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Acide méthylcitrique

Aussi appelée Acide 2-méthylcitrique · 2-méthylcitrate · Méthylcitrate

L'acide méthylcitrique s'accumule dans les urines quand le métabolisme du propionate, qui dépend de la biotine et de la vitamine B12, est ralenti. Il est un marqueur établi de maladies métaboliques rares et un indicateur indirect, encore discuté, du statut tissulaire en B12 chez l'adulte.

Recueil d’urinesFamille : acides organiques : vitamines et cofacteursPreuve émergente

Testez-vous en 5 questions

En bref

L'acide méthylcitrique est un déchet du métabolisme du propionate, éliminé dans les urines quand la voie normale ralentit. Son dosage signale un goulot d'étranglement qui dépend de la vitamine B12 ou de la biotine.

À lire avec

Recueil d’urinesProfil des acides organiques urinaires (chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse), panels « vitamines et cofacteurs », bilans de dépistage des maladies métaboliques héréditaires.

mmol/mol de créatininePreuve émergente

Profil sportif

Aucune étude vérifiée dans cette fiche ne fixe de repère propre au sportif pour ce marqueur. Les sportifs qui suivent un régime végétalien ou qui consomment beaucoup d'œufs crus méritent d'avoir leur statut en B12 et en biotine évalué par leur médecin, car ces deux vitamines interviennent dans cette voie. Un effort intense n'est pas, à ce jour, un facteur établi de variation de l'acide méthylcitrique.

Pourquoi on la demande

  • Explorer une suspicion de maladie héréditaire du métabolisme du propionate (acidémie propionique, acidurie méthylmalonique, défauts du métabolisme de la cobalamine), surtout chez l'enfant
  • Compléter un profil d'acides organiques urinaires lors d'un bilan de vitamines et de cofacteurs
  • Chercher un blocage tissulaire en vitamine B12 quand le dosage sanguin de B12 est limite ou discordant avec les symptômes
  • Éclairer le statut en biotine (vitamine B8), dont dépend la première enzyme de cette voie
  • Confirmer ou nuancer une élévation de l'acide méthylmalonique ou de l'homocystéine

Valeur basse, valeur haute

Causes d’une valeur haute

  • Carence tissulaire en vitamine B12, y compris lorsque la vitamine B12 sanguine paraît normale
  • Déficit en biotine ou dans les enzymes qui l'utilisent (biotinidase, holocarboxylase synthétase), plus rare
  • Défauts héréditaires du métabolisme de la cobalamine ou de la méthylmalonyl-CoA mutase (acidurie méthylmalonique), rares
  • Déficit en propionyl-CoA carboxylase (acidémie propionique), rare, généralement découvert dans l'enfance

À savoir : ce qui peut la fausser

  • Compléments de vitamine B12 ou de biotine : en levant le goulot métabolique, ils peuvent faire baisser le marqueur ; signalez-les au laboratoire sans les arrêter de votre propre initiative
  • Conservation de l'échantillon : une urine laissée à température ambiante peut se dégrader ou être contaminée par des bactéries ; respectez la chaîne du froid demandée
  • Dilution de l'urine : le rapport à la créatinine la corrige en partie, mais une urine très diluée rend la mesure moins fiable
  • Méthode et laboratoire : une mesure non quantifiée et une mesure quantifiée ne donnent pas les mêmes chiffres ; ne comparez que des résultats du même laboratoire
  • Antibiotiques : ils modifient la flore intestinale, une source de propionate ; l'effet sur ce marqueur précis n'est pas démontré, mais il faut les signaler
  • Maladie aiguë ou jeûne prolongé : le catabolisme intense mobilise protéines et graisses et peut déséquilibrer le métabolisme du propionate, surtout en cas de maladie métabolique connue
  • Fonction rénale réduite : elle peut modifier l'élimination des acides organiques et le rapport à la créatinine

Ce que mesure l’analyse

L’acide méthylcitrique (ou 2-méthylcitrate) est une petite molécule qui apparaît quand le propionyl-CoA s’accumule. Le propionyl-CoA est un intermédiaire issu de la dégradation de certains acides aminés (isoleucine, valine, thréonine, méthionine), des acides gras à nombre impair de carbones et du propionate produit par la flore intestinale. Normalement, il est converti en méthylmalonyl-CoA puis en succinyl-CoA, qui rejoint le cycle de Krebs, la chaîne de réactions qui produit l’énergie dans les mitochondries.

Cette conversion repose sur deux enzymes. La propionyl-CoA carboxylase a besoin de biotine (vitamine B8). La méthylmalonyl-CoA mutase a besoin de vitamine B12 sous sa forme active, l’adénosylcobalamine. Si l’une de ces étapes ralentit, le propionyl-CoA s’accumule, se combine à l’oxaloacétate et forme de l’acide méthylcitrique, éliminé dans les urines. Dans les maladies héréditaires du métabolisme du propionate (acidémie propionique, acidurie méthylmalonique, défauts de la cobalamine), cette accumulation est une signature biochimique (Al Dhahouri et al., 2018)1.

Chez l’adulte, l’intérêt est plus discret : il s’agit d’un marqueur indirect du statut tissulaire en vitamine B12, voire en biotine. Il se mesure dans le profil d’acides organiques urinaires.

Comment se passe le prélèvement

Il s’agit d’un recueil d’urine, le plus souvent la première du matin, dans un flacon fourni par le laboratoire. Les consignes de conservation varient : certains laboratoires demandent de congeler l’échantillon rapidement, d’autres de le garder au froid. Suivez la notice du laboratoire qui réalise le test.

Précisez les compléments de B12 ou de biotine que vous prenez : ils peuvent masquer un goulot métabolique. Ne les arrêtez pas de votre propre initiative ; la décision revient au médecin qui prescrit le bilan.

