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Acide tricarballylique

Aussi appelée Tricarballylate · Acide propane-1,2,3-tricarboxylique

L'acide tricarballylique est un acide que l'organisme humain ne métabolise pas : il est produit en partie par des bactéries à partir d'acides alimentaires. Son interprétation comme marqueur de champignons n'est pas démontrée.

Recueil d’urinesFamille : acides organiques : levures et champignonsPreuve non validée

Testez-vous en 4 questions

En bref

Cette analyse mesure dans les urines un acide issu de la fermentation bactérienne d'autres acides. Les études vérifiées le relient au microbiote intestinal et à l'alimentation, pas à une prolifération de champignons démontrée.

À lire avec

Recueil d’urinesProfil des acides organiques urinaires (famille « levures et champignons »).

mmol/mol de créatininePreuve non validée

Profil sportif

Chez des étudiants japonais pratiquant l'endurance, la composition du microbiote fécal a varié entre l'avant et l'après d'une course, avec davantage de Firmicutes et moins de Bacteroidetes. Le tricarballylate urinaire était corrélé à la part de Firmicutes. C'est une étude pilote sans valeur individuelle : elle ne permet pas d'interpréter la valeur d'un sportif seul.

Pourquoi on la demande

  • Interpréter un profil d'acides organiques urinaires demandé pour explorer une suspicion de déséquilibre digestif
  • Explorer un lien possible avec le microbiote intestinal, dans un cadre de recherche ou de suivi personnel
  • Suivre un profil avant et après un changement d'alimentation ou de complément
  • Comparer deux profils successifs chez la même personne

Valeur basse, valeur haute

Causes d’une valeur haute

  • Transformation d'acides tricarboxyliques alimentaires (aconitate) par des bactéries intestinales : mécanisme montré chez le rat
  • Variation de la composition du microbiote, par exemple de la part des Firmicutes, avec laquelle une corrélation a été observée chez des athlètes
  • Libération par des bactéries intestinales à partir de fumonisine B1 : mécanisme montré chez le singe, sans donnée vérifiée chez l'humain
  • Production par des champignons : hypothèse de laboratoire, non démontrée dans les études vérifiées

À savoir : ce qui peut la fausser

  • Apport alimentaire en acides tricarboxyliques de type aconitate, que des bactéries intestinales peuvent transformer (données chez l'animal)
  • Composition du microbiote au moment du recueil
  • Dilution des urines : correction par la créatinine, mais une urine très diluée reste moins fiable
  • Conservation de l'échantillon à température ambiante
  • Antibiotiques, antifongiques ou probiotiques récents : à signaler au laboratoire
  • Méthode et unité propres à chaque laboratoire

Ce que mesure l’analyse

L’acide tricarballylique, ou tricarballylate, est un acide à trois fonctions acide. Il ressemble à l’acide citrique, à ceci près que l’organisme ne sait pas l’utiliser. Chez le jeune rat, quand il a été donné dans l’alimentation, la quasi-totalité de l’acide ingéré a été retrouvée dans l’urine (Schwartz et al., 1988)1.

D’où vient-il alors ? Les données disponibles pointent vers les bactéries. Chez le rat, le tricarballylate était plus élevé dans l’urine des animaux conventionnels que dans celle des animaux sans flore, et le contenu du caecum des premiers transformait l’aconitate, un acide alimentaire, en tricarballylate (McDevitt et Goldman, 1991)2. Une autre piste concerne la fumonisine B1, une mycotoxine : chez le singe vervet, son hydrolyse dans l’intestin libérait un fragment d’acide tricarballylique (Shephard et al., 1995)3. Ces deux données viennent de l’animal ; elles montrent des mécanismes plausibles, pas ce qui se passe chez vous.

Dans les comptes rendus, l’acide est classé parmi les marqueurs de « levures et champignons ». Aucune des études vérifiées ne démontre ce lien chez l’humain : c’est une convention de laboratoire.

