Une maladie du foie progresse aujourd’hui en silence dans le monde entier. Pas de douleur, pas de signe visible au début, et pourtant elle finit par tuer. Elle concerne environ 7 % de la population mondiale, autrement dit des centaines de millions de personnes. Jusqu’ici, aucun traitement vraiment efficace n’existait. Une équipe de chercheurs américains vient d’annoncer une avancée majeure qui pourrait tout changer. Et la piste explorée est loin d’être celle à laquelle on s’attendait, car la solution ne se trouve pas dans le foie.
Une pathologie sournoise dont on parle trop peu
Cette maladie porte un nom savant : la MASH (metabolic dysfunction-associated steatohepatitis, soit en français la stéato-hépatite associée à un dysfonctionnement métabolique). C’est la forme sévère du fameux “foie gras”. Concrètement, la graisse s’accumule dans les cellules du foie, provoque une inflammation chronique et abîme progressivement l’organe. Le patient ne ressent souvent rien jusqu’à un stade avancé, quand le foie est déjà bien atteint.
Le problème principal : les médicaments disponibles fonctionnent mal. Les médecins n’ont pas grand-chose à proposer, à part conseiller une meilleure alimentation et davantage d’activité physique. La MASH peut ensuite évoluer vers la cirrhose, le cancer du foie ou l’insuffisance hépatique. Autant dire un enjeu sanitaire énorme.
Le lien surprenant entre le ventre et le foie
Depuis quelques années, la science s’intéresse à une hypothèse étonnante : ce qui se passe dans les intestins pourrait influencer directement la santé du foie. Les spécialistes parlent d’un “axe intestin-foie”. Cette piste avait déjà été évoquée, mais restait floue. L’étude publiée dans le Journal of Clinical Investigation(1) vient justement de révéler un mécanisme précis, et c’est là que l’histoire devient passionnante.
Un coupable identifié parmi les bactéries intestinales
Les chercheurs ont mis un premier responsable en évidence : une bactérie appelée Clostridium perfringens. Chez les personnes atteintes de MASH, cette bactérie prolifère de manière anormale dans le tube digestif. Elle produit alors trop d’une substance : l’ammoniac (le même composé, à dose évidemment infime, que dans certains produits ménagers).
Cet ammoniac abîme la paroi de l’intestin et la rend perméable, un peu comme une passoire. Résultat : des toxines produites par les microbes passent dans le sang, remontent jusqu’au foie et déclenchent une inflammation violente. Cette inflammation implique notamment une hyperactivation de cellules immunitaires appelées lymphocytes T CD8+ (une catégorie de globules blancs). En clair, le foie est attaqué depuis les intestins.
La molécule qui change la donne : DT-109
Le nom du traitement expérimental est DT-109. Il s’agit d’un tripeptide à base de glycine, autrement dit un petit assemblage de trois acides aminés. Il a été mis au point à Michigan Medicine, la faculté de médecine de l’université du Michigan aux États-Unis.
Son mode d’action
DT-109 s’attaque à la racine du problème. La molécule fait reculer la population de Clostridium perfringens dans l’intestin, ce qui fait chuter la production d’ammoniac. La paroi intestinale se répare, redevient étanche et empêche les toxines d’atteindre le foie. La chaîne destructrice s’interrompt.
Des résultats convaincants chez l’animal
Les tests ont été menés d’abord sur des souris, puis sur des primates non humains (dont le foie et le microbiote ressemblent beaucoup à ceux de l’humain). Chez ces primates, les effets ont été particulièrement nets :
- Baisse marquée de la bactérie Clostridium perfringens ;
- Diminution de l’ammoniac dans l’intestin ;
- Renforcement de la barrière intestinale ;
- Réduction de l’inflammation du foie ;
- Amélioration significative de la MASH.
Pour Eugene Chen, chercheur principal de l’étude et professeur de médecine cardiovasculaire à l’université du Michigan, la molécule “protège la barrière intestinale et réduit l’entrée dans l’organisme des produits microbiens nocifs qui contribuent au développement et à l’aggravation de la MASH”.
Et si les bénéfices allaient encore plus loin ?
La suite de l’étude ouvre d’autres perspectives. Les chercheurs pensent que DT-109 pourrait aussi être utile contre :
- Les plaques d’athérosclérose (les dépôts de graisse qui bouchent les artères) ;
- La calcification vasculaire (le durcissement des vaisseaux sanguins) ;
- Certaines maladies inflammatoires de l’intestin, comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique.
Autrement dit, cette molécule pourrait devenir utile bien au-delà du foie.
Ce qu’il faut retenir
Cette avancée reste, pour l’instant, un travail de laboratoire. Aucun essai n’a encore été mené chez l’humain. Les prochaines étapes consisteront à évaluer la sécurité et l’efficacité de DT-109 dans des essais cliniques. La piste, elle, est solide : elle ne se contente pas de masquer les symptômes, elle s’attaque à un mécanisme profond de la maladie.
Elliot Tapper, directeur du service d’hépatologie de Michigan Medicine, résume l’enjeu : “Les patients atteints de MASH ont besoin d’un traitement sûr et efficace, capable d’améliorer à la fois la santé de leur foie et celle de leur cœur. Nous sommes très enthousiastes face à ces résultats.”
À noter enfin : la molécule DT-109 a été brevetée par l’université du Michigan et confiée pour développement à la société Diapin Therapeutics. Plusieurs années seront nécessaires avant qu’un éventuel médicament n’arrive en pharmacie.
En attendant, la prévention reste la même : une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et un poids maîtrisé. Le foie ne prévient pas quand il souffre… jusqu’au jour où il est trop tard.

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Sources éditoriales et fact-checking
