Vous pensiez que le marathon ne faisait souffrir que vos jambes et vos poumons ? Que le “mur du 30e kilomètre” n’était qu’une question de glycogène musculaire ? Vous aviez tout faux.
Une étude publiée dans la revue Nature Metabolism(1) vient de révéler quelque chose que personne n’avait vu venir. Pendant un marathon, le cerveau se met à consommer… sa propre matière.
Oui, vous avez bien lu.

Ce que les chercheurs ont découvert par IRM
Des scientifiques espagnols ont passé au scanner 10 marathoniens, âgés de 45 à 73 ans. Les IRM ont été réalisées avant la course, puis 24 à 48 heures après, et enfin deux mois plus tard.
Le résultat est net : la matière blanche du cerveau avait diminué juste après la course. Plus exactement, c’est la myéline qui avait fondu. La myéline, c’est cette gaine graisseuse (composée à 70-80 % de lipides) qui entoure les fibres nerveuses et qui permet aux signaux électriques de circuler rapidement dans le cerveau et la moelle épinière. Un peu comme l’isolant autour d’un câble électrique.
En clair : le cerveau avait puisé dans ses propres réserves de graisse pour alimenter l’effort.
Pourquoi le cerveau fait-il ça ?
Le mécanisme est en fait logique. Pendant un marathon, le corps épuise d’abord le glycogène (la réserve de glucose stockée dans les muscles et le foie). Une fois cette réserve à plat, il se tourne vers les graisses.
Le problème, c’est que le cerveau aussi a besoin d’énergie. Beaucoup d’énergie. Et quand le glucose vient à manquer, les cellules gliales (des cellules de soutien du système nerveux) se mettent à décomposer les lipides de la myéline pour produire de l’ATP, la molécule qui fournit l’énergie aux cellules.
Autrement dit : le cerveau se mange lui-même pour tenir le coup.
Quelles zones du cerveau sont touchées ?
La baisse de myéline n’est pas uniforme. Les chercheurs ont observé des réductions significatives dans 12 zones de matière blanche, avec des chiffres qui font réfléchir :
- Jusqu’à 28 % de baisse dans le faisceau pontique (une zone liée à la coordination motrice) ;
- Jusqu’à 26 % dans le faisceau corticospinal (qui transmet les ordres de mouvement du cerveau aux muscles) ;
- Des baisses similaires dans les pédoncules cérébelleux et la corona radiata (des zones impliquées dans les fonctions sensorielles et l’intégration émotionnelle).
Les deux hémisphères étaient touchés de manière symétrique. En revanche, certaines structures comme le corps calleux (qui relie les deux hémisphères) sont restées intactes.
La bonne nouvelle : tout revient à la normale
Pas de panique si vous avez un dossard pour dimanche prochain. Cette fonte de myéline est temporaire et réversible.
Deux semaines après la course, les niveaux de myéline avaient déjà commencé à remonter sans avoir complètement récupéré. Deux mois après, retour complet à la normale dans toutes les zones affectées.
Les chercheurs appellent ce phénomène la “plasticité métabolique de la myéline”. En clair : le cerveau sait reconstruire ce qu’il a consommé, à condition qu’on lui laisse le temps de récupérer.
Et le cerveau dans tout ça, il y gagne ou il y perd ?
C’est là que ça devient intéressant. Courir ne fait pas que fatiguer le cerveau. La course à pied déclenche aussi la libération de sérotonine, de dopamine, d’endorphines et d’ocytocine. Ces hormones régulent l’humeur, diminuent l’anxiété et améliorent le sommeil.
Des travaux(2) ont aussi montré que la course stimule l’hippocampe (la zone de la mémoire et de l’apprentissage) et favorise la neuroplasticité, c’est-à-dire la capacité du cerveau à créer de nouvelles connexions et de nouveaux neurones. C’est un facteur de protection contre le vieillissement cérébral.
Mais attention : trop, c’est trop. Un excès d’entraînement peut provoquer l’effet inverse, avec des sautes d’humeur et une baisse du temps de réaction. Comme les muscles, le cerveau a besoin de phases de repos pour se reconstruire.
Ce qu’il faut retenir
- Le cerveau utilise les lipides de sa propre myéline comme carburant de secours pendant un effort d’endurance prolongé ;
- La baisse touche surtout les zones motrices et sensorielles, avec des réductions pouvant atteindre 28 % ;
- Tout revient à la normale en deux mois après la course ;
- L’activité physique régulière et modérée reste un des meilleurs protecteurs du cerveau.
Une piste pour comprendre certaines maladies
Les chercheurs vont plus loin dans leur analyse. Si la myéline peut servir de réserve d’énergie en cas de pénurie de glucose, cela pourrait expliquer pourquoi on observe une perte progressive de myéline dans certaines maladies neurodégénératives liées à un métabolisme cérébral diminué.
L’étude mentionne aussi un lien possible avec l’anorexie : la sous-nutrition altère la myéline et la connectivité cérébrale. Et pour les personnes génétiquement prédisposées à la SLA (sclérose latérale amyotrophique), l’exercice intense pourrait représenter un risque supplémentaire pour les zones motrices fortement myélinisées.
Cette étude pilote ne porte que sur 10 participants et devra être confirmée par des travaux plus larges. Mais elle ouvre une nouvelle façon de voir la myéline : non plus seulement comme un isolant passif, mais comme une véritable réserve d’énergie que le cerveau peut mobiliser quand il est poussé dans ses retranchements.
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Sources éditoriales et fact-checking