Comment se passe le prélèvement

Il s’agit d’un recueil d’urine. Le moment, le flacon et la conservation dépendent du laboratoire ; suivez sa notice. Le tricarballylate étant en partie produit par des bactéries, une conservation défaillante peut modifier le profil, car les micro-organismes continuent à agir dans l’échantillon.

Signalez les antibiotiques, antifongiques, probiotiques et compléments récents : ils modifient le microbiote et peuvent déplacer le résultat.

Comment lire le résultat

Le résultat est généralement donné en mmol/mol de créatinine. La créatinine sert à corriger la dilution de l’urine. Chaque laboratoire établit ses propres normes, et nous n’avons trouvé aucun article PubMed qui publie des valeurs de référence pour ce marqueur : la fiche s’affiche donc sans cadran.

Ce qui compte vraiment est la lecture en contexte : un tricarballylate isolé, au milieu d’un profil par ailleurs plat, ne dit presque rien. Mieux vaut comparer des prélèvements successifs, faits dans les mêmes conditions et dans le même laboratoire.

Ce que dit la science

Le niveau de preuve est faible pour l’usage proposé (niveau d). Chez l’humain, les données vérifiées sont rares et exploratoires. Dans une étude pilote ouverte chez des athlètes d’endurance, le tricarballylate urinaire était corrélé à la part de Firmicutes dans le microbiote fécal (r = 0,66), et la prise d’un extrait de lait de soja fermenté s’accompagnait d’une baisse de plusieurs marqueurs urinaires dits fongiques (Fukuchi et al., 2022)4. L’étude est petite, sans groupe témoin, et les auteurs eux-mêmes parlent de possibilités.

Une autre étude, chez des personnes porteuses du syndrome du cri du chat, a trouvé le tricarballylate parmi les composés les plus élevés, avec d’autres métabolites dont l’origine pourrait être microbienne intestinale (Araújo et al., 2020)5. Cette étude concerne une maladie rare et ne se transpose pas à la population générale.

En résumé, ce marqueur reflète plausiblement une activité bactérienne et alimentaire. Qu’il reflète des champignons n’est pas démontré. Une valeur haute est une piste à discuter avec un médecin, avec le reste du profil et du microbiote, et non un diagnostic.

Les analyses à associer

L’acide tartrique appartient à la même famille et son origine alimentaire est mieux documentée. Une analyse du microbiote par séquençage 16S décrit la composition bactérienne, que le tricarballylate ne fait qu’effleurer. La recherche de Candida dans les selles est l’examen direct si la question fongique se pose. Le profil complet des acides organiques urinaires reste le cadre de lecture.

À retenir

  • Le tricarballylate n’est pas métabolisé par l’organisme ; il est éliminé dans l’urine.
  • Chez l’animal, des bactéries intestinales en produisent à partir d’acides alimentaires ou de fumonisine.
  • Chez l’humain, les données sont minces ; une corrélation avec les Firmicutes a été observée chez des athlètes.
  • Le lien avec les champignons n’est pas démontré.
  • Chaque laboratoire a ses normes ; une valeur isolée se lit avec le profil complet.

Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études[+]

Testez-vous 4 questions pour vérifier ce que vous avez retenu

Une question à la fois, la réponse expliquée tout de suite.

  1. 01L'acide tricarballylique est-il utilisé par l'organisme ?

  2. 02Quelle partie du microbiote était corrélée au tricarballylate chez des athlètes d'endurance ?

  3. 03Les bactéries intestinales participent-elles à sa production ?

  4. 04Une valeur haute prouve-t-elle une prolifération de champignons ?

Un proche attend ses résultats ?

Envoyez-lui cette fiche : ce qui peut fausser le chiffre.

Une analyse se lit avec votre médecin : cette fiche explique, elle ne remplace ni un diagnostic ni les normes de votre laboratoire.