Une personne sur trois dans le monde a le foie malade. Sans le savoir. Sans rien ressentir. Et surtout, sans aucun traitement disponible.
La stéatose hépatique non alcoolique (ou MAFLD en anglais) touche environ 38 % de la population mondiale. En clair : le foie accumule de la graisse, même chez des personnes qui ne boivent pas d’alcool. L’obésité, le diabète et l’hypertension en sont les principaux déclencheurs.
Le problème, c’est que cette maladie peut évoluer. D’abord vers une forme inflammatoire plus grave appelée MASH (stéatohépatite non alcoolique). Puis vers la cirrhose. Et parfois, vers le cancer du foie.
Il n’existe aujourd’hui aucun médicament approuvé pour la traiter.
Mais des chercheurs australiens(1) viennent peut-être de trouver une piste. Et elle se cache dans des aliments que vous avez probablement chez vous.

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Un composé que vous mangez peut-être déjà
L’acide ellagique. Ce nom ne vous dit sans doute rien. C’est un polyphénol, c’est-à-dire un type d’antioxydant naturel présent dans certains végétaux.
On le trouve dans :
- Les framboises ;
- Les grenades ;
- Les mûres ;
- Les noix de pécan.
Ce composé est connu depuis longtemps pour ses propriétés antioxydantes.
L’étude : 16 semaines de malbouffe, puis 12 semaines de traitement
L’équipe de la chercheuse Tharani Senavirathna et de l’Associate Professor Lois Balmer a travaillé sur un modèle animal (des souris mâles C57BL/6J).
Le protocole était le suivant : les souris ont d’abord été nourries avec un régime de type occidental (riche en graisses et en sucres) pendant 16 semaines. Objectif : provoquer une MASH, comme celle qui se développe chez l’humain avec une alimentation déséquilibrée.
Ensuite, pendant 12 semaines supplémentaires (toujours sous le même régime gras), les souris ont reçu l’un des traitements suivants :
- De l’acide ellagique seul (100 mg/kg/jour, 5 jours par semaine) ;
- De l’inuline seule (une fibre prébiotique ajoutée à 5 % dans l’alimentation) ;
- Une combinaison des deux ;
- Aucun traitement (groupe témoin).
Les résultats : l’acide ellagique tient ses promesses
L’acide ellagique seul a réduit le poids du foie et rétabli le rapport poids du foie/poids corporel. C’est un marqueur important : un foie trop lourd par rapport au corps, c’est un foie qui stocke trop de graisse.
Il a aussi diminué l’inflammation hépatique et amélioré les marqueurs biologiques du foie (les enzymes hépatiques, notamment).
La combinaison acide ellagique + inuline a significativement réduit la stéatose (l’accumulation de graisse) et le ballonnement des hépatocytes. Ce ballonnement est un signe de souffrance cellulaire qui précède souvent la fibrose.
En clair : le foie des souris traitées allait mieux. Moins de graisse. Moins d’inflammation. Moins de dégâts cellulaires.
L’inuline : le faux ami
C’est la surprise de cette étude. L’inuline, pourtant très populaire comme complément prébiotique pour la santé intestinale, a produit l’effet inverse de ce qu’on attendait.
Les souris qui recevaient de l’inuline seule ont montré une augmentation de leur prise alimentaire. Leur poids corporel et leur glycémie à jeun avaient aussi tendance à grimper. Et surtout, les dommages au foie se sont aggravés.
L’hypothèse des chercheurs : l’inuline aurait modifié l’équilibre des bactéries intestinales (le microbiote) d’une manière défavorable dans le contexte de la NASH. Ce déséquilibre microbien aurait alors amplifié les dégâts hépatiques au lieu de les limiter.
Un point important à retenir. On entend souvent que les fibres prébiotiques sont bonnes pour la santé. C’est vrai dans beaucoup de cas. Mais cette étude montre que dans un contexte de foie déjà malade, le choix du prébiotique peut faire plus de mal que de bien.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Avant de courir acheter des barquettes de framboises : cette étude a été menée sur des souris, pas sur des humains. Les doses utilisées (100 mg/kg/jour) ne sont pas directement transposables à l’alimentation humaine.
Mais les résultats sont cohérents avec une revue de littérature publiée en 2024 par la même équipe, qui avait déjà identifié l’acide ellagique comme un candidat sérieux pour le traitement de la MAFLD/MASH.
Ce que cette nouvelle étude apporte, c’est la preuve expérimentale que ce composé peut agir même quand le régime alimentaire reste mauvais. Les souris continuaient à manger gras et sucré pendant le traitement, et leur foie s’améliorait quand même.
C’est un point clé. Parce que dans la vraie vie, demander à un patient de changer radicalement son alimentation ne fonctionne pas toujours.
Ce qu’il faut retenir
L’acide ellagique, un antioxydant naturel présent dans certains fruits (framboises, grenades, mûres) et certaines noix (noix de pécan), a montré des effets protecteurs sur le foie dans un modèle animal de MASH.
L’inuline, utilisée seule, a aggravé la situation. Associée à l’acide ellagique, elle a contribué à réduire la stéatose, mais sans les bénéfices anti-inflammatoires observés avec l’acide ellagique seul.
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Sources éditoriales et fact-checking