Une étude scientifique(1) a testé ses effets sur la puissance musculaire. Résultat : les chercheurs ont observé une augmentation significative de la force produite. Avant de courir acheter des patchs à la pharmacie, lisez bien ce qui suit. Parce que la réalité est bien plus nuancée que le titre de cet article.

Un stimulant comme les autres ?
La caféine, tout le monde l’accepte. On en boit le matin, avant l’entraînement, parfois même pendant. C’est socialement normal. La nicotine, en revanche, traîne une réputation désastreuse. Et pour cause : elle est indissociable du tabac dans l’esprit collectif.
Pourtant, nicotine et tabac sont deux choses différentes. La nicotine est une molécule. Le tabac est un produit qui en contient, parmi des milliers d’autres substances nocives. Cette distinction est capitale pour comprendre la suite.
Ce que dit l’étude
Des chercheurs australiens (Johnston et al., 2018) ont voulu savoir si la nicotine, administrée seule et rapidement, pouvait doper la performance anaérobie. En clair : est-ce que ça aide à produire plus de puissance sur un effort court et intense ?
Le protocole
Seize hommes entraînés, non-fumeurs et n’ayant jamais consommé de nicotine, ont participé à l’expérience. On leur a fait passer un test de Wingate. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un effort maximal de 30 secondes sur un vélo avec une résistance élevée (7,5 % du poids de corps). Deux sprints de 30 secondes, séparés par 3 minutes de repos.
Chaque participant a réalisé le test deux fois : une fois avec une bandelette sublinguale contenant 5 mg de nicotine, une fois avec un placebo. Ni les participants ni les chercheurs ne savaient qui recevait quoi (protocole en double aveugle, croisé). Les bandelettes fondaient sous la langue et les sujets ne devaient pas avaler leur salive pendant la dissolution, pour éviter les problèmes digestifs.
Les résultats
Voici ce que les chercheurs ont observé après administration de nicotine :
- La puissance de pointe était significativement plus élevée sur les deux sprints ;
- La puissance moyenne était significativement plus élevée sur le premier sprint ;
- La fréquence cardiaque et la pression artérielle étaient plus élevées ;
- Le temps de réaction, l’effort perçu et le taux de lactate sanguin n’étaient pas différents du placebo.
Et un détail qui a surpris tout le monde : les effets secondaires ressentis après le test étaient plus faibles avec la nicotine qu’avec le placebo. En clair, les participants se sentaient mieux après un effort intense sous nicotine.
Pourquoi ça fonctionne (peut-être)
La nicotine stimule le système nerveux sympathique. C’est celui qui prépare le corps à l’action : le coeur bat plus vite, la pression artérielle monte, les muscles reçoivent plus de sang. C’est un effet comparable à celui de l’adrénaline, en plus léger.
Mais il y a autre chose. Le fait que les effets secondaires aient diminué après l’effort suggère un mécanisme central, au niveau du cerveau. La nicotine augmente l’activité dopaminergique dans le circuit de la récompense. En clair : elle pourrait réduire la perception de l’inconfort lié à l’effort. Vous pédalez à fond, mais votre cerveau encaisse mieux la douleur.
Avant de vous emballer
Un bilan scientifique très mitigé
Cette étude n’est pas la première à s’intéresser au sujet. Trois autres études ont mesuré l’effet de la nicotine sur la force, la puissance ou la performance anaérobie. Leurs résultats :
- Mündel et al. (2017)(2) : amélioration de la force des extenseurs de jambe avec 2 mg de gomme à mâcher nicotinée, mais aucun effet sur le saut vertical. Avec 4 mg, plus aucun effet positif ;
- Escher et al. (1998)(3) : des sportifs consommateurs réguliers de tabac à mâcher produisaient moins de force lorsqu’ils avaient consommé du tabac juste avant le test, par rapport à 12 heures d’abstinence ;
- Morente-Sánchez et al. (2015)(4) : aucune différence de performance avec du snus (10 mg de nicotine), mais des effets négatifs sur la fatigue mentale et la perception de préparation. Pire : la plupart des participants non-fumeurs ont abandonné l’étude à cause de nausées et vomissements.
Le score global est donc de 2 études positives, 1 négative et 1 neutre. On est loin d’un consensus.
Une fenêtre de dosage très étroite
Les données disponibles suggèrent qu’il existe un dosage optimal très restreint. Trop peu, rien ne se passe. Trop, les effets secondaires prennent le dessus et la performance se dégrade. L’amélioration a été observée avec 2 mg (gomme) et 5 mg (bandelette sublinguale). Avec 4 mg en gomme ou 10 mg en snus, les résultats étaient nuls ou négatifs.
La méthode de délivrance compte aussi. La vitesse d’absorption, la voie d’administration (sublinguale, orale, cutanée) et le risque d’ingestion accidentelle modifient tout. Un participant de l’étude qui avait oublié de ne pas avaler sa salive a vu ses performances chuter et ses effets secondaires exploser.
Le piège de l’addiction
Et c’est sans doute le point le plus important. La nicotine est une substance hautement addictive. Les gommes, patchs et bandelettes sont certes moins addictifs que la cigarette, mais le risque de dépendance reste réel.
Si une dépendance se développe, les doses consommées tendent à augmenter. Et si l’on dépasse la fenêtre de dosage efficace, l’effet bénéfique disparaît, voire s’inverse. On se retrouverait alors dépendant d’une substance qui dégrade la performance. Le contraire exact de ce que l’on cherchait.
À noter : les études(5) suggèrent que les femmes pourraient être plus vulnérables à la dépendance physique à la nicotine.
Alors, on prend de la nicotine avant l’entraînement ?
Non. Pas à ce stade.
Les résultats sont trop contradictoires. Aucune étude à long terme n’existe. On ne sait pas si l’effet persiste avec une utilisation régulière. On ne connaît pas l’impact chez les femmes. Et le risque d’addiction est bien documenté.
Si malgré tout vous vouliez expérimenter (ce qui n’est pas recommandé), les deux protocoles ayant montré un effet positif sont :
- Mâcher un chewing-gum nicotiné de 2 mg, 20 minutes avant l’effort ;
- Dissoudre une bandelette sublinguale de 5 mg sous la langue, sans avaler la salive, environ 7 minutes avant l’effort.
Mais encore une fois : l’état actuel de la recherche ne permet pas de recommander la nicotine comme aide ergogénique. Le jeu n’en vaut tout simplement pas la chandelle.
Autres compléments pour optimiser vos performances
Sources éditoriales et fact-checking