Ce que mesure l’analyse
L’acide tricarballylique, ou tricarballylate, est un acide à trois fonctions acide. Il ressemble à l’acide citrique, à ceci près que l’organisme ne sait pas l’utiliser. Chez le jeune rat, quand il a été donné dans l’alimentation, la quasi-totalité de l’acide ingéré a été retrouvée dans l’urine (Schwartz et al., 1988)1.
D’où vient-il alors ? Les données disponibles pointent vers les bactéries. Chez le rat, le tricarballylate était plus élevé dans l’urine des animaux conventionnels que dans celle des animaux sans flore, et le contenu du caecum des premiers transformait l’aconitate, un acide alimentaire, en tricarballylate (McDevitt et Goldman, 1991)2. Une autre piste concerne la fumonisine B1, une mycotoxine : chez le singe vervet, son hydrolyse dans l’intestin libérait un fragment d’acide tricarballylique (Shephard et al., 1995)3. Ces deux données viennent de l’animal ; elles montrent des mécanismes plausibles, pas ce qui se passe chez vous.
Dans les comptes rendus, l’acide est classé parmi les marqueurs de « levures et champignons ». Aucune des études vérifiées ne démontre ce lien chez l’humain : c’est une convention de laboratoire.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’un recueil d’urine. Le moment, le flacon et la conservation dépendent du laboratoire ; suivez sa notice. Le tricarballylate étant en partie produit par des bactéries, une conservation défaillante peut modifier le profil, car les micro-organismes continuent à agir dans l’échantillon.
Signalez les antibiotiques, antifongiques, probiotiques et compléments récents : ils modifient le microbiote et peuvent déplacer le résultat.
Comment lire le résultat
Le résultat est généralement donné en mmol/mol de créatinine. La créatinine sert à corriger la dilution de l’urine. Chaque laboratoire établit ses propres normes, et nous n’avons trouvé aucun article PubMed qui publie des valeurs de référence pour ce marqueur : la fiche s’affiche donc sans cadran.
Ce qui compte vraiment est la lecture en contexte : un tricarballylate isolé, au milieu d’un profil par ailleurs plat, ne dit presque rien. Mieux vaut comparer des prélèvements successifs, faits dans les mêmes conditions et dans le même laboratoire.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est faible pour l’usage proposé (niveau d). Chez l’humain, les données vérifiées sont rares et exploratoires. Dans une étude pilote ouverte chez des athlètes d’endurance, le tricarballylate urinaire était corrélé à la part de Firmicutes dans le microbiote fécal (r = 0,66), et la prise d’un extrait de lait de soja fermenté s’accompagnait d’une baisse de plusieurs marqueurs urinaires dits fongiques (Fukuchi et al., 2022)4. L’étude est petite, sans groupe témoin, et les auteurs eux-mêmes parlent de possibilités.
Une autre étude, chez des personnes porteuses du syndrome du cri du chat, a trouvé le tricarballylate parmi les composés les plus élevés, avec d’autres métabolites dont l’origine pourrait être microbienne intestinale (Araújo et al., 2020)5. Cette étude concerne une maladie rare et ne se transpose pas à la population générale.
En résumé, ce marqueur reflète plausiblement une activité bactérienne et alimentaire. Qu’il reflète des champignons n’est pas démontré. Une valeur haute est une piste à discuter avec un médecin, avec le reste du profil et du microbiote, et non un diagnostic.
Les analyses à associer
L’acide tartrique appartient à la même famille et son origine alimentaire est mieux documentée. Une analyse du microbiote par séquençage 16S décrit la composition bactérienne, que le tricarballylate ne fait qu’effleurer. La recherche de Candida dans les selles est l’examen direct si la question fongique se pose. Le profil complet des acides organiques urinaires reste le cadre de lecture.
À retenir
- Le tricarballylate n’est pas métabolisé par l’organisme ; il est éliminé dans l’urine.
- Chez l’animal, des bactéries intestinales en produisent à partir d’acides alimentaires ou de fumonisine.
- Chez l’humain, les données sont minces ; une corrélation avec les Firmicutes a été observée chez des athlètes.
- Le lien avec les champignons n’est pas démontré.
- Chaque laboratoire a ses normes ; une valeur isolée se lit avec le profil complet.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études