Ce que mesure l’analyse
Les éosinophiles sont des globules blancs impliqués dans les réactions allergiques, la défense contre les parasites et certaines inflammations. Quand ils sont activés, ils libèrent le contenu de leurs granules, qui renferme des protéines toxiques. L’une d’elles est la protéine X des éosinophiles (EPX), aussi appelée neurotoxine dérivée des éosinophiles (EDN).
Dosée dans les selles, l’EPX reflète l’activité des éosinophiles dans la paroi du tube digestif. Ce n’est pas le nombre d’éosinophiles du sang : un taux sanguin normal n’exclut pas une activation locale.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement se fait sur une selle, recueillie à domicile dans un flacon fourni par le laboratoire. Évitez de contaminer l’échantillon par l’urine ou l’eau de la cuvette. Respectez le délai et les conditions de conservation indiqués, car la stabilité de la protéine dépend de la méthode.
Signalez à votre médecin et au laboratoire tout traitement en cours. Dans une cohorte de patients atteints de maladie inflammatoire de l’intestin (MICI), ceux qui recevaient des corticoïdes systémiques avaient des taux d’EDN plus bas dès le départ (Ling Lundström et al., 2023)1.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µg de protéine par gramme de selles, mais les trousses diffèrent. Il n’existe pas de valeur de référence commune validée, et chaque laboratoire a ses normes. La fiche n’affiche donc pas de cadran. Comparez deux résultats seulement s’ils viennent du même laboratoire.
Un taux élevé indique une activation des éosinophiles dans l’intestin, sans en donner la cause. Il doit toujours être lu avec les symptômes, la calprotectine fécale et, si besoin, l’endoscopie.
Ce que dit la science
L’essentiel des données concerne les MICI. Dans une étude suédoise portant sur 65 patients atteints de maladie de Crohn, 90 de rectocolite hémorragique, 67 contrôles symptomatiques et 41 contrôles sains, tous les marqueurs fécaux testés (dont l’EDN et l’ECP) étaient plus élevés dans les MICI. La calprotectine et la myéloperoxydase avaient la meilleure performance diagnostique, avec une aire sous la courbe de 0,85 (Ling Lundström et al., 2024)2. L’EPX n’est donc pas supérieure à la calprotectine pour le diagnostic.
Pour le suivi sous biothérapie, l’EDN diminuait chez les patients en rémission clinique à 3 mois. Mais sa variation ne distinguait pas les patients en rémission des autres, contrairement à la myéloperoxydase et à la lipocaline neutrophile humaine (Ling Lundström et al., 2023, étude citée plus haut).
Une étude de jumeaux apporte un éclairage utile. Les taux d’EDN étaient plus élevés chez les jumeaux atteints de maladie de Crohn que chez leurs jumeaux sains, mais ces derniers ne différaient pas de contrôles externes. L’activation des éosinophiles semble donc une conséquence de l’inflammation plutôt qu’un marqueur de prédisposition (Halfvarson et al., 2020)3.
Niveau de preuve : c (émergente). Les données portent surtout sur les MICI. Elles ne permettent pas de conclure sur l’allergie alimentaire, les troubles fonctionnels ou la gastro-entérite à éosinophiles.
Les analyses à associer
La calprotectine fécale est le marqueur d’inflammation intestinale le mieux établi, et la lactoferrine fécale la complète. Le dosage des éosinophiles sanguins et de l’ECP, une autre protéine des éosinophiles, replace le résultat dans son contexte. Seul un médecin peut décider d’une endoscopie.
À retenir
- L’EPX (ou EDN) est une protéine libérée par les éosinophiles activés de l’intestin.
- Elle est élevée dans les MICI, mais moins performante que la calprotectine pour le diagnostic.
- Les corticoïdes systémiques peuvent abaisser le résultat.
- Il n’existe pas de valeur de référence commune : fiez-vous à la norme du laboratoire.
- Un taux élevé est une piste à discuter avec un médecin, pas un diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études