Un supplément vendu pour la peau, les cheveux et les ongles pourrait avoir un effet bien plus profond que prévu. Pas sur l’apparence. Sur le squelette.
Une étude publiée dans la revue Frontiers in Nutrition(1) vient de tester les peptides de collagène sur des coureuses de fond. Les résultats méritent qu’on s’y arrête.
Mais avant d’en parler, il faut comprendre un problème que la plupart des sportives ignorent.

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Les chiffres qui font mal
Entre 30 et 60 % des coureuses de compétition rapportent au moins une fracture de stress dans leur carrière. Chaque année, jusqu’à 20 % d’entre elles en développent une. Le risque est environ deux fois plus élevé que chez les hommes.
La course de fond impose à chaque foulée un stress mécanique répétitif. Les os encaissent des micro-dommages. C’est prévu : le corps sait les réparer. Mais quand la destruction dépasse la reconstruction, les ennuis commencent.
Deux types de cellules, un équilibre fragile
Le squelette n’est pas une structure figée. Il se renouvelle en permanence grâce à deux acteurs :
- Les ostéoclastes : les “démolisseurs”, qui retirent l’os abîmé ;
- Les ostéoblastes : les “maçons”, qui fabriquent de l’os neuf.
Quand l’équilibre tient, la réparation compense les dégâts. Chez les coureuses en déficit calorique (parfois sans le savoir), les maçons manquent de matériaux. La dégradation l’emporte.
Pourquoi les femmes sont encore plus exposées
Chez les femmes, un déficit énergétique fait aussi chuter les niveaux d’oestrogène et de progestérone. Ces hormones sont essentielles au remodelage osseux.
Moins d’hormones, plus de destruction, moins de construction.
Jennifer Fields, chercheuse en sciences nutritionnelles à l’Université du Connecticut et responsable de l’étude, résume : “On associe souvent la course à quelque chose de mauvais pour les os parce que les coureurs ont un risque plus élevé de blessures liées au stress. Mais la plupart du temps, c’est simplement dû au fait qu’ils ne donnent pas assez de calories à leur corps pour soutenir l’entraînement, la récupération et l’adaptation.”
90 % de la masse osseuse se forme avant 18 ans
Voilà un fait que peu de gens connaissent. La quasi-totalité du capital osseux se construit avant l’âge adulte. Les 10 % restants se mettent en place avant 30 ans.
Pourtant, la densité osseuse n’est en général vérifiée qu’après la ménopause.
En clair : quand on s’en préoccupe, la fenêtre de construction est déjà fermée.
“Si on peut cibler la population préménopausée et identifier les individus à risque, on peut potentiellement inverser la tendance et prévenir l’ostéopénie et l’ostéoporose précoces”, explique Fields.
L’étude : 22 coureuses, 28 jours, 20 g de collagène
Des chercheurs de l’Université du Connecticut ont mené un essai clinique pilote pour mesurer l’effet des peptides de collagène sur le métabolisme osseux des coureuses. Voici le protocole :
- Essai randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo, sur 22 coureuses préménopausées (18-35 ans, minimum 56 km/semaine) ;
- Groupe intervention : 20 g de peptides de collagène par jour ;
- Groupe contrôle : 20 g de maltodextrine (placebo isocalorique) ;
- Durée : 28 jours, avec prélèvements sanguins réalisés dans la même phase du cycle menstruel pour limiter les biais hormonaux.
Les deux groupes étaient comparables au départ : âge, composition corporelle, volume d’entraînement, apport calorique, statut en vitamine D. Aucune différence significative.
Ce qui rend le collagène si particulier pour l’os
Avant de passer aux résultats, un point clé à comprendre.
La matrice organique de l’os (tout ce qui n’est pas minéral) est composée à 90-95 % de collagène de type I. Les peptides de collagène sont des protéines découpées en très petits fragments, riches en glycine, proline et hydroxyproline.
Leur particularité : contrairement à la plupart des protéines alimentaires, certains de ces fragments (appelés di- et tripeptides) traversent la barrière intestinale sans être totalement digérés. Une fois dans la circulation sanguine, ils peuvent stimuler directement les cellules osseuses.
“Contrairement à la plupart des protéines alimentaires, certains des di- et tripeptides qui composent les peptides de collagène peuvent être absorbés intacts par notre intestin”, précise Fields. “Ce sont eux qui peuvent potentiellement agir sur les voies des ostéoblastes et des ostéoclastes pour favoriser une meilleure réponse de remodelage osseux.”
Les résultats
La formation osseuse a augmenté
Le P1NP est un marqueur sanguin qui reflète l’activité des ostéoblastes (les “maçons”). En clair : il mesure la production de nouvel os.
Dans le groupe collagène, ce marqueur a augmenté de 5,1 %. Dans le groupe placebo, aucun changement. La différence est statistiquement significative (p = 0,04).
Les coureuses qui prenaient du collagène fabriquaient davantage de tissu osseux.
L’inflammation a diminué
L’interleukine-6 (IL-6) est un indicateur d’état inflammatoire. Elle a baissé de façon significative dans le groupe collagène (p = 0,03). Chez les coureuses sous placebo, elle a au contraire légèrement augmenté.
Ce point est central. L’inflammation chronique active les ostéoclastes et accélère la perte osseuse.
Le signal de destruction a été freiné
Le sRANKL est une molécule qui ordonne aux ostéoclastes de détruire l’os. Dans le groupe collagène, son niveau a diminué. Dans le groupe placebo, il a augmenté (p = 0,046 pour l’interaction entre les groupes).
Autrement dit : le collagène semble ralentir le message chimique de démolition osseuse.
Ce qui n’a pas bougé
Le CTX-1, un marqueur de destruction effective de l’os, n’a pas varié de manière significative. Selon les auteurs, ce constat n’est pas isolé : d’autres travaux avaient déjà observé le même profil. Le collagène semble agir davantage sur la construction que sur la destruction.
L’OPG (une protéine qui freine les ostéoclastes) et le ratio sRANKL/OPG n’ont pas non plus montré de différences significatives.
Un supplément aux effets multiples
Les peptides de collagène ne concernent pas que le tissu osseux. Ils sont aussi étudiés pour leurs effets sur :
- Les articulations ;
- La peau ;
- Les cheveux et les ongles ;
- La santé intestinale.
“Ce qui est bien avec les peptides de collagène, c’est qu’ils sont universels”, ajoute Fields. “Ce n’est pas un supplément où l’on attend un seul résultat.”
Autre point : aucun effet indésirable n’a été signalé pendant les 28 jours de l’étude.
Les limites à connaître
Ces résultats sont encourageants. Ils ne sont pas définitifs. Voici ce qu’il faut garder en tête :
- C’est une étude pilote avec seulement 22 participantes ;
- La durée est de 4 semaines, ce qui reste court ;
- Les chercheurs ont mesuré des marqueurs sanguins, pas la densité osseuse réelle ;
- Des essais plus grands et plus longs sont nécessaires pour confirmer ces données.
Les auteurs le disent eux-mêmes : ces résultats sont “préliminaires” et appellent à “des essais adéquatement puissants, intégrant des mesures structurelles de l’os.”
C’est une base solide. Pas encore une certitude.
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Sources éditoriales et fact-checking
