Ce que mesure l’analyse
L’acide homogentisique est un intermédiaire du catabolisme de la tyrosine, un acide aminé issu des protéines et de la phénylalanine. Il est produit dans le foie, puis dégradé par une enzyme, l’homogentisate 1,2-dioxygénase. Chez la plupart des gens, il n’en reste donc presque rien dans les urines.
Quand cette enzyme est déficiente, c’est l’alcaptonurie, une maladie héréditaire récessive très rare. L’acide homogentisique s’accumule alors dans le sang et les tissus, tandis que le rein en élimine des grammes dans les urines. La maladie touche environ une naissance sur 100 000 à 250 000 dans la plupart des populations, davantage en Slovaquie et en République dominicaine (Aquaron, 2013)1.
Dans l’urine, l’acide homogentisique s’oxyde à l’air et la fait noircir. Ce signe, parfois remarqué dès les couches du nourrisson, est l’un des premiers de la maladie. Le dosage mesure précisément la quantité présente ; il ne se limite pas à la couleur.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’un recueil d’urines : échantillon ponctuel ou, selon le laboratoire, recueil sur 24 heures. Aucune préparation n’est commune à tous les laboratoires : suivez la consigne écrite sur votre fiche de prélèvement.
Deux points comptent. Sur 24 heures, il faut recueillir toutes les urines sans en oublier, car un recueil incomplet sous-estime le total. Et l’échantillon doit être conservé comme le laboratoire l’indique (flacon fourni, délai d’acheminement, parfois congélation), car l’acide homogentisique s’oxyde.
Indiquez aussi si vous prenez ou avez pris de la nitisinone, un médicament de prescription spécialisée qui bloque une enzyme en amont dans la voie de la tyrosine.
Comment lire le résultat
La valeur s’exprime en mmol/mol de créatinine sur un échantillon ponctuel, ou en quantité par 24 heures pour un recueil complet. Chaque laboratoire a ses normes : les repères des acides organiques urinaires dépendent de la méthode et de la population de référence propres au laboratoire, et nous n’en publions aucun, faute d’article PubMed qui les donne. Comparez votre résultat à l’intervalle de votre compte rendu.
La logique de lecture est simple. Chez une personne sans anomalie, l’acide homogentisique est en principe très faible dans les urines. Une valeur nettement élevée, obtenue avec une méthode spécifique, évoque une alcaptonurie. Elle ne suffit pas à poser le diagnostic : elle appelle un avis en génétique ou en maladies métaboliques, qui confirme notamment par l’étude du gène HGD.
Si le résultat est inattendu
Une valeur légèrement au-dessus du repère, isolée et sans signe clinique, impose d’abord de vérifier la méthode et la conservation, puis de refaire le dosage. Une valeur très élevée se discute rapidement avec un médecin, sans attendre un prochain bilan.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est « courant » : le dosage urinaire de l’acide homogentisique est le marqueur biochimique central de l’alcaptonurie. Son usage en dehors de cette maladie n’a pas d’intérêt démontré.
La maladie évolue lentement et touche d’abord les articulations. Dans une cohorte de 58 patients, la pose d’une prothèse articulaire est survenue en moyenne à 55 ans ; l’atteinte radiographique progressait à partir de 30 ans, plus vite chez les hommes que chez les femmes. Cette étude a aussi relevé des calculs rénaux et une atteinte des valves cardiaques (Phornphutkul et al., 2002)2.
Sur le traitement, une méta-analyse de quatre publications issues de trois études randomisées, portant sur 218 patients, conclut que la nitisinone réduit l’acide homogentisique urinaire sans modifier l’amplitude de mouvement de la hanche, et qu’elle fait fortement monter la tyrosine (Mayrink et al., 2025)3. Cette hausse de la tyrosine reste un point d’incertitude (Davison et Norman, 2023)4. Le choix d’un traitement relève du centre spécialisé.
Ce que la science ne démontre pas : l’intérêt de doser l’acide homogentisique chez une personne sans signe évocateur, ou un bénéfice du dosage comme marqueur de forme, de longévité ou de « santé métabolique ». Ce n’est pas un marqueur de bien-être.
Les analyses à associer
- Profil des acides organiques urinaires : il situe l’acide homogentisique parmi les autres métabolites du recueil.
- Tyrosine : elle est en amont dans la même voie.
- Phénylalanine : elle alimente la voie de la tyrosine.
- Acide 4-hydroxyphényllactique : autre métabolite de la voie de la tyrosine.
À retenir
- L’acide homogentisique est normalement très peu présent dans les urines.
- Une valeur très élevée évoque une alcaptonurie, maladie rare dont le diagnostic se confirme en consultation spécialisée.
- La conservation de l’échantillon et l’exhaustivité du recueil conditionnent la fiabilité du résultat.
- Chaque laboratoire a ses normes : lisez l’intervalle de votre compte rendu.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées3 études