Ce que mesure l’analyse
Le tungstène (symbole W, nom latin wolfram) est un métal très dense et très résistant à la chaleur. On le retrouve dans les outils de coupe en carbure, les filaments, certains alliages, les électrodes de soudure et des pièces industrielles. La population générale y est exposée à bas bruit, par l’eau, l’alimentation et les poussières. Les travailleurs de la métallurgie, de l’usinage et du soudage le sont davantage.
L’analyse mesure la concentration de tungstène dans l’urine, par spectrométrie de masse à plasma inductif (ICP-MS). Une partie du tungstène absorbé est éliminée par les reins : l’urine est donc un reflet de l’exposition. Ce reflet est surtout récent. Le dosage urinaire ne donne pas la quantité de tungstène stockée dans les tissus.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement se fait sur un échantillon d’urine, dans un flacon prévu pour le dosage des métaux. Un flacon ordinaire, ou un contact avec un objet métallique, peut contaminer l’échantillon. Suivez les consignes de votre laboratoire : certains demandent la première urine du matin, d’autres un échantillon sur une période définie.
Quelques précautions sont utiles. Si vous êtes exposé au travail, précisez-le : le moment du prélèvement par rapport au poste (en fin de semaine, en fin de poste) change l’interprétation. Évitez de boire de façon inhabituelle avant le prélèvement et signalez un effort intense la veille. Conservez l’échantillon au frais et remettez-le au laboratoire dans le délai indiqué.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime le plus souvent en µg/L, parfois en µg/g de créatinine. Les valeurs de référence dépendent du laboratoire et de la méthode : chaque laboratoire a ses normes. Nous ne proposons donc pas de cadran ici. Seul le rapport de votre laboratoire fait foi.
Ce qui compte pour le lecteur est la comparaison. Un résultat isolé veut peu dire. Une valeur nettement plus haute que les précédentes, ou que celle de collègues exposés aux mêmes tâches, a plus de valeur. La dilution de l’urine pèse beaucoup sur le chiffre : une urine claire donne une valeur plus basse, une urine foncée une valeur plus haute, sans que l’exposition ait changé. La créatinine urinaire aide à corriger cet effet.
Une valeur haute n’est pas un diagnostic. Elle appelle des questions : quelle exposition récente, quel poste, quelle eau de boisson, quel prélèvement ? Ces pistes se discutent avec un médecin, de préférence un médecin du travail ou un toxicologue.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est limité. Le tungstène urinaire est un marqueur d’exposition mesuré dans de grandes enquêtes de biosurveillance. Ces enquêtes sont transversales : elles comparent des gens à un instant donné. Elles cherchent des associations, sans pouvoir établir qu’une valeur élevée cause une maladie.
Dans une analyse de l’enquête américaine NHANES 2005-2018, un tungstène urinaire plus élevé était associé à davantage de maladies cardiovasculaires déclarées (Wu et al., 2023)1. Les auteurs décrivent aussi un rôle possible de marqueurs inflammatoires, mais il s’agit d’hypothèses.
Une autre analyse de NHANES, publiée en 2026, relie un tungstène urinaire plus élevé à des troubles du sommeil déclarés chez les hommes (Ma et al., 2026)2. Le sommeil était auto-déclaré et les auteurs appellent eux-mêmes à des études avec des outils validés.
Il reste des limites importantes : un seul prélèvement d’urine par personne, des expositions multiples (plusieurs métaux à la fois) et la possibilité d’une causalité inverse, par exemple une maladie qui modifie l’élimination rénale. Aucun de ces travaux ne dit à partir de quelle valeur il faudrait agir chez une personne en bonne santé.
Un point à connaître : un dosage « après chélateur » ne rend pas le tungstène plus interprétable. Les valeurs de référence concernent les urines non provoquées, et la littérature toxicologique déconseille la provocation pour poser un diagnostic.
Les analyses à associer
Le tungstène se lit rarement seul. Le cobalt, présent dans les carbures, aide à repérer une exposition industrielle commune. Le molybdène et l’antimoine, mesurés dans le même profil de métaux, situent le résultat parmi d’autres éléments. La créatinine urinaire corrige la dilution. En cas de doute sur la fonction rénale, un médecin choisira lui-même les analyses sanguines utiles.
À retenir
- Le tungstène urinaire reflète surtout une exposition récente, pas un stock dans l’organisme.
- Les valeurs de référence varient selon le laboratoire : comparez-vous à la fourchette de votre rapport.
- Le niveau de preuve est émergent : les associations avec le cœur ou le sommeil viennent d’études transversales et ne prouvent pas de cause.
- Un test de provocation n’améliore pas l’interprétation.
- Un résultat haut est une piste à discuter avec un médecin, pas un diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking2 sources vérifiées2 études