Ce que mesure l’analyse
Le test de provocation, aussi appelé test d’urines provoquées ou de mobilisation, consiste à donner un chélateur avant le recueil des urines. Un chélateur est une molécule qui se lie aux métaux et facilite leur élimination par les reins. Les plus utilisés sont l’acide dimercaptosuccinique (DMSA), le dimercaptopropane sulfonate (DMPS) et l’acide éthylène-diamine-tétra-acétique (EDTA). On dose ensuite des métaux (plomb, mercure, arsenic, cadmium) dans l’urine recueillie.
L’idée est séduisante : le chélateur irait chercher les métaux « cachés » dans les tissus et révélerait une charge corporelle que le dosage de base manquerait. Cette idée est le point faible du test. Elle repose sur un raisonnement que les études n’ont pas confirmé.
Comment se passe le prélèvement
Le protocole varie d’un praticien à l’autre : produit choisi, dose, voie (orale ou injection), moment du recueil et durée de collecte ne sont pas standardisés. Le patient prend ou reçoit le chélateur, puis recueille ses urines pendant une période définie par le praticien.
Ce manque de standard est un problème en soi. Un même patient peut obtenir des résultats très différents selon le protocole. Les chélateurs peuvent aussi provoquer des effets indésirables. Ne prenez jamais un chélateur sans prescription ni suivi médical.
Comment lire le résultat
La plupart des laboratoires rendent le résultat en µg/g de créatinine ou en µg par recueil, accompagné de valeurs « de référence ». C’est ici que le test pose problème. Ces valeurs correspondent en général à des urines non provoquées, recueillies sans produit. Elles ne s’appliquent pas à une urine collectée après un chélateur. Un résultat provoqué paraît donc presque toujours « élevé ».
Une autre erreur fréquente concerne la créatinine. Elle sert à corriger la dilution d’une urine ordinaire, mais ne se corrige pas de la même manière quelques heures après un chélateur, qui change l’élimination des métaux et de la créatinine à des rythmes différents.
Chaque laboratoire a ses normes et aucun repère commun n’existe pour ce test. Nous n’affichons donc aucun cadran. Si vous avez un résultat provoqué, ne le comparez pas à une fourchette de la littérature et discutez-en avec un médecin ou un toxicologue.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est non validé. Une revue de recommandations publiée dans une revue de toxicologie médicale résume la situation. Il n’existe pas de test de provocation standard ni validé. Les organisations professionnelles et gouvernementales déconseillent ces tests. Les volontaires sains ont du mercure détectable dans l’urine sans exposition connue ni chélateur. L’élimination urinaire monte après un chélateur quelle que soit l’histoire d’exposition, de façon imprévisible. Le test ne révèle pas une charge ancienne. Les auteurs concluent que ces tests ne devraient pas être utilisés pour diagnostiquer une intoxication aux métaux (Ruha, 2013)1.
Une petite étude pilote, menée chez des enfants autistes et des enfants témoins, illustre le risque d’interprétation. Elle a utilisé le DMSA, avec comparaison aux normes d’urines non provoquées. Chez l’un des enfants, un mercure élevé après provocation est revenu dans la fourchette normale après plusieurs semaines sans poisson dans l’alimentation. Les auteurs n’ont retrouvé aucun excès de charge chélatable chez les participants, mais l’échantillon est très petit (Soden et al., 2007)2. Cette étude ne permet donc pas de conclure grand-chose à elle seule, mais elle montre l’influence de l’alimentation.
Ce qui n’est pas démontré compte autant. Aucune étude citée ici ne prouve qu’un résultat provoqué élevé prédit une maladie. Aucune ne prouve qu’une chélation décidée sur la base de ce test améliore la santé d’une personne sans intoxication reconnue.
Les analyses à associer
Si une exposition à un métal est réellement suspectée, la démarche usuelle part d’un dosage de base, sans provocation. Le plomb se mesure dans le sang, le mercure et le cadmium dans les urines de base ou le sang selon la situation, l’arsenic dans l’urine en tenant compte de l’alimentation récente. L’interprétation se fait avec les antécédents d’exposition, le poste de travail et les symptômes, avec un médecin.
À retenir
- Le test de provocation n’est ni standardisé ni validé pour juger de la charge du corps en métaux.
- Il n’existe aucune valeur de référence pour les urines provoquées chez des sujets sains.
- Le chélateur fait monter l’élimination même sans exposition, et peut provoquer des effets indésirables.
- Un dosage de base, sans provocation, interprété par un médecin, est préférable.
- Ne prenez jamais de chélateur sans prescription et suivi médical.
Sources éditoriales et fact-checking2 sources vérifiées2 études