Et si on vous disait qu’un homme de 73 ans a couru un marathon en 2 h 54. Soit plus vite que 99 % des trentenaires qui s’alignent chaque week-end sur les courses en France. Difficile à avaler ?
On vous a toujours dit que passé un certain âge, il fallait lever le pied. Que courir un marathon après 60 ans, c’était risqué, inconscient, voire carrément dangereux. Sauf que les chiffres racontent une toute autre histoire. Les seniors ne se contentent pas de terminer les courses : sur certaines distances, ils dominent les classements.
Avant d’aller plus loin, une question : selon vous, quel est l’âge moyen de pic de performance en ultra-marathon (c’est-à-dire au-delà des 42 km du marathon classique) ? 25 ans ? 30 ans ? La réponse est à la fin de cet article. Spoiler : vous n’allez probablement pas la deviner.

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L’image du senior en survêtement a pris un coup
On pense souvent que la course de fond est un sport de jeunes. Normal : les records mondiaux absolus sur marathon sont détenus par des athlètes entre 25 et 35 ans. Mais ce raisonnement oublie une réalité que la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) a fini par intégrer dans sa classification.
En 2015, la FFA a supprimé le terme “Vétéran” pour le remplacer par “Master”. Ce changement de vocabulaire n’est pas juste cosmétique. “Vétéran” renvoyait l’image de quelqu’un qui a fait son temps. “Master” évoque la maîtrise et l’expertise. Et c’est exactement ce que montrent les données.
Les catégories Master commencent désormais à 35 ans (depuis 2019) et se découpent par tranches de 5 ans : M0, M1, M2… jusqu’à M10 pour les 95 ans et plus. Si la fédération a créé autant de sous-catégories, c’est pour une raison simple : il y a du monde sur les lignes de départ à ces âges-là. De plus en plus de monde.
Les seniors courent plus vite qu’il y a 30 ans
Voilà le chiffre qui devrait faire réfléchir. D’après une étude de l’INSERM, les marathoniens sont en moyenne de plus en plus âgés… et de plus en plus rapides. Les performances des “jeunes” coureurs (moins de 40 ans) restent plus ou moins stables depuis des décennies. Par contre, celles des coureurs plus âgés ne cessent de s’améliorer.
Quelques données concrètes :
- Les hommes de 65 à 69 ans sont passés d’un temps moyen de 3 h 50 dans les années 1980 à 3 h 35 en 2009, soit 15 minutes de moins en 30 ans ;
- Les femmes de 55 à 59 ans ont réduit leur temps moyen de 41 minutes sur la même période, pour atteindre 3 h 32.
En clair : les seniors accélèrent pendant que les jeunes stagnent. Ce n’est pas une opinion, ce sont des données mesurées sur des décennies de résultats de courses.
Ed Whitlock : l’homme qui a ridiculisé les records
Si vous ne connaissez pas Ed Whitlock, accrochez-vous. Ce Canadien, ingénieur de formation, avait été un coureur de club pendant ses études en Angleterre avant de mettre le sport entre parenthèses pour sa carrière. Il a repris la course à pied vers l’âge de 40 ans. Jusque-là, rien de spectaculaire. Sauf que ce qui a suivi a stupéfié la communauté scientifique et sportive.
En 2003, à 72 ans, Whitlock est devenu le premier septuagénaire de l’histoire à courir un marathon en moins de 3 heures : 2 h 59 min 10 s au marathon de Toronto. L’année suivante, à 73 ans, il a amélioré son propre record avec un chrono de 2 h 54 min 49 s. Pour remettre les choses en perspective : ce temps est meilleur que celui de l’immense majorité des coureurs de 30 ans.
Mais Whitlock ne s’est pas arrêté là. À 85 ans, en octobre 2016, il a pulvérisé le record du monde des 85-89 ans avec un temps de 3 h 56 min 38 s. L’ancien record ? 4 h 34 min 55 s. Plus de 30 minutes d’écart. Trente minutes, à 85 ans.
Sa méthode d’entraînement ? Presque absurde
Pas de coach, pas de montre GPS et pas de plan structuré. Whitlock courait des tours de cimetière près de chez lui à Milton (Ontario), pendant 3 à 3 h 30 d’affilée, à allure lente. Il portait les mêmes chaussures depuis plus de 20 ans et refusait catégoriquement les modèles récents.
