Choisir entre une séance de HIIT et une longue sortie tranquille à vélo n’a rien d’anodin. Derrière ce simple choix se cache quelque chose de bien plus profond que l’humeur du jour ou la météo. Des chercheurs britanniques viennent de mettre les pieds dans le plat: votre activité physique préférée révèle un trait précis de votre caractère. Et ce trait permet aussi de prédire, à l’avance, qui va tenir un programme d’entraînement et qui va abandonner après deux semaines.
Si vous faites partie de ceux qui détestent les séances longues et fatigantes, ou au contraire de ceux qui ne jurent que par les efforts à fond, il y a une raison scientifique à cela. Une raison qui pourrait bien changer la façon dont vous abordez votre prochain programme.

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Une étude sérieuse, pas un test de magazine
L’étude vient de l’University College London (UCL). Elle a été publiée dans la revue scientifique Frontiers in Psychology(1), signée par la Dr Flaminia Ronca et le professeur Paul Burgess.
Les chercheurs ont recruté 132 volontaires (56 femmes et 76 hommes), âgés en moyenne de 38 ans. La moitié a suivi un programme d’entraînement à domicile de 8 semaines, mêlant vélo et renforcement musculaire. L’autre moitié, le groupe contrôle, continuait sa vie normale.
Avant et après le programme, tous sont passés par le laboratoire pour des tests bien costauds:
- Test de VO2max sur vélo ergométrique (la mesure de référence pour la capacité cardio) ;
- Pompes en une minute ;
- Gainage planche jusqu’à l’échec ;
- Saut vertical sur plateforme de force ;
- Mesure de la composition corporelle.
Chaque participant a aussi rempli un questionnaire de personnalité dit “Big Five”, qui évalue cinq grands traits de caractère. Et ils notaient le plaisir ressenti après chaque séance, sur une échelle de 1 à 7.
Les cinq traits de caractère mesurés
Le modèle “Big Five” est utilisé depuis des décennies en psychologie. Il décompose la personnalité en cinq grandes dimensions:
- L’extraversion (le fait d’être tourné vers les autres, énergique, à l’aise en groupe) ;
- Le caractère consciencieux (organisé, discipliné, rigoureux) ;
- L’amabilité (chaleureux, coopératif, attentif aux autres) ;
- Le névrosisme (tendance à ressentir des émotions négatives comme l’anxiété ou le stress) ;
- L’ouverture (curieux, créatif, attiré par la nouveauté).
Chacun de nous possède un mélange unique de ces cinq traits. Et c’est ce mélange qui semble guider, sans qu’on s’en rende compte, le type d’effort que l’on aime ou que l’on déteste.
Ce que la science a trouvé
C’est là que ça devient intéressant. Les chercheurs s’attendaient à voir des liens entre personnalité et sport. Ils ont trouvé bien mieux. Trois traits sur cinq se sont avérés de très bons indicateurs des préférences sportives. Mais le plus surprenant, c’est ce qui se passe au niveau du stress après 8 semaines.
Les extravertis aiment se faire mal (et ils sont déjà en forme)
Les personnes qui obtiennent un score élevé en extraversion partent avec un avantage. L’étude montre que ce trait est associé à un meilleur VO2max au départ, à un seuil anaérobie plus élevé et à une plus grande puissance maximale sur vélo. En clair: ils sont déjà mieux équipés sur le plan cardio.
Et leurs préférences vont dans le même sens. Les extravertis ont apprécié davantage les séances les plus intenses: le test VO2max poussé jusqu’à l’épuisement, et les séances de HIIT à haute intensité (le HIIT, c’est cette méthode qui alterne efforts très intenses et courtes récupérations).
Petite contradiction amusante relevée par l’étude: malgré leur amour pour les efforts violents, les extravertis sont moins susceptibles de revenir au laboratoire pour les tests finaux. Ils aiment l’effort, pas forcément le protocole.
Les “consciencieux” sont des bons élèves silencieux
Les personnes au score élevé en caractère consciencieux ont une condition physique générale meilleure. Elles font plus de pompes, tiennent la planche plus longtemps, ont moins de masse grasse et déclarent plus d’heures d’activité physique par semaine.
Mais voici le détail qui change tout: elles n’ont pas pris plus de plaisir que les autres pendant les séances. Aucun type d’effort ne ressort comme particulièrement apprécié par ce groupe.
L’explication des chercheurs est limpide: ces personnes ne font pas du sport pour le fun, elles en font parce qu’elles savent que c’est bon pour la santé. La motivation est rationnelle, pas émotionnelle. Le résultat compte plus que le plaisir.
