Selon les informations rapportées par Les Dernières Nouvelles d’Alsace, deux patients diabétiques ont perdu la vue après un traitement par Ozempic. Une maladie rare du nerf optique est pointée du doigt. Les études s’accumulent. Et les notices ne sont pas toujours à jour.

Ils ont perdu la vue en 48 heures
Gilles Maron a 75 ans. Il vit à Lagny-sur-Marne. Depuis 2023, il ne voit presque plus rien.
Il ne peut plus conduire. Il ne peut plus lire. Il ne peut plus écrire. Le dentifrice, il en met plus dans le lavabo que sur sa brosse à dents. Pour reconnaître quelqu’un, il faut que la personne soit à moins d’un mètre.
Ce retraité, ancien directeur chez Hachette Collections, était traité par Ozempic depuis 2020 pour un diabète de type 2. Ce médicament à base de sémaglutide (un analogue du GLP-1) est prescrit en injection pour réguler la glycémie. Mais il est aussi largement détourné pour perdre du poids, notamment via les réseaux sociaux.
En l’espace de 48 heures, Gilles Maron a développé une NOIAN.
La NOIAN, c’est quoi exactement ?
Derrière cet acronyme se cache une neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique. En clair : le nerf optique ne reçoit plus assez de sang. Il s’abîme. La vision chute brutalement, souvent sans douleur. Et c’est irréversible. Il n’existe aucun traitement pour réparer les dégâts.
Au moment du diagnostic, la réaction de Gilles Maron a été sans détour. Il a dit à sa femme qu’il était “mort” et que son futur était “noir”.
Un deuxième cas, à l’autre bout de la France
Michel Woerly, 70 ans, ancien kinésithérapeute vivant à Cazaubon dans le Gers, a connu le même scénario. Perte de vision de l’oeil droit en moins de 48 heures. Il ne voit plus les couleurs de cet oeil. Sa vision y est tombée à 3/10.
Il prenait aussi de l’Ozempic pour un diabète de type 2, depuis trois à quatre mois seulement.
Les deux hommes ne se connaissent pas. Mais leur parcours est presque identique.
L’étude qui a tout fait basculer
En décembre 2024, une étude de l’Université du Danemark du Sud(1) a analysé les données de plus de 61 000 utilisateurs de sémaglutide au Danemark et en Norvège.
Les résultats :
- Le risque de développer une NOIAN est multiplié par 2,81 chez les patients sous sémaglutide par rapport à ceux sous un autre antidiabétique (inhibiteurs SGLT-2) ;
- En analyse per-protocol (les patients ayant suivi le traitement correctement), ce risque grimpe à 6,35 ;
- L’incidence reste faible en valeur absolue : environ 2 à 3 cas pour 10 000 personnes-années.
En clair : le risque existe bel et bien. Mais il concerne un nombre limité de patients.
La diabétologue de Gilles a réagi immédiatement
Quand ces résultats sont sortis, la diabétologue de Gilles Maron l’a appelé pour lui demander d’arrêter immédiatement l’Ozempic. Pour Michel Woerly, c’est sa femme qui a trouvé l’étude danoise en cherchant sur internet. Il a arrêté le traitement dans la foulée.
L’Europe a reconnu le risque. Mais les notices traînent.
Le 6 juin 2025, le comité de pharmacovigilance de l’Agence européenne des médicaments (le PRAC) a officiellement reconnu la NOIAN comme un effet indésirable “très rare” du sémaglutide. Cela concerne l’Ozempic, le Wegovy et le Rybelsus.
Selon l’EMA, ce risque pourrait toucher jusqu’à 1 patient sur 10 000.
Le laboratoire Novo Nordisk affirme avoir mis à jour les notices de ses médicaments. Pourtant, une victime a montré aux journalistes des DNA une notice d’Ozempic achetée la semaine dernière. La NOIAN n’y figurait pas.
Ce n’est pas le seul risque pour les yeux
L’Ozempic a déjà été associé à d’autres problèmes oculaires :
- Un risque accru de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), selon une étude publiée dans la revue JAMA par l’Université de Toronto ;
- Un risque d’AVC de l’oeil et de perte soudaine de vision, selon des travaux canadiens.
Sans oublier les autres effets indésirables déjà connus : pancréatite aiguë (inflammation du pancréas), perte de masse musculaire, réactions allergiques.
Une plainte collective en préparation contre Novo Nordisk
Les deux patients ont décidé de se joindre à une plainte collective en cours de préparation en France. L’avocat Me Pierre Debuisson, spécialiste des actions de groupe, vise le géant danois pour tromperie aggravée, blessures involontaires et homicides involontaires. Il accuse Novo Nordisk d’avoir sous-estimé le risque et d’un défaut d’information.
Au Danemark, au moins quatre patients atteints de NOIAN après un traitement par Ozempic ou Wegovy ont déjà obtenu l’équivalent de 105 000 euros d’indemnisation chacun, fin 2025.
Le vrai problème : le détournement pour maigrir
L’Ozempic est un traitement prescrit uniquement pour le diabète de type 2. Le Wegovy, lui, est indiqué contre l’obésité. Mais ces médicaments sont massivement détournés pour perdre du poids, souvent sans suivi médical et sous l’influence des réseaux sociaux.
L’ANSM (Agence nationale de sûreté du médicament) rappelle que le rapport bénéfice-risque reste favorable quand ces traitements sont utilisés conformément aux recommandations. Autrement dit : avec un vrai diagnostic, une vraie prescription et un vrai suivi.
Michel Woerly insiste sur un point : il faut prévenir les jeunes qui prennent ce produit pour maigrir sans encadrement médical.
Ce qu’il faut retenir
Si vous êtes sous sémaglutide (Ozempic, Wegovy, Rybelsus) et que vous constatez une perte soudaine de la vision ou une dégradation rapide de la vue, consultez immédiatement votre médecin. Si une NOIAN est confirmée, le traitement doit être arrêté.
Le risque est très rare. Mais il est réel. Et il est irréversible.
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Sources éditoriales et fact-checking