellules sanguines a trouvé que les concentrations plasmatiques reflétaient mal celles des cellules pour la plupart des métabolites du cycle de la méthionine. La cystathionine faisait partie des exceptions, avec une corrélation modérée (R = 0,45) (Smith et al., 2013)6. Le plasma donne donc une image utile, mais imparfaite.
Les maladies héréditaires
Le déficit en CBS (homocystinurie classique) est très variable. Les formes légères se révèlent à l’âge adulte par une thrombose et répondent à la pyridoxine, alors que les formes sévères apparaissent dans l’enfance (Morris et al., 2025)7. Le déficit en CTH, lui, provoque une cystathioninurie. Son statut est discuté : on se demande s’il s’agit d’une maladie ou d’un simple constat biochimique. Chez des patients espagnols ayant des symptômes neurologiques, la pyridoxine a normalisé les paramètres biologiques sans amélioration clinique nette (Espinós et al., 2010)8.
En pratique, le niveau de preuve est celui d’un marqueur émergent : cohérent sur le plan biologique, utile dans des contextes précis, mais non validé comme test de dépistage ou de suivi chez une personne en bonne santé.
Les analyses à associer
- Homocystéine : le précurseur direct, indispensable pour situer le blocage.
- Vitamine B6 : le cofacteur des deux enzymes de la voie.
- Acide méthylmalonique : il aide à repérer une carence en vitamine B12.
- Folates sériques : ils complètent le tableau des vitamines du métabolisme de l’homocystéine.
Le profil des acides aminés plasmatiques donne en même temps la méthionine et la cystéine, qui encadrent la cystathionine.
À retenir
- La cystathionine est un intermédiaire de la voie qui transforme l’homocystéine en cystéine, voie qui dépend de la vitamine B6.
- Il n’existe pas de normes communes : seules celles de votre laboratoire valent pour votre résultat.
- Une valeur haute est une piste (B6, B12, folates, fonction rénale, grossesse, repas récent) à discuter avec un médecin, pas un diagnostic.
- L’association avec le risque cardiovasculaire est observée chez des patients coronariens, sans preuve qu’agir sur la cystathionine change le pronostic.
Sources éditoriales et fact-checking8 sources vérifiées8 études