Les anxieux préfèrent souffler discrètement
Le trait du névrosisme (cette tendance à ressentir plus d’émotions négatives, à s’inquiéter, à ruminer) donne un profil très différent. Les personnes à score élevé sur ce trait:
- Apprécient moins les séances de faible intensité réalisées au laboratoire (donc sous l’œil des chercheurs) ;
- N’aiment pas les séances qui demandent un effort soutenu et long ;
- Présentent une moins bonne récupération cardiaque après un effort maximal.
Ce qui ressort, c’est qu’elles préfèrent les efforts courts et intenses (avec des pics et des pauses) plutôt que les efforts longs et continus. Et surtout: elles veulent qu’on les laisse tranquilles. Pas de regards, pas de surveillance, pas de jugement.
Les chercheurs avancent une hypothèse pour expliquer ce comportement: ces personnes seraient plus sensibles à la comparaison entre “ce qu’elles sont” et “ce qu’elles voudraient être”. Lors d’un long effort soutenu, l’esprit a tout le temps de ruminer, de douter, de se juger. Le HIIT, lui, ne laisse pas le temps de penser.
La vraie pépite de l’étude
Jusqu’ici, on parle préférences. C’est sympa, mais ça ne change pas la vie. Là où l’étude devient vraiment marquante, c’est sur un autre point. Un point qui pourrait intéresser des millions de personnes anxieuses.
Après 8 semaines d’entraînement, tous les participants ont vu leur condition physique s’améliorer, quel que soit leur profil de personnalité. Le VO2max, la puissance, le nombre de pompes, la durée du gainage: tout progresse dans le groupe intervention. Bonne nouvelle: la salle de sport fonctionne pour tout le monde.
Mais une donnée sort vraiment du lot. Les participants au score élevé en névrosisme, ceux qui partent avec le plus de stress et le plus d’anxiété, sont précisément ceux qui ont vu leur stress chuter le plus après le programme. Et de loin.
L’effet a été mesuré avec un questionnaire validé (le PSS-10, l’échelle de stress perçu). Le lien statistique est significatif (p = 0,003). Ce n’est pas une impression, c’est une donnée chiffrée.
Concrètement: les personnes anxieuses sont celles qui ont le plus à gagner sur le plan mental en commençant à faire du sport. Pas un peu plus. Beaucoup plus. Et ce bénéfice est apparu indépendamment des progrès physiques réalisés. Autrement dit: même si la performance n’explose pas, le mental, lui, se libère.
Ce que ça change pour vous
Le message à retenir n’est pas: “trouvez le sport qui correspond à votre personnalité ou abandonnez”. Le message est plus subtil et plus encourageant.
Si vous avez du mal à vous y mettre, si vous abandonnez systématiquement après quelques semaines, ce n’est peut-être pas un manque de volonté. C’est peut-être que vous essayez le mauvais format pour vous. La Dr Ronca le dit clairement dans le communiqué de l’UCL: ce n’est pas grave de ne pas apprécier une séance, l’important c’est d’essayer autre chose jusqu’à trouver ce qui plait.
Quelques pistes concrètes d’après les résultats:
- Si vous vous sentez plutôt extraverti, l’intensité, le groupe et les défis vont mieux fonctionner que les longues sorties solitaires ;
- Si vous êtes consciencieux, peu importe la séance, la régularité prime ; le plaisir n’est pas votre moteur principal ;
- Si vous êtes plutôt anxieux ou de nature inquiète, oubliez les salles bondées et les efforts longs sous le regard d’un coach ; visez du HIIT à la maison, en autonomie, et sachez que c’est précisément vous qui allez le plus en profiter sur le plan mental.
L’étude présente quelques limites importantes: l’échantillon n’est pas immense (132 personnes au départ, 86 à la fin), les participants étaient majoritairement déjà ouverts et stables émotionnellement, et le questionnaire de personnalité utilisé (BFI-10) est une version courte qui a ses faiblesses de fiabilité. Les chercheurs eux-mêmes appellent à de nouvelles études pour confirmer ces résultats à plus grande échelle.
Reste un point qui ne demande aucune confirmation supplémentaire: 22,5 % des adultes seulement dans le monde atteignent les recommandations d’activité physique de l’Organisation mondiale de la santé. La grande majorité des gens ne bougent pas assez, peu importe leur personnalité. Et trouver le format qui vous correspond reste la meilleure stratégie pour faire partie de la minorité qui s’y tient.
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