Ce que mesure l’analyse
L’acide citrique, ou citrate, est un intermédiaire du cycle de Krebs, la voie mitochondriale qui produit l’énergie de la cellule. Il est formé par la condensation de l’acétyl-CoA et de l’oxaloacétate, puis transformé en isocitrate par l’aconitase. Une partie du citrate filtré par le rein est réabsorbée, ce qui fait de son élimination urinaire un reflet de l’équilibre acide-base : l’acidose pousse le rein à le retenir, l’alcalose à l’éliminer.
Dans les urines, le citrate a surtout un rôle protecteur : il se lie au calcium, ce qui freine la formation spontanée de cristaux et leur croissance (Zuckerman et Assimos, 2009)1. C’est pourquoi un citrate bas est un facteur de risque de calculs de calcium.
Ici, il est dosé dans un profil d’acides organiques urinaires, par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse. Dans un bilan de lithiase, on le mesure plutôt sur les urines des 24 heures (citraturie) : les deux dosages ne se comparent pas directement.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’un recueil d’urine, le plus souvent la première du matin ou une urine isolée, selon les consignes du laboratoire. Respectez-les : elles dépendent de la méthode. Signalez les compléments (citrate de potassium, bicarbonate, vitamine C), les médicaments, notamment les diurétiques, et vos habitudes de jus d’agrumes.
Le recueil doit être propre. Une contamination bactérienne ou une conservation trop longue à température ambiante peut modifier certains acides organiques, dont le citrate. L’échantillon est conservé au froid ou congelé, comme l’indique le laboratoire.
Comment lire le résultat
Le résultat est généralement exprimé en mmol par mol de créatinine. La créatinine, déchet musculaire éliminé à un rythme assez régulier, sert à corriger la dilution ou la concentration des urines.
Les repères d’un profil d’acides organiques urinaires sont propres au laboratoire qui le réalise. Nous n’avons pas trouvé, dans PubMed, d’article qui publie un repère fiable applicable à ce dosage sur échantillon isolé : la fiche n’affiche donc pas de cadran. Fiez-vous aux valeurs de votre compte rendu.
Les seuils sont aussi discutés quand on mesure le citrate sur 24 heures. Dans une étude pakistanaise, la quantité de citrate éliminée ne différait pas significativement entre 40 patients lithiasiques et 40 volontaires sains ; surtout, la part de personnes jugées « hypocitriques » changeait beaucoup selon le seuil choisi : chez les témoins, 45 % avec le seuil de 200 et 72 % avec celui de 320, dans les unités de l’étude (Mithani et Zaidi, 2005)2. Le message : un seuil unique n’est pas universel.
Ce que dit la science
L’hypocitraturie est une anomalie fréquente chez les patients qui font des calculs : elle est retrouvée chez 20 à 60 % d’entre eux. Ses causes incluent l’acidose tubulaire rénale distale, l’hypokaliémie, les troubles intestinaux et une alimentation riche en protéines et pauvre en alcalins ; la prise en charge repose sur l’alimentation, des alcalins par voie orale et parfois des jus d’agrumes (Zuckerman et Assimos, 2009).
Sur plus de 2 500 personnes de cohortes américaines, un apport plus élevé en protéines animales non laitières, un indice de masse corporelle plus élevé, un antécédent de calcul, d’hypertension, de goutte ou la prise de thiazidiques étaient associés à un citrate plus bas ; un apport plus élevé en potassium, un sodium urinaire plus élevé et le diabète l’étaient à un citrate plus haut (Mandel et al., 2013)3. Étude transversale : elle montre des associations, pas des causes.
Le citrate bas peut aussi révéler une atteinte rénale tubulaire : dans un petit groupe de 27 patientes atteintes du syndrome de Sjögren, 20 avaient une hypocitraturie (Eriksson et al., 1995)4.
Niveau de preuve : courante. Le citrate est un marqueur établi du risque lithiasique, surtout sur les urines des 24 heures. En revanche, sa valeur comme marqueur du « fonctionnement mitochondrial » dans un profil d’acides organiques est beaucoup moins solide : le taux dépend d’abord de l’acidité et de l’alimentation.
Les analyses à associer
- La calciurie : le risque de calcul dépend du rapport calcium/citrate.
- L’oxalurie, autre constituant fréquent des calculs.
- Le pH urinaire, qui reflète l’équilibre acide-base.
À retenir
- Le citrate protège contre les calculs de calcium en se liant au calcium dans les urines.
- Un taux bas est un facteur de risque, pas un diagnostic.
- L’alimentation, les médicaments et l’équilibre acide-base le font varier.
- Les repères d’un profil d’acides organiques sont propres à chaque laboratoire.
- Un citrate bas se discute avec un médecin, surtout en cas d’antécédents de calcul.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études