Ce que mesure l’analyse
Cette analyse dose, dans les urines, l’acide 3-hydroxy-3-méthylglutarique, souvent abrégé HMG. Il provient de l’HMG-CoA, une molécule intermédiaire qui sert de carrefour à deux voies du métabolisme.
- La voie du mévalonate. L’enzyme HMG-CoA réductase transforme l’HMG-CoA en mévalonate, point de départ de la synthèse du cholestérol et de la chaîne latérale du coenzyme Q10. C’est cette enzyme que bloquent les statines.
- La voie des corps cétoniques et de la leucine. L’enzyme HMG-CoA lyase coupe l’HMG-CoA en acétoacétate et en acétyl-CoA. L’acétoacétate est un corps cétonique, un carburant que le foie fabrique surtout pendant le jeûne.
Le coenzyme Q10, ou ubiquinone, est une molécule de la chaîne respiratoire des mitochondries, les centrales énergétiques de la cellule. Il joue aussi un rôle d’antioxydant. L’organisme le fabrique lui-même.
Quand l’enzyme lyase fonctionne mal, l’HMG s’accumule dans les tissus et passe en grande quantité dans les urines, en même temps que le 3-méthylglutarate, le 3-méthylglutaconate et le 3-hydroxyisovalérate (Leipnitz et al., 2015)1. C’est l’usage le mieux établi de ce dosage.
Dans certains bilans fonctionnels, l’HMG urinaire est aussi présenté comme un reflet indirect de la voie de synthèse du coenzyme Q10. Ce lien n’est pas démontré : nous n’avons trouvé dans PubMed aucune étude validant l’HMG urinaire comme mesure du statut en coenzyme Q10.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement se fait dans les urines. Selon le laboratoire, il s’agit des premières urines du matin ou d’un échantillon pris à un autre moment. Suivez la consigne écrite qui accompagne le flacon, car elle varie d’un laboratoire à l’autre.
Avant le prélèvement, signalez au laboratoire vos médicaments, en particulier une statine, et vos compléments, notamment le coenzyme Q10. Un jeûne inhabituel, un effort très long ou une maladie aiguë dans les jours précédents sont aussi à noter : ils peuvent modifier le métabolisme des corps cétoniques.
La conservation compte, car certains acides organiques se dégradent. Les urines sont en général congelées ou transportées au froid. Respectez le délai et les conditions d’envoi demandés.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime le plus souvent en mmol/mol de créatinine. Rapporter la valeur à la créatinine corrige l’effet d’une urine plus ou moins diluée.
Il n’existe pas de seuil universel. Les profils d’acides organiques urinaires sont propres à chaque laboratoire, qui fixe ses normes selon sa méthode et la population de référence, souvent par tranche d’âge. Nous ne donnons donc aucun repère chiffré : seules les valeurs imprimées sur votre compte rendu s’appliquent.
Trois points aident à lire un résultat sans le surinterpréter :
- Une valeur isolée, légèrement hors norme, a peu de poids. Elle se confirme sur un nouveau prélèvement, dans des conditions habituelles.
- Un déficit en HMG-CoA lyase donne un profil net, avec plusieurs acides élevés en même temps, et un contexte clinique évocateur.
- Une valeur haute ne prouve pas un manque de coenzyme Q10. Pour le savoir, il faut un dosage direct de ce dernier et l’avis d’un médecin.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve de cette analyse est émergent. Il faut séparer trois questions.
Le diagnostic d’une maladie rare. Le déficit en HMG-CoA lyase fait partie des défauts de production des corps cétoniques. Il peut provoquer des crises d’hypoglycémie et des symptômes neurologiques, y compris à l’adolescence et à l’âge adulte (Fukao et al., 2014)2. Les formes de l’adulte restent exceptionnelles : lors de la description d’un cas découvert à 54 ans, seuls deux cas adultes avaient été rapportés auparavant (Boutouchent et al., 2021)3.
Les statines et le coenzyme Q10. Une méta-analyse de 12 essais randomisés, regroupant 1 776 participants, conclut que les statines font baisser le coenzyme Q10 circulant (Qu et al., 2018)4. Cette mesure porte sur le coenzyme Q10 dans le sang, pas sur l’HMG urinaire.
La supplémentation. Les résultats divergent. Une méta-analyse de 7 essais, portant sur 321 patients, ne retrouve aucun bénéfice du coenzyme Q10 sur les douleurs musculaires liées aux statines (Kennedy et al., 2020)5. Une autre, sur 7 essais et 389 patients, observe une baisse modeste de l’intensité de la douleur, avec des essais de petite taille et de courte durée (Kovacic et al., 2025)6. Les auteurs de cette dernière jugent eux-mêmes que des recherches supplémentaires sont nécessaires.
Ce qui n’est pas démontré. Qu’un HMG urinaire élevé ou bas signale un manque de coenzyme Q10, ou qu’il doive guider un complément, ne repose sur aucune étude que nous ayons pu vérifier. Cet acide reste un marqueur à lire avec prudence, dans le contexte clinique.
Les analyses à associer
- Le coenzyme Q10 sanguin, pour une mesure directe plutôt qu’un reflet indirect.
- L’acide 3-méthylglutaconique et l’acide 3-hydroxyisovalérique, dosés dans le même profil, qui précisent l’origine d’une anomalie.
- La créatine kinase, si des douleurs musculaires apparaissent sous statine ou après un effort intense.
Un profil d’acides organiques se lit dans son ensemble : un acide isolé a moins de valeur que la combinaison de plusieurs marqueurs.
À retenir
- L’HMG est un intermédiaire à la croisée de la synthèse du cholestérol et du coenzyme Q10, et de la production de corps cétoniques.
- Son usage établi est le repérage d’un déficit génétique rare en HMG-CoA lyase.
- Son rôle de marqueur du coenzyme Q10 n’est pas démontré par les études vérifiées.
- Chaque laboratoire a ses propres normes : n’utilisez que celles de votre compte rendu.
- Un résultat anormal se discute avec un médecin, sans changer de traitement ni de complément de votre propre initiative.
Sources éditoriales et fact-checking6 sources vérifiées3 études