Ce que mesure l’analyse
L’acide 2-hydroxyisocaproïque (HICA) est un acide organique éliminé dans l’urine. Il dérive de la leucine, l’un des trois acides aminés branchés avec la valine et l’isoleucine.
La leucine perd d’abord son groupe amine pour former un cétoacide, l’acide 2-oxoisocaproïque. Celui-ci est normalement décarboxylé dans la mitochondrie par le complexe de la déshydrogénase des cétoacides à chaîne ramifiée. Quand ce cétoacide s’accumule, une partie est réduite en acide 2-hydroxyisocaproïque, plus stable, qui passe dans l’urine. Ce dérivé est donc un reflet indirect de l’activité du circuit de la leucine.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement est un recueil d’urine, le plus souvent la première du matin, dans un flacon fourni par le laboratoire. L’analyse fait partie d’un profil d’acides organiques urinaires, mesuré par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse.
Les consignes varient. Certains laboratoires demandent d’éviter l’effort intense, l’alcool et les compléments d’acides aminés les jours précédents. Signalez tout complément contenant de la leucine ou ses dérivés, ainsi que toute maladie en cours.
L’échantillon doit être conservé au froid ou congelé selon la notice : les bactéries et la chaleur transforment les acides organiques et peuvent fausser le résultat.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime généralement en mmol/mol de créatinine, ce qui corrige en partie la dilution de l’urine. Cette correction est approximative, surtout chez les personnes très musclées ou très hydratées.
Il n’existe pas de valeurs de référence publiées communes pour ce marqueur. Chaque laboratoire établit ses propres normes selon sa technique et sa population : comparez uniquement avec les bornes de votre compte rendu.
Ce qui compte vraiment : la valeur des autres acides organiques ramifiés, le profil des acides aminés plasmatiques, la prise éventuelle de compléments et le contexte clinique. Une valeur isolée légèrement élevée ne dit presque rien.
Ce que dit la science
Dans la maladie du sirop d’érable, le défaut du complexe qui dégrade les cétoacides ramifiés provoque l’accumulation des acides aminés branchés, de leurs cétoacides et de leurs dérivés hydroxylés, dont l’acide 2-hydroxyisocaproïque (Blackburn et al., 2017)1. Le marqueur le plus spécifique reste l’alloisoleucine sanguine.
Cet acide est aussi retrouvé dans les maladies des peroxysomes. Une étude chromatographique a analysé l’urine de patients atteints du syndrome de Zellweger et a séparé les deux formes miroir (énantiomères) de plusieurs métabolites, dont celui-ci, utiles au diagnostic de ces maladies (Muth et al., 2003)2. Il s’agit d’une étude de méthode sur peu de patients : elle ne fournit aucun seuil.
Chez le rat, l’injection dans l’hippocampe des acides hydroxylés qui s’accumulent dans la maladie du sirop d’érable altère la performance dans des tâches comportementales. Les auteurs y voient une contribution possible à la neuropathologie (Vasques et al., 2005)3. Ces résultats viennent d’animaux, avec des doses fortes : on ne peut pas les appliquer à une élévation légère chez l’humain.
Hors maladie rare, aucun seuil validé n’existe, et l’intérêt individuel de ce marqueur reste à démontrer.
Les analyses à associer
L’acide 2-oxoisocaproïque est le cétoacide dont il dérive. Les acides aminés branchés plasmatiques sont l’examen de référence, et le profil des acides organiques urinaires replace le résultat dans son contexte. L’acide 2-hydroxyisovalérique, dérivé hydroxylé de la valine, complète la lecture.
À retenir
- L’acide 2-hydroxyisocaproïque est un dérivé urinaire de la leucine.
- Il s’élève dans la maladie du sirop d’érable et figure dans certains profils de maladies des peroxysomes.
- Les compléments de leucine et de ses dérivés peuvent faire varier le résultat : signalez-les.
- Chaque laboratoire a ses normes ; il n’existe pas de repère commun publié.
- Une valeur isolée ne diagnostique rien ; discutez-en avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études