Ce que mesure l’analyse
La S-adénosylméthionine (SAM, ou SAMe quand elle est vendue en complément) est le principal donneur de groupements méthyles de l’organisme. Elle est fabriquée à partir de la méthionine, un acide aminé apporté par l’alimentation, via le cycle de la méthionine. Plus de cinquante méthyltransférases lui prennent un groupement méthyle pour modifier de l’ADN, des histones, des phospholipides ou de petites molécules. Elle sert aussi à fabriquer la créatine.
En donnant son méthyle, la SAM devient de la S-adénosylhomocystéine (SAH), qui bloque ces mêmes enzymes avant d’être transformée en homocystéine. Le dosage plasmatique de la SAM, et surtout son rapport à la SAH, sert à explorer la « capacité de méthylation ». Cette notion est séduisante, mais elle reste en cours de définition (Mason, 2003)1. L’auteur y présente la SAM et la SAH comme des candidats pour intégrer l’état de tous les nutriments de ce cycle, tout en notant qu’il reste beaucoup de travail pour définir ces liens.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang veineuse. Les consignes (jeûne, tube, délai) dépendent du laboratoire : suivez-les.
La SAM est instable en milieu neutre ou alcalin, et sa concentration dans le plasma est très faible, de l’ordre du nanomolaire (Bravo et al., 2022)2. Le plasma doit donc être séparé et stabilisé rapidement. Un échantillon resté trop longtemps avant traitement peut donner un résultat faussement bas.
Signalez toute prise de SAMe : un complément avalé peu avant la prise de sang fait monter la valeur de manière transitoire. Après une prise orale unique chez 14 volontaires sains, la SAM plasmatique est passée de 38,0 à 361,8 nmol/L, puis est revenue à sa base avec une demi-vie d’environ 1,7 heure (Loehrer et al., 1997)3.
Comment lire le résultat
Dans une cohorte de 33 adultes sains de 19 à 60 ans, mesurée en spectrométrie de masse, la SAM plasmatique était de 120 nmol/L, plus ou moins 36 (deux écarts types) : soit une plage de 84 à 156 nmol/L, qui sert de repère à cette fiche.
Ce repère n’est pas universel. D’autres études donnent des moyennes de témoins sains très différentes : 103,9 nmol/L chez 29 témoins (Kerins et al., 2001)4, et 52,3 nmol/L chez 50 témoins âgés de 41 à 87 ans (Loehrer et al., 2001)5. Ces écarts tiennent probablement aux méthodes, à l’âge et aux effectifs. Chaque laboratoire a ses normes : seule celle de votre compte rendu s’applique à votre résultat.
Ce qui compte vraiment :
- La méthode et le compartiment : plasma et globules rouges ont des concentrations très différentes et ne se comparent pas.
- Le rapport SAM/SAH : il en dit plus que la SAM seule.
- Le contexte : prise de SAMe, apports en protéines et en vitamines B, fonction rénale et hépatique.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent. Le dosage est validé comme outil de recherche et d’exploration de certaines maladies métaboliques héréditaires, où il a détecté des concentrations anormales (Bravo et al., 2022). Il n’est pas un test de routine recommandé par les autorités de santé.
Dans les maladies vasculaires, les résultats vont dans le sens d’une SAM plus élevée en moyenne chez les patients : 121,8 nmol/L contre 103,9 chez 30 patients cardiovasculaires et 29 témoins (Kerins et al., 2001). Dans l’artériopathie des membres inférieurs, le rapport SAM/SAH plasmatique était plus bas que chez les témoins (1,92 contre 2,52) (Loehrer et al., 2001). Ces études sont de petite taille et les valeurs des témoins varient du simple au double d’une étude à l’autre.
L’alimentation et les vitamines B n’ont pas l’effet qu’on imagine. Chez 276 personnes de 65 ans ou plus ayant une homocystéine élevée, deux ans de folate, de vitamine B12 et de vitamine B6 ont abaissé l’homocystéine de 4,4 µmol/L sans modifier significativement la SAM, la SAH ou leur rapport (mesurés chez 50 participants par groupe) (Green et al., 2010)6.
Un résultat de SAM est donc une piste à discuter avec un médecin, pas un diagnostic. Il ne justifie pas à lui seul un complément.
Les analyses à associer
- S-adénosylhomocystéine et rapport SAM sur SAH : indispensables pour interpréter la SAM.
- Homocystéine : elle dérive de la SAH et s’élève quand le cycle est perturbé.
- Vitamine B12 : elle intervient dans la régénération de la méthionine.
À retenir
- La SAM est le principal donneur de groupements méthyles de l’organisme.
- Elle est instable et peu concentrée dans le plasma : la conservation et la méthode pèsent sur le résultat.
- La plage publiée chez 33 adultes sains va de 84 à 156 nmol/L, mais elle n’est pas transposable à tous les laboratoires.
- Un complément de SAMe pris avant la prise de sang fait monter la valeur de façon transitoire.
- Niveau de preuve émergent : lisez la SAM avec la SAH, le contexte clinique et un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking6 sources vérifiées6 études