Des millions de personnes en avalent chaque matin. Pour ralentir le vieillissement. Pour avoir plus d’énergie. Pour protéger le cerveau ou le cœur.
Ces compléments alimentaires à base de vitamine B3, on les retrouve partout : sur les réseaux sociaux, dans les podcasts santé, sur les étals des magasins bio. Leur promesse est simple : booster une molécule appelée NAD+ pour “recharger” les cellules.
Le problème, c’est qu’une étude scientifique publiée dans la revue Cancer Letters(1) vient de montrer quelque chose de très gênant.
Ces mêmes compléments pourraient aussi recharger les cellules cancéreuses. Et les rendre plus résistantes à la chimiothérapie.

Ce que sont vraiment ces compléments
Avant d’aller plus loin, il faut comprendre de quoi on parle.
Les compléments en question s’appellent NMN (nicotinamide mononucléotide), NR (nicotinamide riboside) et NAM (nicotinamide). Ce sont des dérivés de la vitamine B3. Leur rôle : augmenter les niveaux de NAD+ dans le corps.
Le NAD+ (nicotinamide adénine dinucléotide) est une molécule présente dans chaque cellule du corps. Elle est indispensable pour produire de l’énergie, réparer l’ADN et assurer le bon fonctionnement cellulaire. Avec l’âge, les niveaux de NAD+ baissent. D’où l’idée de les remonter avec des compléments.
Le souci, c’est que les cellules cancéreuses ont elles aussi un moteur. Et elles adorent le carburant.
L’étude qui change la donne
Des chercheurs de la Case Western Reserve University (États-Unis), dirigés par le professeur Jordan Winter, ont voulu savoir ce qui se passe quand on donne ces compléments à des cellules cancéreuses du pancréas.
Le cancer du pancréas est l’un des plus meurtriers. Le taux de survie à cinq ans n’est que de 13 %, selon l’American Cancer Society.
Ce qu’ils ont fait
L’équipe a testé les trois compléments (NMN, NR, NAM) sur des cellules cancéreuses pancréatiques en laboratoire, puis sur des souris porteuses de tumeurs. Les cellules ont ensuite été traitées avec trois médicaments de chimiothérapie couramment utilisés : l’oxaliplatine, le 5-fluorouracile et la gemcitabine.
Ce qu’ils ont trouvé
Les résultats sont clairs. Les compléments, et le NMN en particulier, ont protégé les cellules cancéreuses contre la chimiothérapie. Pas un peu. De manière significative.
Le mécanisme se résume en trois points :
- Les compléments ont boosté l’énergie des cellules cancéreuses en améliorant le fonctionnement de leurs mitochondries (les “centrales énergétiques” de la cellule), ce qui les a rendues plus résistantes ;
- Ils ont réduit le stress oxydatif dans les tumeurs, c’est-à-dire qu’ils ont neutralisé l’un des principaux mécanismes par lesquels la chimiothérapie détruit les cellules cancéreuses ;
- Ils ont freiné les dommages à l’ADN et bloqué l’apoptose (la mort programmée des cellules), soit exactement le processus sur lequel repose l’efficacité de la chimiothérapie ;
Autrement dit : la chimiothérapie essaie de tuer les cellules cancéreuses. Ces compléments leur donnent les outils pour résister.
Ce que ça veut dire concrètement
Il faut être précis ici, parce que c’est le genre d’information qui peut vite être mal interprétée.
L’étude ne dit pas que ces compléments provoquent le cancer. Elle ne dit pas non plus qu’ils sont dangereux pour les personnes en bonne santé.
Ce qu’elle montre, c’est que chez des personnes qui ont déjà un cancer, et surtout celles qui suivent une chimiothérapie, ces compléments pourraient réduire l’efficacité du traitement. Les cellules cancéreuses utilisent le NAD+ supplémentaire pour se renforcer, réparer leur ADN endommagé par la chimio et éviter de mourir.
Le professeur Winter le résume ainsi : ce n’est pas parce qu’un produit est “naturel” qu’il est sans risque, surtout dans le contexte complexe d’un traitement anticancéreux.
Ce qu’il faut retenir
Pour les personnes en bonne santé, pas de panique. Cette étude ne remet pas en cause l’utilisation des compléments de vitamine B3 dans un contexte normal.
En revanche, pour toute personne atteinte d’un cancer, ou suivant un traitement de chimiothérapie, la recommandation est claire : en parler immédiatement avec son oncologue. Ne pas arrêter un traitement seul, mais ne pas non plus continuer à prendre ces compléments sans avis médical.
Sur le même sujet
Sources éditoriales et fact-checking