Vous avez peut-être déjà vu ce complément passer sur votre fil d’actualité. La DHEA. Quatre lettres qui promettent de remonter le temps. Moins de rides. Plus d’énergie. Une libido de vingt ans retrouvée.
Aux États-Unis, on la trouve en vente libre dans n’importe quel supermarché, entre les vitamines et les barres protéinées. Sur Amazon, les boîtes se vendent par millions. Les fabricants la surnomment “l’hormone mère” ou “le super-hormone anti-âge”. Les cliniques anti-vieillissement en ont fait leur produit phare.
Pourtant, une étude publiée dans la revue Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases(1) vient jeter un pavé dans la mare. Et ce qu’elle révèle n’a rien de rassurant, surtout si vous êtes un homme.

Ce que dit vraiment la science
Un mot sur la méthode
Les chercheurs de l’université de New York (CUNY) et de l’université de Hong Kong n’ont pas distribué de gélules à des volontaires. Ils ont utilisé une approche appelée randomisation mendélienne. En clair : au lieu de suivre des gens qui prennent ou ne prennent pas de DHEA (ce qui pose plein de problèmes de biais), ils ont analysé les gènes de centaines de milliers de personnes.
Certaines personnes ont naturellement des taux de DHEA-S (la forme sulfatée de la DHEA, celle qui circule dans le sang) plus élevés que d’autres à cause de leurs variants génétiques. En comparant l’espérance de vie de ces groupes, on obtient une estimation plus fiable de l’effet réel de la DHEA-S sur la longévité, sans que le mode de vie ou d’autres facteurs viennent brouiller les résultats.
Les données proviennent de la cohorte UK Biobank, avec plus de 415 000 participants pour les hommes et près de 413 000 pour les femmes.
Les résultats
Et voilà où ça se complique.
Chez les hommes, des niveaux génétiquement plus élevés de DHEA-S ont été associés à une réduction de l’espérance de vie de 1,15 an en moyenne. L’intervalle de confiance se situe entre 0,58 et 1,72 an de vie en moins. Le résultat est statistiquement significatif.
Chez les femmes : aucun effet. Ni positif, ni négatif. Le chiffre observé (0,04 an de plus) est tellement faible qu’il n’a aucune valeur statistique.
Le mécanisme suspecté
La pression artérielle
L’étude a aussi mesuré l’impact de la DHEA-S sur la pression artérielle. Les résultats suivent exactement le même schéma :
- Chez les hommes, des taux génétiquement plus élevés de DHEA-S augmentent la pression systolique et diastolique ;
- Chez les femmes, aucun lien significatif n’a été observé.
Autrement dit : la DHEA-S pourrait raccourcir la vie des hommes en augmentant leur tension artérielle. Ce n’est pas un détail. L’hypertension est l’un des principaux facteurs de risque cardiovasculaire dans le monde.
Le lien avec la testostérone
La DHEA est un précurseur hormonal. Le corps la transforme en testostérone et en estrogène. Chez les hommes, la conversion privilégie la voie androgénique (c’est-à-dire vers la testostérone).
Or, la professeure Mary Schooling, auteure principale de l’étude, le rappelle : la FDA américaine a elle-même alerté en février 2025 sur le fait que les produits à base de testostérone peuvent augmenter la pression artérielle. La DHEA, en tant que précurseur de la testostérone, pourrait suivre le même mécanisme chez les hommes.
Chez les femmes, la conversion se fait davantage vers les estrogènes, ce qui pourrait expliquer l’absence d’effet négatif.
Un complément en vente libre, interdit presque partout sauf aux USA
Et c’est là que l’histoire prend une tournure plus dérangeante.
En Europe, en Australie, au Canada et dans la plupart des pays, la DHEA est considérée comme un médicament hormonal. Il faut une ordonnance pour s’en procurer. En France, elle n’est délivrée que sur prescription médicale.
Aux États-Unis, c’est un simple complément alimentaire. Depuis 1994, grâce à une loi sur les compléments alimentaires (le Dietary Supplement Health and Education Act), la DHEA est en vente libre, sans contrôle de la FDA, sans prescription, sans suivi médical. N’importe qui peut en acheter sur internet, sans avoir la moindre idée de ses taux hormonaux.
L’Agence mondiale antidopage (AMA) classe pourtant la DHEA comme agent anabolisant interdit en toutes circonstances pour les athlètes.
Les auteurs de l’étude posent la question ouvertement : ne serait-il pas judicieux de mieux réguler l’accès à la DHEA aux États-Unis ?
Ce qu’il faut retenir
La DHEA n’est pas un bonbon. C’est un précurseur hormonal puissant. Cette étude génétique de grande envergure suggère que, chez les hommes, des niveaux élevés de DHEA-S sont liés à une augmentation de la pression artérielle et à une espérance de vie réduite de plus d’un an. Chez les femmes, aucun effet comparable n’a été observé.
Prendre de la DHEA sans supervision médicale, c’est jouer à la roulette hormonale. Et cette fois, la science dit que les hommes pourraient bien être les premiers à en payer le prix.
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Sources éditoriales et fact-checking