Souvent en musculation, l’autorégulation se fait surtout faite avec la charge. On ajuste le poids selon le RPE (Rating of Perceived Exertion), autrement dit sur l’effort ressentie.
Le problème, c’est qu’on parle beaucoup du poids sur la barre… mais moins du volume (le nombre total de répétitions et de séries). Pourtant, c’est souvent le volume qui fait exploser la fatigue d’une séance à l’autre.
Une étude publiée dans Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports(1) s’est justement intéressée à ça : et si on autorégulait le volume série par série, non pas sur le RPE, mais en se basant sur la perte de vitesse des répétitions ?
La « perte de vitesse », c’est quoi exactement ?
Quand on avance dans les séries, les répétitions deviennent en général plus lentes. Ce ralentissement reflète la fatigue qui s’accumule (fatigue musculaire et nerveuse).
Dans l’étude, les chercheurs ont comparé deux façons de s’arrêter :
- Arrêter la série quand la vitesse a baissé de 20 % ;
- Arrêter la série quand la vitesse a baissé de 40 %.
Même exercice, même charge, même fréquence. La seule différence : le moment où la série s’arrête.
Plus de répétitions = pas toujours mieux
Sans surprise, le groupe « 40 % » a fait plus de répétitions au total. Donc plus de volume. Et il est aussi arrivé bien plus souvent à l’échec.
Mais les résultats sont intéressants :
- Les gains de force sont similaires, parfois un peu meilleurs avec 20 % ;
- La puissance (capacité à produire de la force vite) progresse davantage quand on limite la perte de vitesse ;
- Les « fibres rapides » sont mieux préservées quand on ne pousse pas la série trop loin.
Petit rappel : les fibres rapides (souvent associées au type II) sont celles qui servent surtout pour les efforts explosifs. Elles ont tendance à « lâcher » quand l’entraînement devient très fatigant et très long dans la série.
En clair : ajouter des répétitions peut aider un peu l’hypertrophie sur certains muscles, mais cela peut aussi coûter cher en récupération et en qualité d’entraînement.
L’échec musculaire : utile, mais pas tout le temps
Dans cette étude, environ 56 % des séries du groupe 40 % finissaient à l’échec, contre 0 % dans le groupe 20 %.
L’échec, c’est quand on ne peut plus terminer une répétition propre, même en forçant. Ça peut avoir un intérêt à petite dose, mais le faire souvent :
- augmente la fatigue et rallonge la récupération ;
- fait baisser la vitesse d’exécution (donc la qualité) ;
- n’améliore pas forcément plus la force maximale qu’un entraînement « proche de l’échec ».
Donc l’échec peut être un outil ponctuel, mais rarement une stratégie à utiliser partout, tout le temps.
Ce que la vitesse apporte vraiment : autoréguler le volume
L’idée importante n’est pas « la vitesse remplace tout ». L’idée est : la vitesse donne un repère concret pour décider quand stopper la série, et donc ajuster le volume automatiquement.
En pratique :
- Faible perte de vitesse → travail plus « propre », puissance mieux conservée, fatigue plus gérable ;
- Forte perte de vitesse → plus de répétitions, mais aussi plus de fatigue accumulée.
Le bon choix dépend de l’objectif de la période d’entraînement.
Bloc volume vs bloc intensité
En phase « volume » (objectif : accumuler du travail)
Une perte de vitesse plus élevée peut se défendre, parce qu’on cherche plus de répétitions. Mais il faut surveiller les signaux de surcharge : baisse de performance, douleurs, sommeil dégradé, motivation en berne.
En phase « intensité » (objectif : force, vitesse, qualité)
Limiter la perte de vitesse devient plus important. Ici, trop de répétitions lentes et très dures peut freiner la progression, parce que la fatigue prend le dessus sur la qualité.
Et sans capteur de vitesse ?
Bonne nouvelle : pas besoin d’un appareil de mesure pour appliquer l’idée.
Le RPE peut faire une partie du travail avec une méthode simple : le « RPE stop ». On se fixe une limite (par exemple arrêter la série dès qu’elle atteint un certain RPE), ce qui garde un effort assez constant, tout en laissant le nombre de répétitions varier selon la forme du jour.
Traduction concrète : certains jours on fera 8 répétitions, d’autres 6, mais l’effort restera comparable. Ça aide à progresser sans se cramer.
Ce qu’il faut retenir
- Le volume n’est pas juste un chiffre à subir : il peut être contrôlé ;
- La perte de vitesse est un bon signal de fatigue pendant une série ;
- S’arrêter un peu plus tôt peut améliorer la qualité, la puissance et la récupération ;
- L’autorégulation ne concerne pas seulement le poids, mais aussi combien de répétitions et de séries on fait.
Le mot de la fin
S’entraîner intelligemment, ce n’est pas « toujours plus ». C’est choisir le bon niveau d’effort au bon moment, pour progresser sans plomber la récupération.
Que ce soit avec la perte de vitesse (si on peut la mesurer) ou avec le RPE (accessible à tous), l’objectif reste le même : garder de la régularité, préserver la performance, et avancer sur le long terme.
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Sources éditoriales et fact-checking