Aller au contenu
Étude · Cancers

La créatine contre le cancer : ce que la science vient de découvrir

· Journaliste scientifiqueRelu et validé le Publié le 
Mettre Docteur Fitness en favori sur Google
creatine contre cancer
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
Sommaire
Mettre Docteur Fitness en favori sur Google

La créatine est probablement le complément alimentaire le plus détesté par ceux qui n’y connaissent rien. Produit dopant. Destructeur de reins. “Tueur” de rugbymen. On a tout entendu.

Mais la science se moque des gros titres racoleurs.

Car pendant que certains médias continuent de diaboliser cette molécule, des chercheurs de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) viennent de publier une étude qui pourrait bien changer la donne. Pas sur la performance sportive. Pas sur la prise de muscle. Sur le cancer. Et les résultats méritent qu’on s’y arrête.

Un système immunitaire plus complexe qu’on le croit

Pour comprendre ce qui suit, il faut d’abord savoir comment le corps se défend contre les tumeurs.

Le système immunitaire dispose de soldats spécialisés : les lymphocytes T cytotoxiques. En langage simple, ce sont des cellules tueuses capables de repérer et de détruire les cellules cancéreuses.

Mais ces soldats ne travaillent pas seuls. Ils ont besoin d’éclaireurs.

Les cellules dendritiques : des éclaireurs indispensables

Ces éclaireurs s’appellent les cellules dendritiques. Leur rôle : capturer des fragments de tumeur, les analyser, puis les présenter aux lymphocytes T pour leur indiquer la cible à attaquer.

Sans elles, les lymphocytes T sont aveugles. Ils ne savent pas quoi combattre.

Le vrai problème des traitements actuels

La majorité des immunothérapies anticancéreuses actuelles (les traitements dits anti-PD-1/PD-L1) ciblent directement les lymphocytes T. Seuls 20 à 40 % des patients y répondent.

Autrement dit : pour plus de la moitié des malades, le traitement ne fonctionne pas. Et si le problème ne venait pas des soldats, mais des éclaireurs ?

Ce que UCLA étudie depuis 2019

L’équipe de la professeure Lili Yang, spécialiste en microbiologie, immunologie et génétique moléculaire au Broad Stem Cell Research Center de UCLA, travaille sur le lien entre créatine et cancer depuis plusieurs années.

La première piste

En 2019, son laboratoire avait publié une étude dans le Journal of Experimental Medicine. Résultat : la créatine agissait comme une “batterie moléculaire” pour les lymphocytes T. Elle leur fournissait l’énergie nécessaire pour combattre les tumeurs plus longtemps.

Dans cette expérience, la combinaison créatine + traitement anti-PD-1 avait permis à 4 souris sur 5 d’éliminer complètement leur cancer du côlon. Ces souris sont restées sans tumeur pendant plus de trois mois.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

La nouvelle découverte (juin 2026)

La nouvelle étude, publiée dans la revue iScience(1), va beaucoup plus loin. Elle montre que la créatine ne se contente pas d’alimenter les soldats (les lymphocytes T) : elle alimente aussi les éclaireurs (les cellules dendritiques).

L’équipe a analysé les gènes les plus actifs dans les cellules dendritiques ayant pénétré des tumeurs chez des souris. Le gène codant pour le transporteur de créatine (la protéine qui fait entrer la créatine dans une cellule) était beaucoup plus actif à l’intérieur des tumeurs que dans les tissus sains.

En clair : quand les cellules dendritiques entrent dans une tumeur, elles augmentent leur absorption de créatine. Comme si elles préparaient leurs batteries avant le combat.

Les preuves

Sans créatine, tout s’effondre

Pour confirmer cette hypothèse, les chercheurs ont créé des cellules dendritiques génétiquement modifiées, incapables d’absorber la créatine (en supprimant leur transporteur de créatine). Le constat est sans appel :

  • Survie réduite des cellules dendritiques ;
  • Activation diminuée ;
  • Capacité à “éduquer” les lymphocytes T affaiblie.

Quand ces cellules déficientes étaient mises en culture avec des lymphocytes T, ces derniers se divisaient moins et produisaient moins de signaux de combat nécessaires pour s’attaquer au cancer.

Avec la créatine, la tumeur recule

L’expérience inverse a été menée sur des souris atteintes de mélanome. Elles ont reçu des injections quotidiennes de créatine. Les résultats :

  • Ralentissement significatif de la croissance tumorale ;
  • Plus de cellules dendritiques actives à l’intérieur de la tumeur ;
  • Production accrue de signaux chimiques attirant d’autres cellules immunitaires vers la tumeur.

Pourquoi ça fonctionne

L’explication tient en trois lettres : ATP. L’adénosine triphosphate est le carburant de toutes les cellules du corps. C’est cette molécule qui alimente chaque processus biologique.

La créatine augmente les niveaux d’ATP dans les cellules dendritiques. Elle agit comme une batterie de secours : elle stocke l’énergie et la libère à la demande. Résultat, les cellules dendritiques restent performantes même quand les tumeurs leur volent les nutriments disponibles.

Et chez l’humain ?

L’étude ne s’est pas limitée aux souris. Les chercheurs ont aussi testé la créatine sur des cellules dendritiques humaines en laboratoire. La créatine a amélioré leur activation et renforcé leur capacité à stimuler les lymphocytes T humains contre une cible cancéreuse.

Ce résultat ouvre une piste concrète : incorporer la créatine dans la fabrication des vaccins à cellules dendritiques (une approche thérapeutique utilisée contre certains cancers) pourrait les rendre plus efficaces avant même leur injection au patient.

James Elsten-Brown, co-auteur principal de l’étude et doctorant dans le laboratoire de Yang, résume les deux pistes envisagées :

  • Utiliser la créatine comme complément pour renforcer la réponse immunitaire des patients déjà sous immunothérapie ;
  • L’utiliser pour améliorer la qualité des vaccins à cellules dendritiques avant leur administration.

Résumé en image

infographie creatine contre cancer
Partager cette infographie

Sur le même sujet

Sources éditoriales et fact-checking[+]

Cet article vous a-t-il été utile ?

Les informations de cet article sont données à titre informatif uniquement et ne remplacent pas l'avis d'un médecin. Si vous avez un problème de santé, nous vous invitons à consulter pour obtenir un avis médical personnalisé.

Une erreur, une source manquante ?
Article suivant Météo et moral : 452 personnes suivies révèlent l’effet de la température sur le cerveau Lire l'article suivant
Et si ta perf commençait par le souffle ?
👉 Colle le code (NME_DFITNESS) dans ton panier au moment du paiement.