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Étude · Prévention

Calcium et vitamine D : 69 études démolissent le mythe des os solides

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Crédit photo © Docteur-Fitness.com
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Des millions de personnes avalent chaque jour des comprimés de vitamine D, de calcium, ou les deux. Pour protéger leurs os. Pour éviter les fractures. Pour « bien vieillir ».

Les médecins les recommandent. Les autorités sanitaires les valident. Les ventes explosent depuis vingt ans.

Et si tout cela ne servait à rien ?

Une méta-analyse publiée dans le British Medical Journal1 vient de remettre en cause des décennies de recommandations. Ses conclusions sont claires : le calcium, la vitamine D, ou la combinaison des deux n’apportent aucun bénéfice clinique significatif contre les fractures et les chutes chez les personnes âgées.

69 essais cliniques. Plus de 153 000 participants. Et un verdict qui dérange.

Ce que dit vraiment cette étude

Un travail de recherche massif

Des chercheurs canadiens du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, dirigés par le pharmacologue clinicien Olivier Massé, ont passé en revue 69 essais contrôlés randomisés (c’est le type d’étude le plus fiable en médecine). En clair : ils n’ont pas mené une seule expérience, ils ont analysé toutes les études existantes sur le sujet et regroupé les résultats.

Leur objectif : déterminer si la prise de compléments de calcium, de vitamine D, ou des deux combinés, réduit réellement le risque de fractures et de chutes par rapport à un placebo (un comprimé sans principe actif) ou à l’absence de traitement.

Des résultats sans appel

Les suppléments de calcium seuls n’ont montré aucun effet significatif sur le risque de fracture. Ce résultat est basé sur 11 essais et plus de 9 000 participants, avec un niveau de preuve modéré.

La vitamine D seule n’a pas fait mieux. Et cette fois, le niveau de preuve est élevé : 36 essais, plus de 92 000 participants.

La combinaison calcium plus vitamine D ? Même résultat. 15 essais, plus de 51 000 participants. Niveau de preuve élevé.

Autrement dit : quelle que soit la forme de supplémentation, les chercheurs n’ont trouvé aucun bénéfice cliniquement significatif, ni sur les fractures en général, ni sur les fractures de la hanche, ni sur les chutes.

Le problème n’est pas dans le flacon

Des recommandations qui datent

Le vrai problème est ailleurs : ces compléments sont recommandés depuis des années par de nombreux médecins, guides de pratique clinique et agences réglementaires. Les prescriptions de vitamine D ont été multipliées de façon considérable au cours des deux dernières décennies. Au Royaume-Uni, le système de santé public dépense plus de 111 millions de livres par an en prescriptions de vitamine D, contre 13 millions en 2001.

Pourtant, plusieurs synthèses d’études avaient déjà montré l’absence de réduction des fractures avec le calcium ou la vitamine D pris séparément. Les résultats de la combinaison des deux restaient contradictoires. Cette nouvelle méta-analyse tranche le débat.

Ce que les compléments ne remplacent pas

Le calcium et la vitamine D sont effectivement indispensables à la santé osseuse. Personne ne le conteste. Mais la question n’est pas de savoir si ces nutriments sont utiles : c’est de savoir si les prendre sous forme de comprimé change quoi que ce soit.

Le calcium se trouve naturellement dans les produits laitiers, les légumes verts à feuilles et les poissons gras. La vitamine D est principalement fabriquée par la peau sous l’effet du soleil, et en plus faible quantité dans les poissons gras et les jaunes d’oeufs.

En clair : la pilule ne remplace pas l’assiette et la lumière du jour.

Ce qui marche vraiment

Les auteurs de l’étude, soutenus par un éditorial publié dans le même numéro du BMJ, sont directs. Ils écrivent que ces résultats « ne soutiennent pas la supplémentation systématique en calcium, en vitamine D, ou en combinaison, pour prévenir les fractures et les chutes ». Ils demandent aux cliniciens et aux agences réglementaires de « réévaluer leurs recommandations générales à la lumière des données actuelles ».

Ce vers quoi il faudrait se tourner

L’éditorial du BMJ suggère de rediriger les financements vers des interventions qui ont fait la preuve de leur efficacité contre les chutes et les blessures liées aux chutes :

  • Les exercices d’équilibre et de renforcement musculaire ;
  • Les programmes combinant activité physique, évaluation des risques à domicile et éducation ;
  • Les traitements médicamenteux spécifiques à l’ostéoporose, pour les personnes diagnostiquées.

Ce que l’étude ne dit pas

Les chercheurs reconnaissent certaines limites. Certaines analyses portaient sur un petit nombre d’essais. Les résultats ne s’appliquent pas forcément aux personnes atteintes de troubles osseux spécifiques ni à celles qui suivent déjà un traitement contre l’ostéoporose. Peu d’études fournissaient le taux de vitamine D des participants au début de l’essai.

La Prof. Emma Duncan, professeure d’endocrinologie clinique au King’s College London, note d’ailleurs que les populations étudiées étaient principalement des adultes vivant à domicile, donc pas particulièrement à haut risque de fracture. Elle souligne aussi que pour certaines personnes, comme celles vivant en institution, le calcium et la vitamine D peuvent conserver un intérêt.

Ce qu’il faut retenir

Des millions de comprimés avalés. Des milliards dépensés. Et des preuves de plus en plus solides que tout cela ne sert probablement à rien pour la majorité des gens.

Le calcium et la vitamine D restent indispensables à la santé des os. Mais les obtenir par l’alimentation et l’exposition au soleil semble bien plus pertinent que de les avaler en gélule.

Pour celles et ceux qui veulent vraiment protéger leurs os : bouger, se muscler, travailler son équilibre. Ce n’est pas un comprimé qui empêche de tomber. C’est un corps qui sait rester debout.

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