Il y a les “lève-tôt”, et il y a les “couche-tard”. Jusque-là, rien de neuf. Sauf qu’une étude vient de mettre en lumière quelque chose qui va bien au-delà d’une simple préférence horaire. Ce que les couche-tard mangent, quand ils le mangent, et ce que ça produit sur leur corps… tout est différent. Et le résultat ne les arrange pas.
Ce n’est pas simplement une question de calories. Il y a autre chose. Quelque chose qui a été mesuré, chiffré, et qui devrait faire réfléchir tous ceux qui grignotent devant la télévision passé 20 heures. Petite précision avant de dévoiler la découverte : cette étude n’a pas été bâclée. Presque 300 femmes suivies, une méthode rigoureuse, des marqueurs biologiques mesurés en laboratoire.

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Une étude sérieuse sur presque 300 femmes
Publiée dans la revue Frontiers in Nutrition(1), l’étude a suivi 287 femmes en bonne santé, âgées de 18 à 45 ans, en Nouvelle-Zélande. Aucune femme enceinte, aucune diabétique, aucune fumeuse : le panel a été trié pour éviter les biais.
L’objectif était clair : est-ce que le “chronotype” (autrement dit, le fait d’être plutôt du matin ou plutôt du soir) change la façon de manger et la composition du corps ?
Pour trancher, les chercheurs ont utilisé quatre outils :
- Un questionnaire validé sur les rythmes de sommeil (le MCTQ) ;
- Un journal alimentaire tenu sur 5 jours ;
- Une prise de sang à jeun pour évaluer les marqueurs métaboliques (cholestérol, insuline, hémoglobine glyquée, leptine) ;
- Une mesure de la composition corporelle par absorptiométrie à rayons X (technique appelée DXA, considérée comme la référence pour distinguer la graisse du muscle).
Résultat du casting : 12 % de “lève-tôt”, 54 % de profils “intermédiaires” et 34 % de “couche-tard”.
Le teasing : les couche-tard mangent-ils vraiment plus ?
Petite question à la volée : selon vous, qui mange le plus dans la journée ? Le lève-tôt, qui commence tôt et enchaîne les repas ? Ou le couche-tard, qui saute souvent le petit déjeuner ?
La réponse est plus fine qu’un simple calcul de calories. Les couche-tard ne mangent pas beaucoup plus au total : environ 213 kilojoules de plus par jour (soit l’équivalent d’une petite bouchée de pain). Autant dire, une différence quasi anecdotique.
Mais ce n’est pas là que se cache le vrai souci. Ce qui compte, c’est comment cette énergie est répartie sur les 24 heures. Et là, tout se joue.
Où et quand ça dérape
Le matin, les couche-tard mangent peu
Avant 10 heures, les couche-tard consomment nettement moins d’énergie, moins de protéines, moins de glucides et moins de graisses que les lève-tôt. Rien de très surprenant : quand on se réveille à 9h48 en moyenne (contre 6h48 pour les autres), on a peu de temps pour un vrai petit déjeuner.
Le soir, tout s’inverse
Après 20 heures, l’écart change de camp. Les couche-tard ingèrent alors beaucoup plus de :
- Énergie totale ;
- Protéines ;
- Glucides ;
- Lipides.
Sur ce créneau du soir, les chiffres sont sans appel : environ 1 705 kJ pour les couche-tard, contre 1 081 kJ pour les autres. Presque 60 % de plus après 20 heures.
Une alimentation moins riche en micronutriments
Là où ça devient franchement embêtant, c’est sur la qualité de ce qui est avalé. Les couche-tard consomment moins de :
- Fibres alimentaires ;
- Vitamine A ;
- Vitamine E ;
- Vitamine B9 (folates) ;
- Riboflavine (vitamine B2) ;
- Potassium ;
- Magnésium ;
- Calcium ;
- Iode.
Bref, une alimentation moins dense sur le plan nutritionnel. Les micronutriments (autre nom pour les vitamines et minéraux), c’est le carburant fin de l’organisme. Moins on en a, moins la machine tourne rond.
Ce que dit la balance et la prise de sang
C’est là que l’étude devient vraiment intéressante. Parce qu’on ne parle plus seulement de choix alimentaires : on parle de conséquences mesurées sur le corps.
Sur la composition corporelle
Les couche-tard affichent :
- Un IMC (indice de masse corporelle) plus élevé, 31,4 contre 26,1 ;
- Un pourcentage de graisse corporelle plus important, 36 % contre 34 % ;
- Un ratio “androïde sur gynoïde” plus élevé, 0,98 contre 0,87.
Ce dernier chiffre mérite une explication. Il compare la graisse stockée au niveau du ventre (dite “androïde”, forme pomme) à celle stockée au niveau des hanches et des cuisses (dite “gynoïde”, forme poire). Plus ce ratio est haut, plus la graisse s’accumule autour des organes internes. C’est ce qu’on appelle la graisse viscérale, celle qui augmente le risque de maladies cardiovasculaires et de diabète.
Sur le sang
Les marqueurs sanguins des couche-tard ne sont pas rassurants non plus :
- Triglycérides plus élevés ;
- HDL cholestérol (le “bon” cholestérol) plus bas ;
- Insuline à jeun plus haute, 15,7 contre 9,5 (en μU/mL) ;
- Hémoglobine glyquée (HbA1c, un indicateur de la glycémie sur trois mois) plus élevée, 33,0 contre 31,5 (en mmol/L) ;
- Leptine (hormone qui signale la satiété) plus haute ;
- Ghréline (hormone qui déclenche la faim) plus basse.
Traduction pratique : un profil qui ressemble à celui d’une personne qui commence à développer une résistance à l’insuline, l’antichambre du diabète de type 2.
Alors, faut-il changer d’horaires ?
Attention à ne pas tirer une conclusion trop rapide. L’étude ne prouve pas que manger tard cause le surpoids ou les problèmes métaboliques. Elle montre une association. Autrement dit, les couche-tard qui ont un pourcentage de graisse élevé sont ceux qui mangent le moins le matin et le plus le soir.
Plusieurs limites doivent aussi être gardées en tête :
- Le niveau d’activité physique n’a pas été détaillé ;
- La composition précise des repas du soir reste floue (junk food ou pas ?) ;
- Le stress et la qualité réelle du sommeil n’entrent pas dans l’analyse ;
- L’étude ne porte que sur des femmes, d’origine européenne ou du Pacifique.
Rien ne garantit donc que les hommes réagissent de la même manière, ni que la conclusion se transpose à d’autres populations.
Ce qu’il faut retenir
Manger le gros de son énergie tard le soir semble associé à un surpoids, à une graisse mal répartie et à un profil métabolique dégradé. La faute, semble-t-il, à un décalage entre l’horloge biologique interne (qui prépare le corps à digérer efficacement plutôt en journée) et l’heure où l’on remplit vraiment son assiette.
Pas la peine pour autant de se coucher à 21 heures. Le simple fait de rééquilibrer les apports (un peu plus le matin, un peu moins le soir) pourrait déjà changer la donne. C’est en tout cas la piste que suggère cette étude. Reste à confirmer sur d’autres populations, avec des hommes, et surtout dans des études qui suivent les participants dans le temps. En attendant, si l’on est couche-tard, jeter un œil à ce qui traîne dans l’assiette à 22 heures ne peut pas faire de mal.
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Sources éditoriales et fact-checking
