Chaque mois de novembre, des milliers d’hommes se lancent un défi : ne pas se masturber, ne pas éjaculer et parfois même s’abstenir de tout rapport sexuel pendant 30 jours. Sur Internet, les promesses sont nombreuses : hausse de la testostérone, meilleure concentration, regain d’énergie, confiance en soi et performances sexuelles améliorées.
Le No Nut November est devenu un véritable phénomène sur les réseaux sociaux. Certains y voient une façon de reprendre le contrôle de leur sexualité, d’autres un moyen d’améliorer leur santé physique et mentale.
Mais derrière les témoignages enthousiastes, une question mérite d’être posée : que se passe-t-il réellement dans l’organisme lorsqu’un homme cesse d’éjaculer pendant un mois ? Une étude publiée dans The Journal of Sexual Medicine en 2025 s’est précisément intéressée à cette pratique. Et ses résultats sont loin de confirmer les promesses qui circulent sur Internet.
No Nut November : pourquoi les hommes arrêtent-ils de se masturber ?
Le No Nut November, littéralement « novembre sans éjaculation », est un défi né sur Internet. Le principe consiste à s’abstenir de masturbation et d’éjaculation pendant tout le mois de novembre. Selon les règles adoptées, certains participants vont jusqu’à éviter les rapports sexuels.
Cette tendance est parfois associée au mouvement NoFap, qui encourage à réduire ou à supprimer la masturbation, souvent dans le but de limiter la consommation de pornographie.
Les motivations sont variées. Certains participants cherchent à lutter contre une consommation excessive de contenus pornographiques. D’autres espèrent retrouver de l’énergie, améliorer leur discipline personnelle ou augmenter leur désir sexuel.
Sur les forums et les réseaux sociaux, les bénéfices annoncés vont encore plus loin :
- Une augmentation de la testostérone ;
- Une meilleure concentration et davantage de motivation ;
- Une amélioration des performances physiques ;
- Une libido plus importante ;
- Des orgasmes plus intenses après la période d’abstinence.
Le problème, c’est que ces affirmations reposent principalement sur des témoignages personnels. Une sensation de bien-être après plusieurs jours d’abstinence ne signifie pas nécessairement que l’organisme a subi une transformation physiologique.
Pour en avoir le cœur net, des chercheurs ont décidé d’étudier directement les effets de ce défi.
Une étude scientifique a suivi les participants avant et après le défi
Publiée dans The Journal of Sexual Medicine1, une étude menée par Melody Garas, Samantha L. Levang et Caroline F. Pukall, de l’université Queen’s au Canada, constitue l’une des premières recherches consacrées spécifiquement au No Nut November.
Les chercheurs ont recruté des adultes pour évaluer leur bien-être sexuel avant et après le mois de novembre 2023.
Au total, 435 personnes ont participé à la première évaluation. Parmi elles, 114 ont répondu au questionnaire de suivi, réalisé entre décembre 2023 et janvier 2024.
Les scientifiques ont notamment évalué cinq dimensions :
- Le plaisir sexuel ;
- Le désir sexuel solitaire ;
- Le fonctionnement sexuel, notamment les difficultés sexuelles ;
- La flexibilité sexuelle, c’est-à-dire la capacité à s’adapter à différentes expériences ;
- L’excitation sexuelle.
L’objectif était de déterminer si les personnes participant au No Nut November présentaient des différences par rapport aux personnes qui ne suivaient pas le défi.
Les résultats sont particulièrement intéressants : malgré les bénéfices largement revendiqués sur Internet, les chercheurs n’ont observé aucune amélioration significative du bien-être sexuel chez les participants au cours de la période d’abstinence.
Testostérone, libido, concentration : les bénéfices annoncés ne sont pas démontrés
C’est probablement la partie la plus intéressante pour ceux qui pratiquent le No Nut November dans l’espoir d’améliorer leurs performances physiques ou intellectuelles.
