Des millions de personnes le prennent chaque matin. Un comprimé. Blanc. Contre le diabète. Sauf que ce médicament cache peut-être autre chose. Une équipe de chercheurs néo-zélandais vient de publier une revue scientifique colossale. 2,25 millions de patients analysés. Et dans les résultats, une surprise que personne n’avait anticipée.
On y revient. Mais d’abord, il faut comprendre le vrai problème.

Table des matières
Le vieillissement, cet ennemi silencieux
Maladies cardiovasculaires. Démence. Cancer.
Ces trois pathologies sont les premières causes de mortalité chez les personnes âgées dans le monde. La médecine les traite séparément. Comme si elles n’avaient aucun lien entre elles.
Pourtant, elles partagent une origine commune : le vieillissement des cellules. Avec l’âge, les cellules accumulent des dommages, fonctionnent moins bien et une inflammation chronique (une réaction immunitaire de bas grade permanente) s’installe. C’est cette inflammation qui ouvre la porte aux maladies du vieillissement.
Certains chercheurs ne se battent plus contre ces maladies une par une. Leur objectif : ralentir le processus de vieillissement lui-même. Ce domaine de recherche s’appelle la sénolytique. En clair, il s’agit de développer des molécules capables de retarder ou d’inverser certains mécanismes liés à l’âge.
Et il existe un candidat sérieux. Il est en vente en pharmacie depuis des décennies.
La metformine, ce médicament banal que personne ne regardait
Pour ceux qui ne connaissent pas : la metformine est le traitement numéro un du diabète de type 2 dans le monde. En version simple, elle aide le corps à mieux utiliser l’insuline (l’hormone qui gère le sucre dans le sang) et fait baisser la glycémie.
Rien de spectaculaire. En apparence.
Mais depuis quelques années, les scientifiques observent un phénomène étrange. Les patients diabétiques sous metformine semblent mieux vieillir que les autres. Moins de problèmes cardiaques. Moins de déclin cognitif.
Coïncidence ? Effet réel ? C’est justement la question que s’est posée une équipe de l’Université d’Otago, en Nouvelle-Zélande.
2,25 millions de patients passés au crible
Le Professeur associé Yoram Barak (département de médecine psychologique, Université d’Otago) et son équipe ont épluché la littérature scientifique publiée entre 2016 et 2021 dans les bases Medline, Embase et Scopus.
130 articles examinés. 27 retenus après un filtrage strict. Les données de 2,25 millions de patients diabétiques de type 2 prenant de la metformine ont été compilées.
Cette revue systématique, publiée dans la revue Rejuvenation Research(1), couvrait quatre domaines :
- La mortalité toutes causes confondues (5 études) ;
- Le cancer (17 études) ;
- Les maladies cardiovasculaires (3 études) ;
- La démence (4 études).
Ce qu’il faut savoir sur la méthode
Toutes les études retenues sont des cohortes observationnelles, c’est-à-dire des groupes de patients suivis dans le temps. Aucun essai contrôlé randomisé (considéré comme le plus haut niveau de preuve en médecine) n’a pu être inclus.
En clair : les résultats montrent des associations entre la prise de metformine et certains bénéfices pour la santé. Mais ils ne prouvent pas de lien direct de cause à effet. Les 27 études ont toutefois obtenu des scores élevés (6 à 9 sur 9) sur l’échelle de Newcastle-Ottawa, un outil de référence pour évaluer la fiabilité des études observationnelles.
Moins de risques de mourir, de perdre la tête ou de faire un infarctus
Trois résultats étaient attendus :
- Risque réduit de décès toutes causes confondues ;
- Moins de maladies cardiovasculaires ;
- Risque plus faible de développer une démence.
La metformine semble avoir un effet protecteur qui va bien au-delà du contrôle de la glycémie. Ce n’est pas nouveau. Des revues antérieures avaient déjà pointé dans cette direction.
Mais ce n’est pas pour ces résultats que cette étude fait parler d’elle.
La découverte que personne n’attendait
C’est sur le cancer que l’analyse a réservé sa surprise.
Pour la plupart des types de cancers, les résultats restent mitigés. Les effets varient selon le type de tumeur. L’hétérogénéité des données a même empêché les chercheurs de réaliser une méta-analyse (une analyse statistique combinant toutes les études pour obtenir un résultat global).
Sauf pour un cancer en particulier.
La metformine est associée à une réduction du risque de cancer de la prostate. C’est la première fois qu’une revue systématique de cette ampleur met ce lien en évidence.
“La metformine a fait l’objet de nombreuses recherches en tant que médicament anti-vieillissement, mais notre analyse est enthousiasmante : le rôle de la metformine dans la réduction des taux de cancer avait déjà été proposé, mais jamais en lien avec le cancer de la prostate”, explique Yoram Barak. “C’est un bénéfice inattendu.”
Faut-il se ruer en pharmacie ?
Non. Le chercheur est catégorique.
“Il est trop tôt pour justifier l’utilisation de la metformine chez des personnes non diabétiques”, précise Barak.
En revanche, pour les hommes atteints de diabète de type 2, il considère que la metformine devrait être systématiquement intégrée dans la prise en charge. Ce n’est plus seulement un antidiabétique : c’est potentiellement un outil de prévention.
Ce que cette revue ne dit pas
Il serait tentant de conclure que la metformine est un médicament miracle. Ce n’est pas le cas. Trois limites :
- Aucun essai randomisé contrôlé n’a été inclus, ce qui interdit d’établir un lien de causalité ;
- L’hétérogénéité des données a empêché de combiner statistiquement les résultats ;
- Les effets sur les cancers autres que celui de la prostate restent non concluants.
Les signaux sont là. Mais il faudra des essais cliniques de grande envergure pour transformer ces observations en recommandations médicales.
Préparer un monde qui vieillit
Barak appelle à davantage d’investissements dans la recherche sur le vieillissement. La Nouvelle-Zélande, selon les projections de l’OMS, deviendra une “société vieillissante” d’ici la fin des années 2030.
“Nous espérons que nos recherches amélioreront la qualité de vie des personnes âgées”, conclut le chercheur.
La question a changé. Il ne s’agit plus de savoir si la metformine a des effets au-delà du diabète. Les données sont là.
La vraie question : jusqu’où ces effets peuvent-ils aller ?
Résumé en image

Sur le même sujet
Sources éditoriales et fact-checking
