Ce que mesure l’analyse
Le test explore la perméabilité de l’intestin grêle à l’aide de deux sucres que l’organisme ne métabolise pas. Le mannitol est un petit sucre, absorbé facilement par la muqueuse : il reflète la surface d’absorption. Le lactulose est un sucre plus gros, qui ne passe presque pas si la barrière intestinale est intacte. Ils sont ensuite éliminés dans les urines.
Plus la barrière est altérée, plus le lactulose passe et plus le rapport lactulose/mannitol (L/M) augmente. Utiliser le rapport plutôt que la seule quantité de lactulose permet de corriger en partie les différences de vidange de l’estomac, de transit et d’excrétion rénale. Chez des personnes atteintes de diabète de type 1 ou à risque, l’excrétion du lactulose était augmentée alors que celle du mannitol restait similaire à celle de 40 témoins en bonne santé, ce qui donnait un rapport plus élevé (Bosi et al., 2006)1.
Comment se passe le prélèvement
Vous buvez, à jeun, une solution contenant les deux sucres. Vous recueillez ensuite toutes vos urines pendant une durée fixée par le protocole du laboratoire. Dans une étude de référence, le recueil durait 6 heures après 10 g de lactulose et 5 g de mannitol (Jayalakshmi et al., 2009)2. Ce n’est pas un protocole universel.
Suivez à la lettre les consignes du laboratoire (jeûne, boissons autorisées, conservation des urines). Évitez l’aspirine et les anti-inflammatoires les jours précédents, sauf avis contraire de votre médecin : chez 15 femmes en bonne santé, l’aspirine a nettement augmenté le rapport (médiane de 0,014 contre 0,005 avec de l’eau) (Gnauck et al., 2014)3.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en rapport L/M, parfois accompagné du pourcentage de chaque sucre éliminé. Aucune valeur de référence commune n’existe : chaque laboratoire a ses normes, liées à ses doses de sucres, à sa durée de recueil et à sa méthode de dosage. C’est pourquoi la fiche n’affiche pas de cadran.
Deux exemples montrent l’écart possible. Chez 60 volontaires chinois en bonne santé, le rapport moyen était de 0,026 avec une petite dose de sucres et de 0,036 avec la dose habituelle (Liu et al., 1999)4. Dans l’étude indienne citée plus haut, la médiane était de 0,045 chez 28 sujets sains et de 0,1172 chez 18 patients atteints de malabsorption. Ce sont des valeurs propres à chaque protocole, à ne pas comparer avec votre propre résultat.
Ce que dit la science
Un rapport élevé est retrouvé dans plusieurs situations : malabsorption, diabète de type 1, y compris avant le diagnostic, et cirrhose. Pour la cirrhose, une revue note que quatre études utilisant ce test montraient une perméabilité accrue, mais que les méthodes variaient et devaient être standardisées (Ancel et al., 2006)5.
Les performances du test restent modestes. Dans l’étude de Jayalakshmi, un seuil de 0,049 avait une sensibilité de 72 % et une spécificité de 61 % pour distinguer la malabsorption des sujets sains. Un seuil de 0,078 avait une spécificité de 90 % mais une sensibilité de 67 %. Ces seuils ne valent que pour ce protocole.
Le test est surtout un outil de recherche et de bilan spécialisé. Un rapport élevé signale une barrière plus perméable, pas sa cause. Il ne constitue pas, en soi, un diagnostic. Niveau de preuve : c (émergente).
Les analyses à associer
La calprotectine fécale cherche une inflammation de la muqueuse intestinale. Les anticorps anti-transglutaminase IgA explorent la maladie cœliaque, cause établie d’atteinte du grêle. La zonuline et les anticorps anti-LPS explorent des hypothèses voisines, sans valeur diagnostique démontrée. Seul un médecin peut les relier à vos symptômes.
À retenir
- Le test compare l’excrétion urinaire de deux sucres pour estimer la perméabilité du grêle.
- Il n’existe pas de valeur seuil commune : fiez-vous à la norme du laboratoire.
- L’aspirine peut modifier le résultat : signalez vos médicaments.
- Un rapport élevé est non spécifique : il n’indique pas la cause.
- Niveau de preuve : émergente. Discutez le résultat avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études