Ce que mesure l’analyse
L’acide 3-hydroxy-3-méthylglutarique, ou HMG, est un acide organique : une petite molécule issue du métabolisme, que l’organisme élimine dans les urines. Il dérive de l’HMG-CoA, un intermédiaire situé à un carrefour de deux voies.
La première dégrade la leucine, un acide aminé, puis fabrique des corps cétoniques, ces molécules produites par le foie quand le glucose manque, par exemple pendant le jeûne. L’enzyme qui coupe l’HMG-CoA dans cette voie se nomme HMG-CoA lyase. La seconde est la voie du mévalonate, qui mène au cholestérol et à la coenzyme Q10. Son enzyme de contrôle, l’HMG-CoA réductase, est la cible des statines.
Quand l’HMG-CoA lyase fonctionne mal, l’HMG s’accumule et passe dans les urines. Le tableau typique du déficit en HMG-CoA lyase associe alors l’HMG à trois autres acides : 3-méthylglutaconique, 3-méthylglutarique et 3-hydroxyisovalérique (Santarelli et al., 2013)1.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’un recueil d’urines dans un flacon fourni par le laboratoire. Les consignes varient d’un laboratoire à l’autre : moment du recueil (souvent la première urine du matin), jeûne éventuel, conservation au froid ou congélation, délai d’envoi. Suivez celles de la notice.
Signalez vos traitements, vos compléments, un jeûne ou un effort récent. Ces éléments comptent ici, car la voie de la leucine et des corps cétoniques réagit à l’état de jeûne et à l’alimentation.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en général en mmol par mol de créatinine. Rapporter la valeur à la créatinine corrige l’effet d’une urine plus ou moins diluée.
Pour ce test spécialisé, les repères sont propres à chaque laboratoire, selon sa méthode de mesure et la population qui a servi à les établir. Nous ne publions donc aucune valeur chiffrée : aucun article PubMed vérifié ne fournit de repère applicable à tous les laboratoires. Comparez votre résultat à la fourchette imprimée sur votre compte rendu, et suivez vos valeurs dans le même laboratoire.
Ce qui compte vraiment, c’est le motif : un HMG isolé et peu éloigné de la fourchette n’a pas la même portée qu’un HMG élevé accompagné des trois autres acides cités plus haut. Chez le nouveau-né, le chemin habituel commence par un dépistage sanguin qui repère une acylcarnitine appelée C5-OH. Un profil d’acides organiques urinaires vient ensuite confirmer ou non le diagnostic (Menkovic et al., 2025)2.
Ce que dit la science
Ce qui est démontré. Le déficit en HMG-CoA lyase est une maladie héréditaire rare, qui provoque en général des hypoglycémies sans corps cétoniques et une acidose lors des périodes de jeûne ou de stress. Il se révèle surtout chez le nourrisson, mais des crises hypoglycémiques et des symptômes neurologiques ont été décrits aussi chez l’adolescent et l’adulte (Fukao et al., 2014)3. Les formes tardives restent exceptionnelles : seuls deux cas adultes avaient été rapportés avant la découverte fortuite chez un patient de 54 ans (Boutouchent et al., 2021)4.
Ce qui est étudié. Des travaux sur des modèles animaux et des tissus humains suggèrent que les acides qui s’accumulent dans ce déficit favorisent un stress oxydant, une agression chimique des cellules, au niveau du cerveau et du foie (Leipnitz et al., 2015)5. C’est une piste de recherche sur le mécanisme de la maladie, pas un outil de lecture de votre résultat.
Ce qui n’est pas démontré. Certains laboratoires présentent l’HMG urinaire comme un témoin de l’effet des statines ou du besoin en coenzyme Q10. Le raisonnement est biologiquement plausible : les statines bloquent la voie qui mène à la coenzyme Q10. Une méta-analyse de douze essais randomisés a bien montré que les statines font baisser la coenzyme Q10 circulante (Qu et al., 2018)6. Mais une supplémentation en coenzyme Q10 n’a pas soulagé les douleurs musculaires sous statine dans une méta-analyse de sept essais contre placebo (Kennedy et al., 2020)7.
Nous n’avons pas retrouvé d’étude PubMed vérifiée montrant que l’HMG urinaire reflète l’effet d’une statine ou guide une supplémentation. Hors dépistage des maladies héréditaires, son intérêt reste émergent : niveau de preuve « c ».
Les analyses à associer
- Acides 3-méthylglutaconique, 3-méthylglutarique et 3-hydroxyisovalérique : ils forment avec l’HMG le motif qui oriente vers un déficit en HMG-CoA lyase.
- Acylcarnitines : leur profil sanguin est l’examen de dépistage et de confirmation habituel.
- Profil des acides organiques urinaires : il place l’HMG dans un tableau d’ensemble plutôt que de le lire seul.
- Coenzyme Q10 : à envisager seulement si votre médecin se pose la question d’un traitement par statine, avec les limites décrites plus haut.
À retenir
- L’HMG est un intermédiaire du métabolisme de la leucine et des corps cétoniques, mesuré dans les urines.
- Son usage établi concerne le diagnostic du déficit en HMG-CoA lyase, une maladie rare, repérée par le motif de quatre acides et non par l’HMG seul.
- Chaque laboratoire a ses normes : comparez-vous à la fourchette de votre compte rendu, pas à une valeur trouvée ailleurs.
- Un lien entre HMG urinaire, statines et coenzyme Q10 reste une hypothèse non démontrée par les études vérifiées.
- Une valeur hors fourchette est une piste à discuter avec un médecin, pas un diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking7 sources vérifiées5 études