Il est dans des millions d’armoires à pharmacie. Il coûte presque rien. Il existe depuis plus de soixante ans. Et pourtant, personne ne le regardait pour ça.
Depuis le début de la pandémie, la course aux traitements s’est concentrée sur des molécules récentes, brevetées, parfois vendues très cher. Pendant ce temps, un vieux médicament avalé chaque jour par des centaines de millions de diabétiques attendait dans l’ombre. Des chercheurs ont décidé de le tester contre le COVID. Les résultats viennent d’être réunis dans une grande revue médicale, et ils posent une question simple : et si la solution était déjà sur la table depuis le départ ?
Avant de vous donner les chiffres, prenons deux minutes pour comprendre de quoi on parle.

Table des matières
Le COVID long, ce mal qui ne veut pas partir
Pour beaucoup, le COVID dure quelques jours. Pour d’autres, il ne s’arrête jamais vraiment.
Fatigue qui colle à la peau, souffle court, troubles de la mémoire (ce que les patients appellent le “brouillard mental”), douleurs diffuses : ces symptômes peuvent s’installer pendant des mois après l’infection. C’est ce qu’on appelle le COVID long, ou en langage médical le “post-COVID condition”.
Le problème : il n’existe presque aucun traitement pour l’éviter. On sait soigner la phase aiguë, celle des premiers jours. On sait beaucoup moins empêcher la suite.
C’est exactement là que cette histoire devient intéressante.
Quatre études, une seule direction
Deux chercheurs de l’université du Minnesota, Carolyn Bramante et David Boulware, ont fait le point dans la revue Clinical Infectious Diseases(1). Leur conclusion s’appuie sur quatre travaux qui pointent tous dans le même sens.
Deux d’entre eux sont des essais cliniques randomisés. C’est le format le plus solide en médecine : on tire au sort les participants entre le vrai médicament et un placebo (un comprimé sans effet), et personne ne sait qui reçoit quoi. Cela évite de se tromper en confondant hasard et vrai effet.
Les deux autres sont des analyses de dossiers médicaux portant sur des dizaines de milliers de patients.
Le point commun de ces études mérite d’être souligné, car il répond d’avance à beaucoup d’objections. Elles ont inclus des profils très variés :
- Des adultes vaccinés et non vaccinés ;
- Des personnes déjà infectées par le passé ;
- Des profils jugés à risque faible, moyen et élevé ;
- Des femmes enceintes ou allaitantes.
Toutes ont été menées après l’arrivée du variant Omicron, celui qui circule encore aujourd’hui. Autrement dit : on n’est pas en train de parler d’un virus d’il y a cinq ans.
Pourquoi aller chercher un médicament contre le diabète ?
La question est légitime. Soigner une infection virale avec un traitement du diabète, cela peut sembler étrange.
En réalité, l’idée est plus ancienne qu’on ne le croit. Les premiers médicaments de cette famille, les biguanides, ont d’abord été étudiés contre des virus et contre le paludisme. Ce n’est que plus tard qu’ils ont trouvé leur place dans le traitement du diabète. Et depuis les années 2000, des laboratoires ont remarqué que ce médicament agissait aussi sur l’inflammation et sur certains virus en éprouvette.
Son nom : la metformine.
Peu coûteuse, disponible partout, bien tolérée, sans surveillance lourde pour une cure courte : sur le papier, elle cochait beaucoup de cases. Restait à le prouver chez de vrais patients. C’est tout l’objet des essais qui suivent.
Les chiffres, enfin
Voici ce que les chercheurs ont mesuré.
Dans l’essai COVID-OUT, les patients ayant reçu de la metformine au moment de l’infection ont vu leur risque de COVID long baisser de 41 % sur dix mois de suivi. En langage statistique, cela correspond à un “rapport de risque” de 0,59 (un chiffre inférieur à 1 signifie un bénéfice).
Mieux : chez les personnes qui ont commencé le traitement très tôt, dans les trois jours suivant les premiers symptômes, la baisse atteignait 63 %.
Un second essai, appelé ACTIV-6, a refait le test contre placebo. Résultat dans la même fourchette : le risque de COVID long était réduit d’environ moitié (rapport de risque de 0,50). Les analyses de dossiers médicaux ont confirmé la tendance, avec une réduction de l’ordre de 53 % (rapport de risque de 0,47).
Et l’effet ne s’arrête pas au COVID long. Un essai plus petit, centré sur la quantité de virus dans l’organisme, a montré que la metformine faisait chuter la charge virale plus vite que le placebo :
- 93,2 % de virus en moins avec la metformine, contre 78,3 % avec le placebo ;
- Un délai moyen de 3,3 jours pour rendre le virus indétectable, contre 5,6 jours sous placebo.
En clair : non seulement le risque de séquelles diminue, mais le corps semble se débarrasser du virus plus rapidement.
Un protocole simple et peu de risques
Le traitement testé n’a rien de compliqué. Il s’agit de comprimés de metformine à libération immédiate, sur environ deux semaines, avec une dose qui monte progressivement (500 mg le premier jour, puis 500 mg matin et soir, puis une dose un peu plus forte le soir). Au total, 36 comprimés.
Côté sécurité, c’est l’autre bonne nouvelle. Les auteurs ne rapportent pas d’effets digestifs marquants ni de problème particulier. Les épisodes de baisse de sucre dans le sang (hypoglycémie) ont été rares, et même un peu moins fréquents dans le groupe metformine que dans le groupe placebo. Enfin, ce médicament peut se combiner avec les traitements déjà recommandés contre le COVID, sans interaction qui l’empêche.
Ce que cette étude ne dit pas
Un point d’honnêteté s’impose, car il sépare une information sérieuse d’un titre racoleur.
D’abord, le texte publié est un éditorial, c’est-à-dire une prise de position de chercheurs (qui ont d’ailleurs participé à ces essais) appelant à inscrire la metformine dans les recommandations officielles. Ce n’est pas encore le cas. Tant que les autorités de santé ne l’ont pas validée pour cet usage, la metformine n’est pas un traitement officiel du COVID long.
Ensuite, dans les deux essais, le COVID long était ce qu’on appelle un critère secondaire : un résultat suivi en plus de l’objectif principal. C’est solide, mais cela demande à être confirmé encore.
Enfin, et c’est le plus important : il ne faut surtout pas se procurer ce médicament seul. La metformine reste un médicament sur ordonnance. La décision revient à un médecin, et à lui seul.
En résumé
Deux essais randomisés et deux grandes analyses de dossiers vont dans le même sens : pris dès le début de l’infection, ce vieux traitement du diabète réduit nettement le risque de garder des séquelles. À quelques centimes le comprimé, l’argument est difficile à ignorer. Reste désormais aux autorités de santé à trancher.
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Sources éditoriales et fact-checking