Pain, pâtes, riz. Trois aliments présents à presque chaque repas. Trois piliers de l’alimentation mondiale. Et pourtant, une étude récente vient de bousculer ce que l’on croyait savoir sur la prise de poids.
Car non, le problème ne serait pas de “trop manger”. Le vrai coupable se cache ailleurs.

Ce que tout le monde croit savoir
La logique semble simple. On grossit parce qu’on mange trop. Trop de calories absorbées, pas assez dépensées. Le fameux déficit ou surplus calorique. C’est la base de presque tous les régimes.
Et quand on parle de prise de gras, c’est souvent le gras alimentaire qui est montré du doigt. Les graisses. Le beurre. L’huile. Depuis des décennies, la recherche sur l’obésité utilise des régimes riches en lipides (les graisses) pour faire grossir les animaux de laboratoire.
Mais les glucides, eux, sont rarement mis sur le banc des accusés. Le pain, le riz, les nouilles : ce sont des “féculents”, des aliments “de base”. On les mange tous les jours sans se poser de questions.
Pourtant, une chose était restée floue jusqu’ici : est-ce que ces aliments font grossir à cause de ce qu’ils contiennent… ou à cause de ce qu’ils déclenchent dans le corps ?
L’expérience qui change la donne
Une équipe de chercheurs japonais de l’Université métropolitaine d’Osaka, dirigée par le professeur Shigenobu Matsumura, a voulu trancher cette question(1). Et le protocole est malin.
Des souris ont eu le choix entre leur nourriture habituelle (un mélange équilibré en protéines, lipides et glucides) et des aliments à base de blé ou de riz. Du pain simplifié (farine, eau, levure, rien d’autre), de la farine de blé cuite et de la farine de riz.
Premier constat : les souris ont massivement préféré les aliments à base de céréales. Elles ont abandonné leur nourriture standard. Complètement.
Mais ce n’est pas le plus surprenant.
Même nombre de calories, plus de gras
Voici le point clé de cette étude, publiée dans la revue Molecular Nutrition & Food Research (Matsumura et al., 2026) : les souris qui mangeaient du blé ou du riz n’ont pas consommé plus de calories que les autres.
En clair : elles n’ont pas “trop mangé”. Leur apport calorique total est resté comparable à celui du groupe témoin.
Et malgré ça, elles ont pris du poids. Et du gras.
Le phénomène a été observé avec le pain, avec la farine de blé seule (sans levure) et avec la farine de riz. Ce n’est donc pas un effet propre au blé. C’est un effet lié aux glucides de manière plus large.
Le métabolisme ralentit
Si ce n’est pas l’excès de calories, alors quoi ?
L’équipe a utilisé la calorimétrie indirecte (une méthode qui mesure les échanges gazeux pour calculer la dépense énergétique). Le résultat est net : les souris nourries aux glucides brûlaient moins d’énergie.
Autrement dit : leur métabolisme a ralenti. Le corps dépensait moins pour fonctionner au quotidien. Et ce surplus non dépensé s’est transformé en graisse.
Ce qui se passe dans le sang et dans le foie
Les analyses sanguines ont montré plusieurs changements chez les souris nourries à la farine de blé :
- Les acides gras circulants (les graisses dans le sang) ont augmenté ;
- Les acides aminés essentiels (les briques des protéines) ont diminué ;
- Les niveaux d’insuline et de leptine (deux hormones liées au stockage des graisses et à la régulation de l’appétit) ont grimpé.
Au niveau du foie, les chercheurs ont observé une accumulation de graisses et une activation plus forte des gènes impliqués dans la fabrication d’acides gras. En clair : le foie s’est mis à produire davantage de graisse, comme s’il recevait l’ordre de stocker.
Ce mécanisme porte un nom : la lipogenèse hépatique (la fabrication de graisses par le foie). Il s’active normalement quand l’apport en glucides dépasse les besoins immédiats du corps. Ici, il s’est mis en route alors même que l’apport calorique total n’avait pas bougé.
La bonne nouvelle
Il y en a une. Et elle est concrète.
Quand les chercheurs ont retiré la farine de blé du régime des souris, le poids et les anomalies métaboliques se sont corrigés rapidement. Le retour à une alimentation plus équilibrée a suffi à inverser la tendance.
C’est un point important : les effets ne sont pas irréversibles. Le corps sait revenir en arrière, à condition de modifier la composition de l’alimentation.
Ce que cette étude ne dit pas
Cette recherche a été réalisée sur des souris, pas sur des humains. C’est une limite majeure et les chercheurs le reconnaissent eux-mêmes.
Le professeur Matsumura l’a précisé : la prochaine étape sera de vérifier si ces résultats se transposent aux habitudes alimentaires humaines. L’équipe prévoit aussi d’étudier l’impact des céréales complètes, des fibres alimentaires et des combinaisons avec d’autres macronutriments (protéines, lipides).
Il ne s’agit donc pas de bannir le pain ou le riz. Mais de comprendre que leur effet sur le corps va au-delà du simple comptage calorique.
Pourquoi c’est important pour la musculation et la composition corporelle
Pour ceux qui cherchent à contrôler leur poids ou à optimiser leur composition corporelle (rapport masse maigre et masse grasse), cette étude apporte un éclairage utile.
Cela ne remet pas en cause le rôle des glucides comme source d’énergie pour l’entraînement. Mais cela invite à diversifier les sources : céréales complètes, légumineuses, légumes non amylacés (qui ne contiennent pas beaucoup d’amidon, comme les brocolis ou les courgettes), fruits entiers.
Ce qu’il faut retenir
Le pain et le riz ne font pas grossir parce qu’on en mange “trop”. Ils peuvent faire grossir parce qu’ils modifient la manière dont le corps utilise l’énergie. Moins de dépense, plus de stockage. Le tout sans que l’apport calorique change.
C’est un mécanisme discret. Presque invisible. Et c’est exactement pour cette raison qu’il est bon de le connaître.
Sur le même sujet
Sources éditoriales et fact-checking