La fertilité masculine baisse. C’est un fait. Depuis plusieurs années, les études s’accumulent et pointent un déclin global de la qualité du sperme. Mais il y a un facteur auquel personne ne pense vraiment. Un facteur qui revient chaque année, de manière cyclique.
La saison.
Pas une saison en particulier. Le simple fait que les saisons existent pourrait suffire à modifier la capacité des spermatozoïdes à remplir leur mission. Et ce que les chercheurs viennent de découvrir remet en question plusieurs idées reçues.

Une étude sur plus de 15 000 hommes
Quand on parle de fertilité masculine, les études portent souvent sur quelques centaines de participants. Celle-ci joue dans une autre catégorie.
Publiée dans la revue Reproductive Biology and Endocrinology(1), cette recherche a été menée par des équipes de l’Université de Manchester, de l’université Queen’s et de Cryos International, l’une des plus grandes banques de sperme au monde.
Les scientifiques ont analysé 15 581 échantillons de sperme, prélevés entre 2018 et 2024. Les donneurs étaient âgés de 18 à 45 ans et résidaient dans deux zones géographiques très différentes : le Danemark (quatre villes) et la Floride (Orlando).
En clair : un climat tempéré avec des hivers froids d’un côté, un climat subtropical chaud toute l’année de l’autre. Le but était justement de comparer ces deux environnements pour isoler le rôle de la température.
Chaque échantillon a été analysé en moins d’une heure avec le même système informatisé (CASA), ce qui élimine les biais liés aux méthodes de laboratoire. Les chercheurs ont mesuré quatre paramètres :
- La concentration en spermatozoïdes ;
- Leur mobilité (la capacité à se déplacer efficacement vers l’ovule) ;
- Le volume de l’éjaculat ;
- Les températures extérieures au moment du prélèvement.
Le nombre ne bouge pas, mais la mobilité, si
Premier constat : la concentration totale de spermatozoïdes et le volume de l’éjaculat ne varient pas selon les mois de l’année. Autrement dit, les hommes produisent autant de spermatozoïdes en janvier qu’en juillet.
Mais il y a un piège.
Car produire beaucoup de spermatozoïdes ne suffit pas. Ce qui compte pour la fécondation, c’est la mobilité. En clair : la capacité du spermatozoïde à nager vite et dans la bonne direction pour atteindre l’ovule.
Et là, les résultats sont nets.
Le pic : juin et juillet
Les spermatozoïdes les plus rapides (appelés “grade a” dans le jargon médical, c’est-à-dire ceux qui avancent à plus de 25 micromètres par seconde) atteignent leur concentration maximale en juin et juillet. C’est vrai au Danemark. C’est vrai en Floride.
Le creux : décembre et janvier
À l’inverse, les niveaux les plus bas de mobilité rapide sont observés en plein hiver, entre décembre et janvier. Là encore, dans les deux pays.
Ce point mérite qu’on s’y arrête.
La chaleur n’explique pas tout
On sait depuis longtemps que les spermatozoïdes n’aiment pas la chaleur excessive. La spermatogenèse (le processus de fabrication des spermatozoïdes) dure environ 74 jours et se déroule dans les testicules, à une température inférieure à celle du reste du corps, autour de 34-35 °C. C’est d’ailleurs pour cela que les testicules sont situés à l’extérieur : le scrotum agit comme un système de régulation thermique naturel.
Quand il fait chaud, le scrotum se relâche pour éloigner les testicules du corps et dissiper la chaleur. Quand il fait froid, il se contracte pour les rapprocher et les réchauffer. Un homme sur cinq souffre par ailleurs de varicocèle (une dilatation des veines testiculaires) qui empêche cette régulation de fonctionner correctement, selon le groupe hospitalier Ambroise Paré-Hartmann. Ce problème peut aggraver l’effet de la chaleur sur la qualité du sperme.
Mais voilà le résultat qui change tout dans cette étude.
Si la température extérieure était le seul facteur en jeu, les variations saisonnières auraient dû être très différentes entre le Danemark et la Floride. En Floride, il fait chaud toute l’année. Pourtant, le schéma saisonnier est quasiment identique dans les deux pays.
Le Professeur Allan Pacey, de l’Université de Manchester et co-auteur de l’étude, le résume ainsi : les chercheurs ont été surpris par la similitude des schémas saisonniers observés dans deux climats complètement différents. Même en Floride, la mobilité des spermatozoïdes atteignait son maximum en été et diminuait en hiver.
Alors qu’est-ce qui joue vraiment ?
Si ce n’est pas (uniquement) la température, d’autres facteurs saisonniers pourraient intervenir :
- La durée d’exposition à la lumière du jour, qui varie selon les mois et influence de nombreux processus biologiques ;
- Les habitudes de vie (activité physique, alimentation, niveau de stress), qui changent souvent entre l’été et l’hiver ;
- L’exposition environnementale (pollution, polluants saisonniers).
L’étude ne tranche pas sur la cause exacte. Mais elle établit un fait solide : la mobilité des spermatozoïdes fluctue de manière cyclique, et cette fluctuation persiste même quand on corrige statistiquement l’effet de la température.
Ce que ça change pour ceux qui veulent concevoir
Ces résultats ne signifient pas qu’il faut impérativement planifier une grossesse en été. Les différences de mobilité restent des variations statistiques moyennes sur de grands groupes d’hommes.
Mais pour les couples en parcours de procréation médicalement assistée (PMA), ces données ont une implication concrète. Le Professeur Pacey le souligne : la saisonnalité devrait être prise en compte lors de l’évaluation de la qualité du sperme. Un spermogramme réalisé en décembre ne reflétera pas la même réalité qu’un spermogramme réalisé en juin.
Autre enseignement : la qualité du sperme varie aussi selon l’âge. Les meilleurs résultats en termes de mobilité sont observés chez les hommes entre 25 et 35 ans. Avant 25 ans et après 40 ans, la qualité diminue.
L’étude a aussi révélé un déclin net de la mobilité des spermatozoïdes au Danemark entre 2019 et 2022, possiblement lié aux changements de mode de vie pendant la période du COVID. Ce déclin semble s’inverser depuis 2023.
Ce qu’il faut retenir
La fertilité masculine n’est pas figée. Elle bouge avec les saisons, l’âge et le mode de vie. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas la chaleur en elle-même qui pose le plus de problèmes, mais un ensemble de facteurs saisonniers encore mal identifiés.
Pour résumer en quelques points :
- La concentration en spermatozoïdes reste stable toute l’année ;
- La mobilité rapide atteint son pic en juin-juillet et son creux en décembre-janvier ;
- Ce schéma est identique au Danemark et en Floride, malgré des climats très différents ;
- La température seule ne suffit pas à expliquer ces variations.
Pour les couples qui essaient de concevoir, cela rappelle surtout une chose : la fertilité masculine est un paramètre dynamique. Et il existe des leviers, même modestes, pour l’optimiser.