Comment lire le résultat

Le résultat s’exprime en mmol/mol de créatinine. Rapporter la valeur à la créatinine corrige en partie la dilution de l’urine. Dans les laboratoires cliniques, cet acide est souvent détecté par chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse sans être réellement quantifié, comme un pic du profil d’acides organiques. Une équipe a publié une méthode quantitative sur urine séchée : chez 135 témoins, l’intervalle de référence était de 0,4 à 3,4 mmol/mol de créatinine, contre 8,3 à 591 chez des patients atteints de maladies du propionate (Al Dhahouri et al., 2018)2.

Ces chiffres ne sont pas transposables à votre compte rendu : ils dépendent de la méthode et de la population étudiée. Chaque laboratoire a ses propres normes, et c’est avec elles qu’il faut lire votre résultat. Cette fiche n’affiche donc pas de cadran de repères.

Ce qui compte vraiment :

  • Un résultat isolé, légèrement hors repères, n’établit aucun diagnostic.
  • La lecture se fait avec l’acide méthylmalonique, la vitamine B12 et l’homocystéine.
  • Une valeur très éloignée des repères, surtout chez un enfant ou en présence de symptômes, justifie un avis médical rapide.

Cette fiche ne s’appuie sur aucune donnée vérifiée de variabilité d’un jour à l’autre pour ce marqueur : un résultat unique se lit donc avec prudence.

Ce que dit la science

Le niveau de preuve est de type « c » (émergent) pour l’usage nutritionnel chez l’adulte. Dans les maladies héréditaires rares du propionate, le marqueur est bien établi pour le diagnostic. Son utilité pour suivre un patient traité reste en revanche à démontrer (Al Dhahouri et al., 2018)3. Chez 50 enfants suivis pour une acidurie méthylmalonique ou propionique, le dosage sur sang séché était très bien corrélé à celui des urines (r = 0,946), à condition de disposer d’un intervalle de référence adapté à la population locale (Wang et al., 2019)4.

Pour la vitamine B12, l’acide méthylcitrique est un marqueur secondaire. Une revue a conclu que l’acide méthylmalonique et l’homocystéine sont les marqueurs les plus sensibles et spécifiques d’une carence en B12, tout en notant que l’acide 2-méthylcitrique et la cystathionine s’élèvent aussi dans cette situation (Stabler et al., 1996)5.

Deux études chez des personnes âgées montrent l’intérêt de ces métabolites. Chez des adultes âgés en bonne santé et chez des patients hospitalisés, au moins un des quatre métabolites (homocystéine, cystathionine, acide méthylmalonique, acide 2-méthylcitrique) était élevé chez 63 % et 83 % d’entre eux. La vitamine B12 sanguine n’était basse que chez 6 % et 5 % (Joosten et al., 1993)6. Dans un essai contrôlé, un apport de vitamines B12, B9 et B6 par injection a ramené l’acide 2-méthylcitrique à la normale chez 62 % des participants contre 25 % sous placebo, une réponse moins nette que pour l’acide méthylmalonique (82 % contre 20 %) (Naurath et al., 1995)7.

Ces données ont des limites. Elles portent sur le sérum et non sur les urines, concernent des personnes âgées, datent des années 1990, et la supplémentation combinait trois vitamines, ce qui empêche d’attribuer l’effet à la seule B12. Cette fiche ne s’appuie sur aucune étude vérifiée chez l’adulte en bonne santé ou chez le sportif pour l’acide méthylcitrique urinaire. Le lien avec la biotine repose sur la biochimie de l’enzyme, pas sur une étude citée ici. Ce marqueur ne justifie donc, seul, aucune décision de complémentation.

Les analyses à associer

  • Acide méthylmalonique : le marqueur de référence de l’axe B12 ; sa hausse avec celle de l’acide méthylcitrique renforce l’hypothèse d’un blocage au même endroit.
  • Vitamine B12 : elle situe l’apport et le stock, mais ne reflète pas toujours l’état tissulaire.
  • Homocystéine : elle dépend aussi des folates et de la B6, ce qui aide à situer l’origine d’une anomalie.
  • Acide 3-hydroxyisovalérique : souvent lu comme un marqueur du statut en biotine.

À retenir

  • L’acide méthylcitrique s’accumule quand le métabolisme du propionate, qui dépend de la biotine et de la B12, est ralenti.
  • Dans les maladies héréditaires rares du propionate, c’est un marqueur diagnostique établi.
  • Chez l’adulte, il reste un indicateur secondaire et encore discuté du statut en B12 ; l’acide méthylmalonique et l’homocystéine sont plus solides.
  • Les repères sont propres à chaque laboratoire : lisez votre résultat avec ses normes.
  • Une valeur anormale est une piste à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic ni une raison de vous complémenter seul.

Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études[+]

Testez-vous 5 questions pour vérifier ce que vous avez retenu

Une question à la fois, la réponse expliquée tout de suite.

  1. 01Quand l'acide méthylcitrique urinaire monte, que signale-t-il surtout ?

  2. 02Quelles vitamines interviennent dans cette voie métabolique ?

  3. 03Peut-on comparer son résultat aux repères d'un autre laboratoire ?

  4. 04Un résultat isolé, un peu élevé, suffit-il à diagnostiquer une carence ?

  5. 05Un taux normal de vitamine B12 dans le sang exclut-il tout déficit tissulaire ?

Un proche attend ses résultats ?

Envoyez-lui cette fiche : ce qui peut fausser le chiffre.

Une analyse se lit avec votre médecin : cette fiche explique, elle ne remplace ni un diagnostic ni les normes de votre laboratoire.