Chaque année, des millions de personnes cherchent des solutions contre la chute de cheveux. Shampoings, compléments, traitements médicaux… L’industrie capillaire pèse des milliards. Mais une piste bien plus simple, et bien moins coûteuse, pourrait changer la donne. Elle se trouve peut-être dans le frigo.
Une revue systématique publiée dans la revue Nutrition and Health(1) vient de synthétiser 17 études portant sur plus de 61 000 participants. Son objectif : comprendre le lien entre alimentation et santé des cheveux. Les résultats pointent du doigt une habitude de consommation très répandue.
Mais avant d’en parler, il faut comprendre ce que la science dit réellement sur le sujet.

Ce que révèle la recherche sur les nutriments
La vitamine D, star de la santé capillaire
Parmi tous les nutriments étudiés, la vitamine D est celui qui revient le plus souvent dans la littérature scientifique. Cinq des 17 études analysées s’y intéressent directement.
Le constat est net : des niveaux plus élevés de vitamine D sont associés à une forme moins grave d’alopécie (c’est-à-dire une perte de cheveux partielle ou totale, qui peut toucher aussi bien les hommes que les femmes).
Le fer, un allié discret
Le fer joue aussi un rôle protecteur. Une supplémentation en fer a été associée à une amélioration de la croissance des cheveux dans plusieurs des études analysées.
À l’inverse, des carences en protéines étaient liées à une mauvaise santé capillaire. Le cheveu est constitué presque entièrement de kératine, une protéine. Sans apport suffisant, le follicule ne peut tout simplement pas fonctionner correctement.
Des carences multiples en cause
Pour l’alopécie androgénique (la forme la plus courante de calvitie chez l’homme et la femme), les chercheurs ont identifié un profil de carences multiples en micronutriments :
- Zinc, cuivre, magnésium et sélénium ;
- Vitamines B12, E, D ;
- Acide folique.
En clair : ce n’est pas un seul nutriment qui fait la différence, mais un ensemble de carences combinées qui accélère le processus.
L’alimentation qui protège (et celle qui ne protège pas)
Le soja et les crucifères
Les chercheurs ont aussi analysé l’effet de certains aliments. Deux d’entre eux se démarquent.
Les produits à base de soja, consommés à plus de 24 grammes par jour, sont associés à une diminution de la chute de cheveux. Même constat pour les légumes crucifères (brocoli, chou-fleur, chou) au-delà de 70,8 grammes par jour.
Ces aliments contiennent des isoflavones et des composés anti-inflammatoires qui favorisent la santé du follicule pileux.
L’alcool, un facteur aggravant
Deux des études incluses dans la revue ont mis en évidence un impact négatif de l’alcool sur la santé capillaire. La consommation d’alcool contribuerait à une augmentation de la chute de cheveux et à une dépigmentation prématurée (le grisonnement).
Et puis il y a les boissons sucrées
C’est le résultat le plus marquant de cette revue. Une consommation excessive de boissons sucrées est corrélée à une prévalence plus élevée de perte de cheveux. Le seuil identifié : plus de 3 500 millilitres par semaine. En clair, environ 3,5 litres de soda, jus de fruits sucré ou boisson énergétique par semaine.
Ce chiffre vient d’une étude chinoise de 2023, publiée dans la revue Nutrients, menée sur plus de 1 000 hommes âgés de 18 à 45 ans. Les participants atteints de calvitie consommaient en moyenne 4,3 litres de boissons sucrées par semaine, contre 2,5 litres pour ceux qui n’en souffraient pas. Presque le double.
Comment le sucre agit sur le cuir chevelu
Le mécanisme avancé par les chercheurs est le suivant. Une consommation importante de sucre augmente la glycémie (le taux de sucre dans le sang). Cette élévation active ce que les scientifiques appellent la “voie des polyols”, un processus biochimique qui convertit le glucose en fructose.
Quand cette voie est trop sollicitée, elle perturbe le métabolisme du follicule pileux.
Mais ce n’est pas tout. Le sucre en excès stimule aussi la sécrétion de sébum sur le cuir chevelu. Ce surplus de sébum favorise la prolifération de microbes à la surface de la peau. Le résultat : une irritation, une inflammation chronique et à terme, une accélération de la chute des cheveux.
En résumé, le mécanisme se décompose en trois étapes :
- Excès de sucre dans le sang, activation de la voie des polyols et perturbation du follicule ;
- Surproduction de sébum, prolifération microbienne sur le cuir chevelu ;
- Inflammation chronique et chute de cheveux accélérée.
Les limites à garder en tête
Avant de jeter tous les sodas à la poubelle, quelques nuances s’imposent.
La revue de 2025 compile des études observationnelles. Cela signifie qu’elle met en évidence des corrélations, pas des liens de cause à effet prouvés. L’étude chinoise de 2023 repose sur des données auto-déclarées (les participants remplissaient un questionnaire en ligne). Ce type de méthodologie comporte des biais.
Par ailleurs, les participants qui consomment beaucoup de boissons sucrées ont aussi tendance à consommer davantage de fritures, de sucreries et moins de légumes. Il est donc difficile d’isoler l’effet d’un seul facteur. Les auteurs de la revue le reconnaissent eux-mêmes : des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats.
Ce qu’il faut retenir
La science ne dit pas que boire un soda fait tomber les cheveux. Elle dit en revanche qu’une consommation régulière et élevée de boissons sucrées est associée à un risque accru de chute de cheveux, que des carences en vitamine D, fer et protéines aggravent le problème, et que certains aliments (soja, crucifères) pourraient au contraire protéger la santé capillaire.
Pour ceux qui cherchent à préserver leur chevelure, la réponse ne se trouve probablement pas dans un flacon de shampoing. Elle commence dans l’assiette.
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Sources éditoriales et fact-checking