Ce que mesure l’analyse
Après un repas, les graisses sont digérées par la lipase du pancréas, aidée par la bile qui les émulsionne. Les produits de cette digestion sont ensuite absorbés par la paroi de l’intestin grêle. Une très petite part des graisses ingérées se retrouve normalement dans les selles.
Le dosage des graisses fécales mesure cette part. Quand elle augmente, on parle de stéatorrhée : un excès de graisses dans les selles, signe que les graisses ont été mal digérées ou mal absorbées. Les selles sont alors souvent volumineuses, pâles, grasses, malodorantes et difficiles à chasser.
La stéatorrhée n’est pas une maladie. C’est un signe, qui renvoie à trois grandes familles de causes : un déficit de lipase (pancréas), un manque de bile (foie, voies biliaires) ou une atteinte de la paroi intestinale.
Comment se passe le prélèvement
C’est l’un des prélèvements les plus contraignants de la biologie. Le laboratoire demande de recueillir toutes les selles émises pendant plusieurs jours consécutifs, dans un grand récipient fourni, conservé au frais. La durée exacte est fixée par le laboratoire.
- Suivez les consignes d’alimentation : on mange normalement, avec un apport en graisses régulier, souvent précisé par le laboratoire. Un régime sans graisses rendrait l’analyse inutile.
- N’oubliez aucune selle : un recueil incomplet sous-estime le résultat.
- Évitez le contact avec l’urine et l’eau de la cuvette.
- Prévenez le laboratoire de tout médicament ou laxatif pris pendant la période.
Cette lourdeur explique pourquoi d’autres tests sont parfois préférés (voir plus bas).
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en grammes de graisses par 24 heures. Le repère de cette fiche est une limite haute de normale de 7 g par 24 heures chez l’adulte. Au-delà, on parle de stéatorrhée. Plus la valeur est haute, plus la malabsorption est marquée.
Le chiffre se lit avec le contexte : apport réel en graisses, durée et exhaustivité du recueil, symptômes, perte de poids, carences en vitamines liposolubles (A, D, E, K). Les variations « normales » viennent surtout de l’alimentation et de la qualité du recueil.
Attention à la méthode. Les techniques classiques, comme la titrimétrie de Van de Kamer, sont peu précises, et les comparaisons entre laboratoires l’ont montré (Jakobs et al., 2000)1. Un résultat proche du seuil appelle donc de la prudence, et un second dosage si la question clinique le justifie.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est courant. La quantification des graisses fécales fait partie des méthodes les plus exactes pour établir une insuffisance pancréatique exocrine, avec le test respiratoire aux triglycérides marqués au carbone 13 (Lindkvist, 2013)2. Elle reste la référence pour la stéatorrhée, mais sa lourdeur pousse à chercher des alternatives.
La plus connue est l’élastase fécale-1, une enzyme pancréatique dosée sur une seule selle. Dans une étude chez des patients atteints de maladies du pancréas, une stéatorrhée n’était attendue chez les patients non opérés que si l’élastase était très basse. Après une chirurgie du pancréas, la stéatorrhée pouvait être présente alors que l’élastase n’était que légèrement abaissée, et elle était nettement plus marquée que chez les patients non opérés. L’élastase ne remplace donc pas le dosage des graisses dans ce cas (Benini et al., 2012)3.
L’insuffisance pancréatique est fréquente après une chirurgie de l’estomac, du duodénum ou du pancréas : elle peut toucher jusqu’à 80 % des patients. Les spécialistes notent que la quantification des graisses fécales est longue et pas toujours disponible, et que le test respiratoire aux triglycérides marqués au carbone 13 en est une alternative exacte après chirurgie (Domínguez-Muñoz, 2009)4.
Dans la mucoviscidose, la malabsorption peut persister malgré le traitement enzymatique. Dans une petite étude chez des enfants traités, la perte fécale représentait 35,3 % des graisses ingérées, contre 8,0 % chez les témoins (Vaisman et al., 1992)5.
La limite principale est que le dosage dit qu’il y a une perte de graisses, pas pourquoi. Il faut ensuite chercher la cause : pancréas, bile ou intestin. Ce travail revient au médecin.
Les analyses à associer
- l’élastase pancréatique fécale, pour juger la fonction du pancréas ;
- la lipase, utile surtout en phase aiguë ;
- les anticorps anti-transglutaminase IgA, pour la maladie cœliaque ;
- le bêta-carotène, un pigment liposoluble qui baisse quand les graisses sont mal absorbées.
À retenir
- La stéatorrhée est un excès de graisses dans les selles, avec une limite haute de 7 g par 24 heures dans cette fiche.
- Le recueil dure plusieurs jours : il doit être complet et fait avec une alimentation normale.
- L’élastase fécale peut être normale malgré une stéatorrhée, surtout après une chirurgie du pancréas.
- Les méthodes de dosage varient : un résultat limite demande de la prudence.
- Le résultat ne donne pas la cause : il se discute avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études