L’étude n’a pas mis en évidence d’amélioration significative du plaisir sexuel, du désir sexuel solitaire ou du fonctionnement sexuel chez les participants qui se sont abstenus.
Autrement dit, passer un mois sans éjaculer ne semble pas apporter d’avantage mesurable sur les principaux indicateurs de bien-être sexuel étudiés.
Attention toutefois : les chercheurs n’ont pas mesuré directement les concentrations de testostérone, les performances sportives, la mémoire ou la concentration. Cette étude ne permet donc pas de conclure que l’abstinence n’a aucun effet sur ces paramètres. Elle montre simplement que les bénéfices sexuels souvent attribués à cette pratique ne sont pas confirmés par les données recueillies.
Un autre résultat mérite d’être relevé. Les personnes ayant déjà participé au No Nut November présentaient une flexibilité sexuelle légèrement supérieure à celles qui n’avaient jamais participé au défi. Cela pourrait traduire une plus grande ouverture à l’expérimentation sexuelle, mais ne démontre pas que l’abstinence en est la cause.
No Nut November : avez-vous bien compris l’étude ?
3 questionsQuestion 1 sur 3
Quel type de recherche les scientifiques ont-ils réalisé ?
Bonne réponse : B. Il s'agit d'une enquête en ligne avec deux temps de mesure, sans répartition aléatoire des participants.
Question 2 sur 3
Combien de participants ont répondu au suivi ?
Bonne réponse : C. 114 personnes ont répondu au second questionnaire, contre 435 lors de la première évaluation.
Question 3 sur 3
La testostérone a-t-elle été mesurée dans cette étude ?
Bonne réponse : B. Les chercheurs ont évalué plusieurs dimensions du bien-être sexuel, mais pas les concentrations hormonales.
Faut-il arrêter de se masturber pour être en meilleure santé ?
C’est là que le débat devient intéressant. La masturbation n’est pas une mauvaise habitude dont il faudrait systématiquement se débarrasser.
Elle constitue une pratique sexuelle normale. Plusieurs travaux scientifiques ont notamment associé une fréquence plus élevée d’éjaculations à un risque plus faible de cancer de la prostate. Une association ne signifie toutefois pas que l’éjaculation protège directement contre ce cancer.
Il faut également distinguer la masturbation de la consommation de pornographie. Les deux sont souvent associées, mais elles ne sont pas indissociables. Une personne peut se masturber sans regarder de contenus pornographiques.
C’est d’ailleurs une distinction importante pour comprendre le mouvement NoFap. Lorsqu’une personne estime que sa consommation de pornographie prend trop de place dans sa vie, réduire cette consommation peut être un objectif pertinent. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle doit nécessairement supprimer la masturbation.
Le No Nut November est-il donc inutile ?
Pas nécessairement. Un mois d’abstinence peut permettre à certaines personnes de prendre du recul sur leurs habitudes sexuelles, de mieux comprendre leurs comportements ou de constater la place occupée par la pornographie dans leur quotidien.
Mais il faut arrêter de présenter cette pratique comme une méthode scientifiquement validée pour augmenter la testostérone, améliorer les performances physiques ou transformer son cerveau.
L’étude de 2025 apporte un premier éclairage intéressant, mais elle comporte aussi des limites : il s’agit d’une enquête en ligne, et le nombre de participants ayant répondu au suivi est nettement inférieur à celui du départ. Les résultats ne permettent donc pas de tirer des conclusions définitives sur tous les effets possibles de l’abstinence.
En définitive, il n’existe actuellement pas de preuve solide qu’un mois sans masturbation ni éjaculation améliore la santé sexuelle. Le véritable intérêt du No Nut November pourrait finalement se trouver ailleurs : non pas dans le fait de retenir son éjaculation, mais dans la capacité à reprendre le contrôle d’une éventuelle consommation excessive de pornographie.
Sources éditoriales et fact-checking1 source vérifiée1 étude











