Aller au contenu
Compléments alimentaires

HMB, leucine : ces compléments sont-ils vraiment utiles en musculation ?

Journaliste scientifiqueRelu et validé le 
Mettre Docteur Fitness en favori sur GoogleFavori sur Google
hmb leucine complements inutiles
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
Sommaire

Le HMB (bêta-hydroxy-bêta-méthylbutyrate) est un dérivé de la leucine. La leucine, c’est l’acide aminé le plus connu en musculation : celui qui déclenche la synthèse des protéines musculaires. Logiquement, ses métabolites devraient aussi fonctionner. C’est du moins ce que l’industrie des compléments alimentaires voudrait vous faire croire.

Pendant des années, plusieurs études ont vanté les mérites du HMB sous sa forme « free acid » (acide libre). Des gains de masse musculaire, des performances en hausse, le tout chez des pratiquants expérimentés. Des résultats qui semblaient presque trop beaux.

Et c’est exactement le problème.

La controverse scientifique

Ces études positives ont rapidement fait l’objet de critiques sévères de la part de la communauté scientifique. Financement, biais méthodologiques, suspicion de fraude : les accusations étaient lourdes. Plusieurs chercheurs en sciences du sport ont publiquement remis en cause la fiabilité de ces résultats.

Résultat : impossible de savoir si le HMB free acid fonctionnait réellement chez les pratiquants entraînés. Les données existantes étaient tout simplement inexploitables en l’état.

Il manquait une chose essentielle. Une réplication indépendante.

L’étude qui change la donne

C’est précisément ce qu’a fait l’équipe de Teixeira et collaborateurs, dans une étude publiée dans Medicine and Science in Sports and Exercise1. Leur protocole était solide :

  • 40 hommes entraînés (au moins un an de pratique) répartis en quatre groupes ;
  • Un essai en double aveugle, randomisé, contre placebo ;
  • Trois suppléments testés : le HMB calcium (forme classique), le HMB free acid (forme controversée) et le HICA (un autre métabolite de la leucine) ;
  • Huit semaines d’entraînement supervisé, trois séances par semaine, avec une périodisation linéaire.

Le programme d’entraînement incluait squat, soulevé de terre, développé couché, leg extension, développé militaire, tirage vertical et rowing assis. Toutes les séries étaient poussées jusqu’à l’échec concentrique. Les apports nutritionnels étaient contrôlés par des diététiciens : au minimum 45 kcal par kilo de masse maigre et 1,6 g de protéines par kilo de poids de corps.

En clair : les conditions étaient optimales pour détecter un éventuel bénéfice de la supplémentation.

Les résultats

Tous les groupes ont progressé. L’épaisseur musculaire du quadriceps a augmenté. Le 1RM au squat et au développé couché aussi. La puissance et la hauteur de saut se sont améliorées.

Mais entre les groupes ? Aucune différence significative.

Le groupe placebo a gagné 12 kg au développé couché et 25 kg au squat en huit semaines. Les groupes supplémentés ? Entre 9 et 13 kg au développé couché, entre 13 et 27 kg au squat. Aucune tendance claire en faveur d’un supplément.

Les marqueurs hormonaux (cortisol, hormone de croissance, IGF-1, créatine kinase) ont évolué de la même façon dans tous les groupes. Là non plus, aucune différence.

Pourquoi la réplication est capitale

En science, un résultat isolé ne prouve rien. C’est la base. Depuis une dizaine d’années, les chercheurs parlent même de « crise de la réplication » : de nombreuses études publiées ne se confirment pas quand on les reproduit. Les causes sont multiples : pression à publier, conflits d’intérêts, biais inconscients, parfois manipulation des données.

Le HMB free acid illustre parfaitement ce problème. Des résultats spectaculaires, mais jamais reproduits par des équipes indépendantes. Jusqu’à cette étude.

L’étude2 d’Asadi et collaborateurs (2017) avait certes montré quelques bénéfices modestes du HMB free acid, mais chez des sujets non entraînés. Or, on savait déjà que même le HMB calcium pouvait avoir un léger effet chez les débutants. Ce n’était donc pas une vraie réplication.

Le cas du HICA

Le HICA (acide alpha-hydroxyisocaproïque), aussi appelé acide leucique, est un autre dérivé de la leucine. Avant cette étude, une seule publication3 existait à son sujet : des joueurs de football ayant gagné plus de masse maigre avec le HICA qu’avec un placebo.

Un détail important : les détenteurs du brevet sur le HICA figuraient parmi les auteurs de cette étude. Ce n’est pas une preuve de fraude, mais c’est une raison supplémentaire pour exiger une réplication indépendante.

Cette réplication vient d’avoir lieu. Le verdict est sans appel : le HICA n’a produit aucun bénéfice mesurable chez des pratiquants entraînés.

Un détail à ne pas ignorer

Les participants de cette étude consommaient énormément de protéines, bien au-delà des recommandations habituelles. Avec un apport aussi élevé en leucine via l’alimentation, il est possible que la supplémentation en métabolites de leucine ait été tout simplement superflue.

Autrement dit : si vous mangez déjà suffisamment de protéines, ces compléments n’ont probablement aucune valeur ajoutée.

Ce qu’il faut retenir

Le HMB (calcium ou free acid) et le HICA ne produisent aucun effet mesurable chez les pratiquants entraînés qui s’alimentent correctement. Les seules situations où le HMB a montré un intérêt sont très spécifiques :

  • La sarcopénie (perte musculaire liée à l’âge) et l’alitement prolongé ;
  • Les débutants qui commencent la musculation ;
  • Les protocoles conçus pour provoquer des dommages musculaires extrêmes (comme des drop jumps combinés à de la course en descente).

Pour les pratiquants réguliers, l’argent dépensé dans ces compléments serait mieux investi dans une alimentation de qualité. Ou dans un bon steak.

Résumé en image

infographie hmb leucine complement inutiles
Partager cette infographie

À lire ensuite

Sur le même sujet

Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études[+]

Explorer les thèmes de l’article

Tous nos articles sur ces sujets, du plus récent au plus ancien.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Les informations de cet article sont données à titre informatif uniquement et ne remplacent pas l'avis d'un médecin. Si vous avez un problème de santé, nous vous invitons à consulter pour obtenir un avis médical personnalisé.

Suivez nos prochains articles

Les nouvelles études décryptées, directement dans votre fil Google ou sur WhatsApp.

Article suivant Le sel détruit la mémoire (mais pas celle de tout le monde) Lire l'article suivant