On nous a toujours dit que le gras bouchait les artères. Que le sel faisait grimper la tension. Que l’alcool fatiguait le coeur.
Tout ça est vrai. Mais il existe un autre facteur, bien plus massif, qui se cache dans presque la moitié de ce qu’on mange chaque jour. Et une étude scientifique vient d’y mettre un chiffre.
Un chiffre qu’on n’a probablement pas envie de connaître.

Table des matières
Ce que contient vraiment le placard
Avant d’en venir aux résultats, il faut comprendre de quoi on parle. Le terme “aliment ultra-transformé” est partout. Peu de gens savent ce qu’il signifie vraiment.
Transformé et ultra-transformé : pas la même chose
Un fromage, du pain de boulanger ou des tomates en conserve sont des aliments transformés. Rien de nouveau. L’humanité fait ça depuis des millénaires.
Un aliment ultra-transformé, c’est un produit fabriqué en usine à partir de substances absentes d’une cuisine normale : sucres raffinés, huiles modifiées, amidons et une ribambelle d’additifs (émulsifiants, colorants, arômes artificiels, épaississants…). Le tout est conçu pour coûter peu, durer longtemps en rayon et donner un goût qui pousse à en reprendre.
Un bon test pour les repérer : si la liste d’ingrédients contient des mots qu’on ne trouverait jamais dans un livre de recettes (sirop de glucose-fructose, maltodextrine, gomme de xanthane…), c’est un ultra-transformé.
Des exemples du quotidien
On en consomme souvent sans y penser :
- Les sodas et boissons sucrées ;
- Les plats préparés surgelés et le pain de mie industriel ;
- Les charcuteries sous vide (jambon, saucisses, nuggets…) ;
- Les céréales sucrées, barres chocolatées et chips.
43% de l’assiette
Devinez quelle part de l’alimentation quotidienne ces produits représentent dans un pays développé.
10% ? 20% ? 30% ?
Non. 43%.
Au Canada, les ultra-transformés fournissent 43,4% de l’apport calorique des adultes. Presque la moitié de tout ce qui est mangé chaque jour sort d’une usine. Ce n’est pas un cas isolé. En France, aux États-Unis ou au Royaume-Uni, les proportions sont similaires.
Les plus gros consommateurs ? Les jeunes hommes de 20 à 24 ans (près de 49% de leurs calories) et les femmes de plus de 80 ans. Ceux qui auraient le plus besoin que leur coeur tienne sont exactement ceux qui mangent le plus de ces produits.
L’étude
Une équipe de l’Université de Montréal, dirigée par le Dr Virginie Hamel et le Dr Jean-Claude Moubarac, a publié ses travaux dans l’American Journal of Preventive Medicine(1). C’est une des revues les plus respectées en médecine préventive. Pas un blog. Pas un post Facebook.
L’étude a été présentée au Congrès International sur l’Obésité 2026 (ICO 2026), organisé par la World Obesity Federation à Mexico du 15 au 17 juillet. Financée par la Fondation des maladies du coeur et de l’AVC du Canada, elle croise les données alimentaires nationales, les statistiques de mortalité cardiovasculaire et les niveaux de risque issus de cohortes françaises, italiennes et américaines.
Ce qu’il faut savoir avant de lire la suite
Un AVC (accident vasculaire cérébral), c’est quand un vaisseau sanguin du cerveau se bouche ou éclate. Le cerveau ne reçoit plus d’oxygène. Les cellules meurent en quelques minutes. Ceux qui survivent gardent souvent des séquelles lourdes : paralysie, troubles de la parole, perte de mémoire…
Une maladie coronarienne, c’est quand les artères qui alimentent le coeur se bouchent progressivement à cause de dépôts de graisse. Quand le bouchage est total : c’est l’infarctus, la “crise cardiaque”.
Les résultats
Les maladies cardiovasculaires représentent 25% de tous les décès au Canada chaque année. On savait que l’alimentation jouait un rôle. Ce qu’on ne savait pas, c’est à quel point les ultra-transformés pesaient dans la balance.
Voilà ce que l’étude a trouvé.
La consommation d’aliments ultra-transformés serait responsable de :
- 23% à 38% de tous les nouveaux cas de maladies cardiovasculaires par an ;
- 23% à 38% de tous les décès cardiovasculaires ;
- 58 200 à 96 000 nouveaux cas par an (maladies coronariennes et AVC combinés) ;
- 10 600 à 17 400 morts par an, uniquement au Canada.
En clair : jusqu’à une mort cardiovasculaire sur trois est liée à ce qui sort des usines agroalimentaires.
Parmi ces décès, 67% sont dus à des maladies coronariennes. Et 52% touchent des hommes.
Ce qui changerait si on mangeait mieux
Les chercheurs ne se sont pas arrêtés au constat. Ils ont simulé l’impact d’une réduction de la consommation. Et les résultats donnent de l’espoir.
Avec 20% d’ultra-transformés en moins
- 16 800 nouveaux cas évités par an ;
- 3 100 décès en moins ;
- 67 800 années de vie en bonne santé sauvées.
Avec 50% en moins
- 45 900 cas évités ;
- 8 300 décès en moins ;
- 185 200 années de vie en bonne santé sauvées.
Et dans l’autre sens ? Si la consommation augmentait de 50%, on ajouterait 20 000 cas et 3 500 morts supplémentaires chaque année. Rien que ça.
Pourquoi rien ne bouge
Certains pays ont pourtant montré que des mesures simples fonctionnent. Au Chili, des étiquettes d’avertissement sur les emballages ont fait baisser les achats d’aliments trop caloriques d’environ 25%. Au Mexique, une taxe de 10% sur les boissons sucrées a réduit la consommation de 6,3%.
Mais ailleurs ? Presque rien.
Les auteurs de l’étude sont directs : “L’éducation nutritionnelle et le conseil individuel restent des composantes importantes, mais leur impact est limité sans un soutien structurel et politique plus large.”
Il faudrait des taxes sur les ultra-transformés, un étiquetage lisible en face avant des emballages, des restrictions de publicité (surtout envers les enfants) et des normes de reformulation obligatoires. Quand l’industrie agroalimentaire pèse des milliards, on comprend mieux pourquoi ces mesures avancent si lentement.
Et pour nous ?
L’étude porte sur le Canada, mais les chercheurs le précisent eux-mêmes : les résultats sont applicables à tous les pays à revenus élevés où la consommation d’ultra-transformés est comparable (France, États-Unis, Royaume-Uni…).
Et cette étude ne couvre que les maladies cardiovasculaires. D’autres travaux ont déjà associé les ultra-transformés au cancer, au diabète de type 2, à la dépression et aux troubles digestifs. Le bilan réel est donc probablement bien pire.
La prochaine fois qu’on attrape un plat préparé en se disant “c’est juste pour ce soir” : 38%.
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Sources éditoriales et fact-checking