Le Dr Michael Joyner, chercheur à la Mayo Clinic (Etats-Unis) spécialisé dans la performance et le vieillissement, a résumé la chose simplement : Whitlock était “ce qui se rapproche le plus d’un vieillissement minimal chez un être humain”.
Ed Whitlock est décédé en mars 2017, à 86 ans. Il détenait alors environ 25 records du monde masters, du 1 500 m au marathon.
Pourquoi les seniors dominent les ultra-longues distances
C’est là que ça devient vraiment intéressant. Les études(1) scientifiques montrent un phénomène contre-intuitif : plus la distance d’une course augmente au-delà du marathon classique, plus l’âge moyen des meilleurs performeurs augmente aussi. Autrement dit, sur les ultramarathons, les coureurs de plus de 35 ans dominent régulièrement les classements.
Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène :
- L’endurance pure dépend moins de la puissance musculaire brute (qui décline avec l’âge) que de la capacité à gérer un effort sur la durée ;
- L’expérience accumulée en course (gestion de l’alimentation, du rythme et de la douleur) joue un rôle majeur sur les très longues distances ;
- La résistance mentale, souvent supérieure chez les coureurs expérimentés, fait la différence quand l’effort dure des heures.
Une étude (2) de 2013 publiée par Piacentini et son équipe a également montré que les coureurs vieillissants qui ajoutent de la musculation à leur entraînement maintiennent mieux leur “économie de course”. L’économie de course, pour faire simple, c’est la quantité d’énergie dont le corps a besoin pour maintenir une allure donnée. Moins vous consommez d’énergie à vitesse égale, plus vous êtes efficace. Combiner course et renforcement musculaire est donc l’un des meilleurs moyens de continuer à performer après 50 ans.
Et la bonne nouvelle, c’est que le déclin lié à l’âge n’est pas une falaise. les chiffres montrent que la baisse de performance est relativement linéaire avec l’âge et qu’un entraînement régulier et intensif peut retarder significativement le moment où le déclin s’accélère.
Le vrai défi des coureurs seniors : le suivi médical
On ne va pas se mentir : courir un marathon à 65 ans ne comporte pas les mêmes risques qu’à 30 ans. La fréquence cardiaque maximale diminue d’environ 1 % par an avec l’âge. Les articulations encaissent différemment. Les temps de récupération s’allongent.
Le point commun de tous les coureurs seniors qui durent, c’est un suivi médical régulier. Bilan cardiaque, suivi de la tension, analyses sanguines (créatinine, vitamine D, marqueurs inflammatoires)… tout cela fait partie de l’écosystème du coureur qui veut performer sans se mettre en danger.
La téléconsultation change la donne
Le problème classique du coureur senior actif, c’est le temps. Entre les entraînements, les courses et la vie quotidienne, multiplier les rendez-vous médicaux en cabinet devient vite un casse-tête. Surtout pour ceux qui vivent en zone rurale ou qui se déplacent régulièrement pour courir.
C’est là que la téléconsultation entre en jeu. Obtenir un avis médical rapidement après une douleur suspecte, ajuster un traitement contre l’hypertension avant une course, vérifier des résultats d’analyse sans se déplacer : c’est exactement le type de service que les coureurs seniors utilisent de plus en plus. Certaines mutuelles proposent d’ailleurs des offres de téléconsultation adaptées aux besoins des seniors actifs. Pour comprendre comment ça fonctionne concrètement, c’est ici.
Et la réponse à la question du début ?
On vous avait demandé quel était l’âge moyen de pic de performance en ultra-marathon. La réponse, d’après les données scientifiques : il augmente avec la distance. Sur un ultra de 100 km, les meilleurs performeurs ont en moyenne entre 35 et 45 ans. Sur des distances encore plus longues (100 miles, courses de 24 heures), cet âge monte encore.
En résumé : plus c’est long, plus l’expérience et l’endurance comptent. Et plus les seniors ont l’avantage.
Alors la prochaine fois que quelqu’un vous dit que le sport c’est fini après 60 ans, parlez-lui d’Ed Whitlock. Un homme qui a repris la course à 40 ans, qui s’entraînait dans un cimetière en baskets usées et qui à 73 ans courait plus vite que la plupart des trentenaires.
L’âge n’est pas un mur. C’est un filtre. Et ceux qui passent à travers sont souvent plus rapides qu’on ne le croit.
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