Ce que mesure l’analyse
Cette analyse dose l’acide malique, ou malate, dans les urines. Le malate est un intermédiaire du cycle de Krebs, l’enchaînement de réactions qui se déroule dans les mitochondries et qui oxyde les fragments issus des sucres, des graisses et de certains acides aminés pour produire de l’énergie. Il est formé à partir du fumarate, puis transformé en oxaloacétate par une enzyme, la malate déshydrogénase. Cette réaction libère du NADH, un « porteur d’électrons » utilisé ensuite par la chaîne respiratoire pour fabriquer l’ATP, la monnaie énergétique de la cellule.
Le malate sert aussi de navette : le système malate-aspartate fait passer des électrons du cytoplasme vers la mitochondrie. Une partie du malate urinaire a par ailleurs une origine alimentaire, car il est présent dans certains fruits, comme les pommes. Le dosage ne se résume donc pas à un reflet de vos mitochondries.
Il est mesuré dans un profil d’acides organiques urinaires, une technique de chromatographie couplée à la spectrométrie de masse qui dose en une seule fois de nombreuses petites molécules éliminées par le rein.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’un recueil d’urine, le plus souvent un échantillon unique (première urine du matin ou urine isolée), parfois selon un protocole précis fourni par le laboratoire. Suivez ses consignes à la lettre : elles dépendent de la méthode utilisée.
Le malate étant présent dans certains fruits et dans des compléments, le laboratoire peut vous demander d’éviter ces produits les jours précédents. Signalez aussi tout complément et tout médicament. Le recueil doit être propre, car une contamination bactérienne ou une conservation trop longue à température ambiante peut modifier certains acides organiques. L’échantillon est généralement conservé au froid ou congelé, selon les indications du laboratoire.
Comment lire le résultat
Le résultat est exprimé en général en mmol par mol de créatinine. La créatinine, déchet musculaire éliminé à un rythme assez régulier, sert de référence pour corriger la dilution ou la concentration des urines.
Point essentiel : les repères d’un profil d’acides organiques urinaires sont propres au laboratoire qui le réalise, selon sa méthode et la population qu’il a étudiée. Nous n’avons pas trouvé d’article indexé dans PubMed qui publie un repère fiable pour le malate urinaire ; c’est pourquoi cette fiche n’affiche pas de cadran. Reportez-vous aux valeurs imprimées sur votre compte rendu.
Ce qui compte vraiment, c’est le profil entier. Un malate un peu haut ou un peu bas, seul, a peu de valeur. En revanche, plusieurs intermédiaires du cycle de Krebs qui s’écartent ensemble, avec un lactate perturbé, peuvent orienter un médecin vers des examens complémentaires.
Ce que dit la science
Le cycle de Krebs est central dans la production d’énergie, et on sait que ses perturbations s’accompagnent parfois d’anomalies urinaires. Dans la suspicion de maladie mitochondriale, un lactate sanguin élevé, une carnitine libre basse et des acides organiques urinaires anormaux font partie des indices utilisés pour orienter le diagnostic, mais l’évaluation biochimique de référence se fait sur le muscle (Scholte et al., 1987)1.
Dans certaines maladies héréditaires rares de l’oxydation des graisses, l’hypothèse est qu’un manque d’intermédiaires du cycle de Krebs contribue au déficit d’énergie ; c’est le principe d’un traitement dit anaplérotique, c’est-à-dire qui « recharge » le cycle (Roe et Brunengraber, 2015)2. Ces données concernent des patients atteints de maladies rares, pas des personnes en bonne santé.
Niveau de preuve : émergente. Le malate urinaire est un marqueur d’orientation dans un profil complet. Chez une personne sans maladie connue, rien de ce que nous avons vérifié ne permet de lui attribuer un seuil utile ni d’en déduire une « performance mitochondriale ». Les affirmations qui font d’un malate bas une indication à prendre du malate en complément ne sont pas étayées ici.
Les analyses à associer
- Les autres acides du cycle de Krebs (fumarate, succinate, citrate, 2-oxoglutarate), pour voir si l’écart est isolé ou d’ensemble.
- Le lactate urinaire, pour distinguer un défaut de la voie mitochondriale d’un recours accru à la glycolyse.
- La carnitine libre et totale, souvent explorée avec les acides organiques.
À retenir
- Le malate est un intermédiaire du cycle de Krebs, mais il vient aussi de l’alimentation.
- Ses repères sont propres à chaque laboratoire : ne comparez pas deux comptes rendus entre eux.
- Un résultat isolé ne permet aucune conclusion ; c’est le profil entier qui compte.
- Un écart se discute avec un médecin, qui décidera d’éventuels examens complémentaires.
Sources éditoriales et fact-checking2 sources vérifiées2 études