Ce que mesure l’analyse
L’acide docosahexaénoïque, ou DHA, est un acide gras polyinsaturé de la famille des oméga-3. Il compte vingt-deux atomes de carbone et six doubles liaisons : on l’écrit 22:6 n-3. C’est l’un des oméga-3 à longue chaîne les plus abondants dans les membranes des cellules nerveuses et dans la rétine.
Le corps en produit peu à partir de l’acide alpha-linolénique des végétaux. L’essentiel vient de l’alimentation : poissons gras, fruits de mer, micro-algues, et compléments d’huile de poisson, de krill ou d’algues.
Le DHA s’intègre aux phospholipides des membranes, dont il modifie la fluidité. Le laboratoire le dose par chromatographie en phase gazeuse et l’exprime en pourcentage de l’ensemble des acides gras mesurés.
Comme pour l’EPA, le compartiment analysé change la lecture. Dans le plasma ou le sérum, le DHA reflète surtout les apports récents. Dans les globules rouges, il reflète une exposition de plusieurs semaines à quelques mois.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang veineuse. Beaucoup de laboratoires demandent d’être à jeun, parce qu’un repas gras modifie temporairement la composition en acides gras du plasma. Suivez la consigne de votre laboratoire.
Indiquez vos compléments et la date de votre dernier repas de poisson gras. Le DHA est un acide gras polyinsaturé, donc fragile : l’échantillon doit être réfrigéré ou congelé selon la procédure du laboratoire. Une goutte de sang séchée donne un résultat qui ne se compare pas directement à un dosage plasmatique.
Comment lire le résultat
Unité et valeurs de référence
Le résultat s’exprime le plus souvent en pourcentage des acides gras totaux, parfois en concentration. Ces unités ne se comparent pas entre elles. Il n’existe pas de valeur de référence consensuelle pour le DHA isolé : chaque laboratoire a ses intervalles, liés à sa méthode et au compartiment dosé. C’est pourquoi cette fiche n’affiche pas de cadran.
L’indice oméga-3
Le repère publié concerne la somme EPA + DHA dans les globules rouges. Une étude internationale classe les moyennes en catégories : désirable au-dessus de 8 %, modérée entre 6 et 8 %, basse entre 4 et 6 %, très basse jusqu’à 4 %. Dans cette étude, seules les cohortes d’Alaska, de Corée du Sud et du Japon atteignaient la catégorie désirable ; les cohortes des États-Unis, du Canada, d’Italie et d’Allemagne étaient classées basses (Schuchardt et al., 2022)1. Les auteurs soulignent que ces cohortes sont de commodité et que la grande majorité des échantillons venait des États-Unis : les moyennes nationales sont indicatives.
Ce qui compte vraiment
Pour le DHA, le contexte prime sur le chiffre. Un résultat élevé sous complément est attendu. Un résultat bas chez une personne qui ne mange pas de poisson est cohérent. Une seule mesure donne une photographie : pour suivre une évolution, comparez des prélèvements faits dans les mêmes conditions, avec le même laboratoire.
Ce que dit la science
L’intérêt du DHA est lié à l’indice oméga-3. Une revue publiée en 2006 a proposé de le considérer comme un facteur de risque de mort subite cardiaque : un indice supérieur à 8 % serait associé à un risque réduit de 90 % par rapport à un indice inférieur à 4 % (von Schacky et Harris, 2006)2. C’est une proposition d’auteurs fondée sur des données observationnelles. La revue indique elle-même qu’une méta-analyse Cochrane avait conclu à l’absence d’effet, conclusion qu’elle conteste. Ce seuil n’est pas un objectif thérapeutique validé.
Le DHA est aussi étudié dans des maladies rares. Dans les troubles peroxysomaux du spectre de Zellweger, le DHA est très bas dans le cerveau, la rétine et d’autres tissus. Une revue de 2001 décrit une série de 20 patients traités par DHA sous suivi spécialisé, avec normalisation des taux sanguins de DHA (Martinez, 2001)3. Il s’agit d’une série sans groupe comparateur, dans des maladies exceptionnelles : on ne peut pas en déduire d’effet chez une personne en bonne santé.
Niveau de preuve : émergent pour le DHA isolé. Les limites sont celles des études observationnelles et de la variabilité des méthodes de dosage.
Les analyses à associer
Le DHA se lit avec l’EPA et l’indice oméga-3. Le DPA, intermédiaire entre l’EPA et le DHA, n’entre pas dans l’indice mais peut compléter un profil. Le rapport oméga-6 sur oméga-3 remet le résultat en perspective avec le reste du profil.
À retenir
- Le DHA est un oméga-3 à longue chaîne qui vient surtout du poisson gras et des algues.
- Il n’existe pas de valeur de référence consensuelle pour le DHA isolé ; l’indice oméga-3 (EPA + DHA) est le repère publié.
- Plasma et globules rouges ne se comparent pas.
- Le seuil de l’indice oméga-3 est une proposition d’auteurs, pas un objectif thérapeutique validé.
- Un résultat bas ou haut est une piste à discuter avec un professionnel de santé, jamais un diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études