Dans une avancée médicale prometteuse, des chercheurs de l’Université de Cambridge ont découvert qu’un médicament largement utilisé pour traiter le diabète, la metformine, pourrait empêcher une forme de leucémie myéloïde aiguë (LMA) chez les personnes à haut risque. Cette découverte, publiée dans la prestigieuse revue scientifique Nature, ouvre de nouvelles perspectives pour la prévention de ce cancer du sang agressif.
La leucémie myéloïde aiguë, un défi médical majeur
La LMA est un type de cancer du sang particulièrement difficile à traiter. Chaque année, environ 3 100 personnes reçoivent un diagnostic de LMA au Royaume-Uni. Grâce aux progrès récents, il est maintenant possible d’identifier les personnes à haut risque plusieurs années à l’avance à l’aide de tests sanguins et d’analyses de l’ADN sanguin. Cependant, il n’existe actuellement aucun traitement approprié pour empêcher ces personnes de développer la maladie.
Une cible thérapeutique identifiée : les mutations du gène DNMT3A
L’étude(1), dirigée par le professeur George Vassiliou et ses collègues, s’est concentrée sur la mutation génétique la plus fréquente dans la LMA, qui affecte un gène appelé DNMT3A. Cette mutation est responsable de 10 à 15 % des cas de LMA.
Les chercheurs ont examiné des cellules souches sanguines de souris présentant les mêmes modifications du gène DNMT3A que celles observées dans les cellules précancéreuses humaines. À l’aide d’une technique de criblage génétique à l’échelle du génome, ils ont montré que ces cellules dépendent davantage du métabolisme mitochondrial que les cellules saines, ce qui en fait un point faible potentiel.
La metformine, un espoir pour la prévention de la LMA
La metformine est un médicament courant, abordable et sûr, utilisé depuis des décennies pour traiter le diabète de type 2. Son mécanisme d’action implique la modulation du métabolisme mitochondrial.
Dans cette étude, l’administration de metformine à des souris a considérablement ralenti la croissance des cellules sanguines porteuses de la mutation DNMT3A. Cet effet a été reproduit en utilisant un échantillon de sang humain présentant la même mutation.
De plus, l’analyse des données de plus de 412 000 participants à la UK Biobank a révélé que les personnes prenant de la metformine présentaient une prévalence nettement plus faible de la mutation DNMT3A, même après avoir pris en compte des facteurs confondants potentiels tels que l’hémoglobine glyquée, le diabète et l’indice de masse corporelle.
Perspectives et prochaines étapes
Ces résultats prometteurs suggèrent que la modulation du métabolisme mitochondrial pourrait être une stratégie thérapeutique pour la prévention de la LMA liée à la mutation DNMT3A. La prochaine étape consistera à mener des essais cliniques pour tester l’efficacité de la metformine chez les personnes présentant un risque élevé de développer cette maladie.
Le professeur Brian Huntly, coauteur de l’étude, souligne l’intérêt de réutiliser des médicaments sûrs et largement disponibles comme la metformine : « La faible toxicité de la metformine sera un avantage majeur car elle est déjà utilisée par des millions de personnes dans le monde avec un profil d’innocuité bien établi. »
Si ces résultats se confirment chez l’homme, cette stratégie de prévention pourrait avoir un impact majeur en sauvant des vies et en allégeant le fardeau des traitements lourds pour les patients atteints de LMA. La réutilisation de médicaments existants comme la metformine pourrait également accélérer considérablement la mise à disposition de nouvelles thérapies préventives pour les patients.
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Sources éditoriales et fact-checking