200 millions de personnes dans le monde sont touchées par une maladie qui détruit la vision. Lentement. Sans bruit. Sans douleur, au début.
La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est la première cause de cécité chez les plus de 50 ans dans les pays occidentaux. Pour la forme la plus grave, celle dite “humide” ou néovasculaire, les traitements actuels existent. Mais ils coûtent cher, nécessitent des injections répétées directement dans l’œil et ne restaurent pas la vision perdue.
Et si une solution existait déjà… dans l’armoire à pharmacie de millions de diabétiques ?

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Un médicament vieux de 60 ans sous les projecteurs
La metformine. Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Ce comprimé prescrit depuis les années 1960 pour le diabète de type 2 est l’un des médicaments les plus utilisés au monde. Peu coûteux, bien toléré, largement disponible.
Depuis quelques années, des chercheurs lui découvrent des propriétés qui dépassent largement le contrôle de la glycémie : effets anti-inflammatoires, antioxydants et même anti-angiogéniques (c’est-à-dire capables de freiner la croissance de vaisseaux sanguins anormaux).
C’est justement cette dernière propriété qui intéresse les ophtalmologistes. Car la forme néovasculaire de la DMLA se caractérise par la pousse de vaisseaux sanguins anormaux sous la rétine. Ces vaisseaux fuient, saignent et détruisent la macula, cette zone de l’œil responsable de la vision centrale : celle qui permet de lire, de conduire, de reconnaître un visage.
Ce que disent les nouvelles études
L’étude de l’Université de Chicago
Une équipe dirigée par le Dr Jason F. Xiao a analysé des données médicales collectées entre 2008 et 2017(1). Plus de 22 000 patients ayant développé une DMLA néovasculaire ont été comparés à un nombre équivalent de patients sans la maladie.
Résultat : les utilisateurs de metformine présentaient un risque réduit de 16 % de développer cette forme grave de DMLA (odds ratio ajusté : 0,84).
L’effet protecteur était le plus marqué à des doses cumulées intermédiaires (entre 271 et 600 grammes sur la période étudiée), avec une réduction du risque atteignant 27 % dans cette tranche (odds ratio : 0,73).
Chez les patients diabétiques sans rétinopathie (c’est-à-dire sans dommage oculaire lié au diabète), l’association protectrice était encore plus nette : un risque diminué de 21 % (odds ratio : 0,79). En revanche, chez ceux qui présentaient déjà une rétinopathie diabétique, aucun effet protecteur n’a été observé.
En clair : la metformine semble plus efficace avant que les dégâts oculaires ne s’installent.
L’étude de l’Université de Californie
Un second travail, publié dans la même revue Ophthalmology Retina(2), apporte un éclairage complémentaire. L’équipe du Dr Jay M. Stewart (Université de Californie, San Francisco) a utilisé la base de données TriNetX pour analyser le rôle de la durée du traitement.
Après appariement par score de propension (une méthode statistique qui permet de comparer des groupes comparables), 7 496 patients diabétiques ont été inclus. Parmi eux, 3 748 prenaient de la metformine depuis au moins 5 ans consécutifs.
Les résultats :
- La DMLA est apparue chez 3,3 % des utilisateurs de metformine, contre 4,9 % chez les non-utilisateurs ;
- Le risque global de développer une DMLA était réduit de 32 % (HR : 0,68) ;
- Pour la forme sèche, la réduction atteignait 31 % (HR : 0,69) ;
- L’effet protecteur devenait plus net à partir de 6 années consécutives de traitement. En dessous de 4 ans, l’association était plus faible.
Autrement dit : plus le traitement dure longtemps, plus la protection semble forte.
Ce que confirme la méta-analyse
Une méta-analyse récente(3) a compilé 18 études portant sur plus de 2,6 millions de personnes. Le résultat global montre une réduction significative du risque de DMLA chez les utilisateurs de metformine (odds ratio : 0,86, intervalle de confiance à 95 % : 0,79 à 0,93).
L’association était présente aussi bien chez les diabétiques (OR : 0,89) que chez les non-diabétiques (OR : 0,70), même si ce dernier chiffre repose sur seulement deux études.
Un détail important : lorsque les chercheurs ont analysé la progression de la maladie (et non son apparition), aucune association significative n’a été trouvée (HR : 0,82, intervalle de confiance : 0,55 à 1,23). La metformine semble donc agir en prévention, pas en traitement d’une DMLA déjà installée.
Pourquoi la metformine pourrait protéger les yeux
Les mécanismes biologiques avancés par les chercheurs sont multiples :
- Elle active une enzyme clé (l’AMPK) qui régule le métabolisme cellulaire et réduit les dommages liés au stress oxydatif ;
- Elle bloque des voies inflammatoires impliquées dans la dégradation de la rétine (notamment la voie NF-κB) ;
- Elle diminue les taux de VEGF, une protéine qui stimule la croissance des vaisseaux sanguins anormaux sous la rétine.
En clair : la metformine agit sur les trois mécanismes principaux de la DMLA. Stress oxydatif, inflammation chronique et néovascularisation.
Ce qu’il faut retenir (et ce qu’il ne faut pas)
Ces études sont prometteuses. Mais ce sont des études observationnelles rétrospectives. Elles montrent une association, pas une relation de cause à effet.
Les auteurs des deux études le reconnaissent eux-mêmes. Des essais cliniques randomisés (où les participants sont répartis au hasard entre un groupe traité et un groupe placebo) sont nécessaires pour confirmer ces résultats.
Autre limite : les deux études reposent sur des bases de données administratives. L’observance réelle des patients (ont-ils pris leur traitement comme prescrit ?) n’est pas vérifiable.
Malgré ces réserves, le profil de la metformine, peu coûteuse et bien tolérée, en fait une candidate sérieuse pour de futurs essais de prévention.
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