Ce que mesure l’analyse
Les désaturases sont des enzymes qui ajoutent des doubles liaisons aux acides gras. Elles interviennent, avec des enzymes d’allongement, dans la transformation des acides gras essentiels (acide linoléique, oméga-6, et acide alpha-linolénique, oméga-3) en acides gras à longue chaîne comme l’acide arachidonique, l’EPA ou le DHA.
Le laboratoire ne mesure pas ces enzymes directement. Il calcule un indice : le rapport entre un acide gras produit par l’enzyme et son précurseur. Dans une étude de référence, trois activités ont été estimées ainsi : la désaturase Δ5 par le rapport 20:4 n-6 sur 20:3 n-6, la désaturase Δ6 par le rapport 18:3 n-6 sur 18:2 n-6, et la stéaroyl-CoA désaturase-1 (SCD-1) par le rapport 16:1 n-7 sur 16:0 (Takkunen et al., 2015)1.
Votre laboratoire peut choisir d’autres rapports. Vérifiez donc sur le compte rendu quels acides gras sont divisés avant d’interpréter le résultat.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang veineuse, sur plasma, sérum ou globules rouges selon le laboratoire. Beaucoup de laboratoires demandent d’être à jeun. Suivez leur consigne.
Signalez vos compléments d’oméga-3, d’acide gamma-linolénique (huile d’onagre, de bourrache) ou d’autres huiles : ils apportent directement des acides gras qui modifient les rapports. Les acides gras polyinsaturés s’oxydent facilement : l’échantillon doit être conservé au froid selon la procédure du laboratoire.
Comment lire le résultat
Un rapport, pas une concentration
Le résultat est un rapport sans unité. Il n’existe pas de valeur de référence consensuelle : chaque laboratoire a ses normes, liées à sa méthode, à son compartiment et à la définition de ses rapports. C’est pourquoi cette fiche n’affiche pas de cadran.
Ce qui influence le résultat
Plusieurs facteurs modifient ces rapports. L’alimentation en premier : du poisson ou de la viande apportent directement des acides gras longs, ce qui change le rapport sans que l’enzyme n’ait varié. Les gènes FADS en second : dans une étude d’association pangénomique sur plus de 4 000 personnes, la région FADS1-2-3 était associée à la composition de plusieurs classes de phospholipides plasmatiques, et à l’épaisseur intima-média carotidienne (Demirkan et al., 2012)2. Enfin, l’état métabolique peut intervenir.
Ce qui compte vraiment
Un indice isolé s’interprète mal. Comparez-le à votre alimentation, à votre profil d’acides gras complet et, si besoin, à votre génotype FADS. Une valeur inhabituelle est une piste à discuter avec un professionnel de santé, pas un diagnostic.
Ce que dit la science
L’étude finlandaise suivait 407 personnes en surpoids et intolérantes au glucose, pendant un suivi médian de 11 ans. L’estimation de l’activité Δ5 y était associée à une incidence plus faible de diabète de type 2 (rapport de risque de 0,78 par écart-type), et à une meilleure sensibilité à l’insuline les années suivantes. Les indices Δ6 et SCD-1 ne montraient que des associations inconstantes. Les auteurs ont validé leurs estimations Δ5 et Δ6 grâce à une variante connue du gène FADS1 (Takkunen et al., 2015).
Ces résultats sont intéressants, mais l’étude est observationnelle, menée chez des personnes à risque. Elle ne dit pas qu’agir sur l’activité des désaturases réduirait le risque. Le niveau de preuve de l’indice de désaturation est donc émergent : il relève de la recherche et de la curiosité plutôt que du suivi médical établi.
Les analyses à associer
Lisez l’indice avec le profil des acides gras érythrocytaires, qui fournit les acides gras de départ. L’étude des gènes FADS1 et FADS2 peut expliquer un résultat atypique. L’acide arachidonique et l’acide dihomo-gamma-linolénique sont les deux acides gras du rapport Δ5.
À retenir
- L’indice de désaturation estime, de façon indirecte, l’activité d’enzymes qui transforment les acides gras.
- Il se calcule par des rapports dont la définition varie d’un laboratoire à l’autre.
- L’alimentation et les gènes FADS modifient fortement le résultat.
- Une activité Δ5 estimée plus élevée était associée à une incidence plus faible de diabète de type 2 dans une étude de cohorte, sans preuve de causalité.
- Il n’existe pas de valeur de référence consensuelle : chaque laboratoire a ses normes.
Sources éditoriales et fact-checking2 sources vérifiées2 études