Ce que mesure l’analyse
Le pH mesure l’acidité d’un milieu. Une valeur basse indique un milieu acide, une valeur haute un milieu plus alcalin. Dans les selles, il dépend surtout de ce que les bactéries du côlon ont fait des aliments qui leur sont arrivés.
Quand des sucres échappent à l’absorption dans l’intestin grêle, les bactéries les fermentent. Cette fermentation produit des acides : acides gras à chaîne courte, acide lactique, mais aussi des gaz. Les selles s’acidifient. À l’inverse, quand la fermentation est réduite, ou que d’autres substances alcalines dominent, le pH remonte.
Le pH fécal est donc un reflet indirect de la fermentation des glucides. Il ne désigne ni une bactérie précise, ni une maladie précise.
Comment se passe le prélèvement
Le pH se mesure sur une selle fraîche, au laboratoire ou à l’hôpital, avec un pH-mètre ou un papier indicateur. Chez le nourrisson, la couche absorbante fausse la mesure : le prélèvement se fait selon la consigne du service (collecteur ou film).
- L’échantillon doit être analysé rapidement : les bactéries continuent de fermenter dans le flacon et le pH change au fil des heures.
- Évitez tout contact avec l’urine, l’eau de la cuvette, le papier toilette humide ou les produits de toilette.
- Indiquez l’alimentation des dernières 24 heures (lait, fruits, édulcorants), ainsi que les antibiotiques et laxatifs.
Comment lire le résultat
Le résultat est un nombre sans unité. Les laboratoires fixent leurs propres limites, et aucune valeur de référence consensuelle chez l’adulte n’est publiée dans les sources vérifiées. Cette fiche n’affiche donc pas de cadran.
Ce qui compte vraiment :
- le sens de l’écart : un pH nettement acide oriente vers une fermentation importante de sucres non absorbés, un pH alcalin vers une fermentation faible ou une contamination de l’échantillon ;
- la consistance des selles : l’analyse a le plus de sens devant une diarrhée d’enfant ;
- le contexte alimentaire : lait, fruits, fructose, sorbitol ;
- les autres examens : le pH seul ne conclut jamais.
Un pH normal n’exclut pas une malabsorption, et un pH acide ne la prouve pas.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent. L’usage le mieux décrit concerne l’enfant, rarement l’adulte.
Chez des nourrissons hospitalisés pour une diarrhée aiguë, le pH et la recherche de substances réductrices (des sucres non absorbés) ont permis de dépister une malabsorption des glucides. Sur 245 nourrissons, elle a été retrouvée dans 11 % des cas, et des signes cliniques d’intolérance n’étaient présents que dans un seul cas (Karaböcüoglu et al., 1994)1. Un pH bas peut donc révéler une malabsorption sans symptôme évident.
Chez des enfants dénutris hospitalisés pour une diarrhée persistante, une malabsorption des glucides, définie par un pH bas ou des substances réductrices élevées, était associée à l’échec d’un régime de réalimentation. Les auteurs en tirent des conséquences sur la composition de ce régime (Bhatnagar et al., 1996)2.
Dans le syndrome de grêle court, l’eau fécale est acide, riche en acide lactique et marquée par un fort trou osmotique : les glucides en excès sont fermentés dans le côlon (Bustos et al., 1994)3.
Les sucres mal absorbés peuvent aussi jouer : chez de jeunes enfants, le sorbitol et le fructose ont aggravé la malabsorption d’un amidon modifié, jusqu’à provoquer parfois une diarrhée franche (Lebenthal-Bendor et al., 2001)4.
Les limites sont nettes. Aucune de ces études ne valide le pH fécal comme marqueur de « santé intestinale » chez l’adulte en bonne santé. Il ne permet ni de choisir un régime, ni d’identifier une bactérie.
Les analyses à associer
- le test respiratoire au lactose, qui confirme ou non une malabsorption du lactose ;
- le test respiratoire à l’hydrogène et au méthane, qui mesure les gaz de fermentation ;
- les acides gras à chaîne courte fécaux, qui participent à l’acidité des selles ;
- la calprotectine fécale, pour écarter une inflammation de l’intestin.
À retenir
- Le pH des selles reflète la fermentation des sucres non absorbés dans le côlon.
- L’usage le mieux étudié concerne l’enfant ayant une diarrhée.
- L’échantillon doit être analysé vite et sans contact avec l’urine ou l’eau.
- Aucune norme adulte consensuelle n’est publiée : chaque laboratoire a ses limites.
- Le pH est un indice : il se lit avec les autres examens et l’avis d’un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études